XIV
Qu'est-ce qui dit tout cela en vous? me demande-t-on.
C'est l'intelligence.
Et que vous dit de plus cette intelligence sur sa propre existence? sur le monde intérieur et sur le monde extérieur dont elle est enveloppée? sur l'Auteur de cet univers physique et moral? sur sa nature? sur ses desseins? sur ses lois? sur le passé, le présent et l'avenir de tous ces êtres, dont vous êtes vous-même un grain d'être, un atome imperceptible et fugitif, mais un atome pensant, sentant et jugeant?
Ce qu'elle me dit, le voici: c'est à peu près, en moins magnifique langue, ce qu'elle disait à notre ancêtre Job.
Rien ne vient de rien; or, voilà des univers de quoi remplir des milliers de firmaments, des millions de regards et des millions de pensées comme la mienne; donc il y a un premier être abîme et source de tout. Il n'y a pas à discuter sur cette existence, mère des existences; il n'y a qu'à ouvrir les yeux et à étendre la main, ou à respirer: vous voyez, vous touchez, vous respirer par tous vos sens matériels ce qu'on appelle un Dieu, c'est-à-dire une cause, et votre sens intellectuel le conclut avec la même certitude que vos sens matériels le perçoivent.