XXII

Mais peut-on louer en conscience et en humanité une assemblée qui gouvernait à coups de hache, comme si le meurtre était un gouvernement? Peut-on même l'excuser sur la prétendue nécessité du crime en grande politique? Le crime est précisément l'inverse de toute politique; car toute politique n'est que la morale divine appliquée par la grande conscience des hommes d'État au gouvernement des nations: le crime au contraire n'est que l'immoralité humaine appliquée par l'impuissance ou par la perversité de la fausse conscience des ambitions au succès de leur cause ou de leur fanatisme. Le crime n'est que le sophisme de la politique; c'est la morale qui en est la vérité. Les Machiavel, les Robespierre, les Danton ne sont au fond que des dupes qui ont mis leur génie à la torture pour chercher dans le crime ce que Dieu a caché dans la conscience et dans la vertu. La suprême habileté politique, c'est la suprême innocence. L'histoire finira peut-être par apprendre aux hommes d'État ce simple axiome qui les fait sourire de pitié aujourd'hui.