II

Bernardin de Saint-Pierre avait commencé, peu de temps auparavant, un poëme en prose, Constant Licardie, dont il ne nous reste que des fragments incomplets, et qu'il abandonna avant de les avoir terminés, pour les rejeter dans les Études. Mais les Études n'étaient pas seulement sa poésie, c'était sa philosophie, un plaidoyer en faveur de Dieu dont l'avocat était la Nature. Ce livre, évidemment né de Fénelon ou de Jean-Jacques-Rousseau, était aussi religieux que la nature elle-même; il était aussi chimérique en beaucoup de points pratiques, mais infiniment plus moral; en outre, il était plus savant, malgré ce qu'en ont dit depuis les savants de profession; la pensée générale l'éclairait d'un instinct divin; il se trompait peut-être sur quelques détails, comme la théorie des marées qu'on lui a tant reprochée sans preuve contraire, mais il ne se trompait certainement pas sur l'ensemble, qu'il interprétait mieux que les astronomes modernes qui, en voyant l'œuvre, ont nié l'ouvrier.

Ce livre, véritablement divin dans son but, plut infiniment aux esprits pieux et droits, qui l'adoptèrent avec une consciencieuse ivresse. C'est ce qu'il écrivit de mieux avant le merveilleux poëme de Paul et Virginie. Cependant les Études de la nature avaient été pour Bernardin de Saint-Pierre ce que le Génie du Christianisme fut, trente ans plus tard, pour M. de Chateaubriand; on oublia le livre, on se souvint éternellement de l'épisode, pourquoi? Parce que les livres sont des systèmes et que les épisodes sont du sentiment.