IX
Qu'on juge de l'intérêt de curiosité que ces récits de M. de Davayé étaient de nature à inspirer à toute la famille: les âges, les lieux, les circonstances politiques ont des similitudes, des prédispositions, des impressions, des inspirations analogues. Il y a une muse dans les sites, les mêmes points de vue donnent les mêmes sensations. Tout ce que l'émigré nous racontait de la vie de Clotilde dans sa terre de l'Ardèche, et des malheurs de son petit-fils M. de Surville, découvrait ces chefs-d'œuvre inconnus d'une existence de son vieux château, de son long exil sur la terre étrangère, et de sa mort héroïque couronnant une si noble existence, toute cette vie de son aïeule dans ce pays reculé, sauvage, alpestre, au milieu des rochers, des torrents et d'une population d'habitants dont elle était la sœur et la mère, enfin toute cette poésie si longtemps ensevelie avec elle dans cet oubli, et ne ressortant que sous la pieuse et chevaleresque curiosité d'un arrière-petit-fils, nous faisaient rêver à tous des destinées semblables. Nous attendions avec impatience que M. de Vandenborg, ayant achevé son œuvre de critique et d'enthousiasme, publiât enfin les poésies de Clotilde qu'on disait prêtes à voir le jour.
L'été se passa ainsi. Au commencement de l'automne, la Gazette de France nous apprit que les poésies de Clotilde avaient paru, et qu'une admiration unanime accueillait cette résurrection du passé.
Un de mes oncles paternels qui demeurait à la ville l'attendait de Paris.