XXIII

On a été jusqu'à innocenter, que dis-je? jusqu'à glorifier les membres de la Convention d'avoir suivi comme un vil troupeau les proscripteurs du comité de salut public, et d'avoir, les yeux fermés, donné leurs signatures de confiance ou de complaisance sur ces listes de proscriptions qui décimaient tous les matins la vieillesse et la jeunesse, l'infirmité, l'imbécillité, l'enfance, le pêle-mêle de la contre-révolution, de la révolution.

J'avoue que ma raison s'est toujours soulevée en moi contre cette amnistie en masse, jetée comme un manteau, non sur les proscrits, mais sur les proscripteurs. «De deux choses l'une, me suis-je toujours dit à moi-même: ou ces membres en masse de la Convention qui signaient de complaisance les arrêts de mort de tant de milliers d'innocents étaient dans leur cœur complices des proscriptions, et alors ils étaient aussi criminels que leur comité de proscription; ou ces hommes n'étaient pas complices dans leur cœur de ces immolations en masse, et alors ils étaient donc les plus lâches des juges, des législateurs et des hommes, puisqu'ils concédaient ces milliers de têtes aux proscripteurs, de peur d'exposer leur propre tête, en disant oui par leur signature ou par leur silence, quand leur conscience disait non?»

Complice de meurtre, ou complaisante de l'échafaud, quel dilemme pour la Convention? Elle n'en sortira pas quand la vraie postérité sera levée pour cette assemblée tragique. Elle n'est pas encore levée. La conscience de la France est encore intimidée, ou muette, ou captée; mais le temps lui déliera les lèvres.