XI
Ossian pleure Oscar. «Bientôt, dit-il, s'élève dans la nuit un murmure triste et confus semblable au bruit du lac Lego, quand ses eaux resserrées par la gelée rompent au printemps toutes leurs chaînes et que les glaçons résonnent au loin.
«Mais quel est celui qui vient de la vallée du Lubar, et sort des plis humides de la robe du matin! Les gouttes de rosée sont sur sa tête; sa démarche annonce la tristesse. C'est Carril, le chantre des temps passés. Il vient de la caverne silencieuse de Tura. Je l'aperçois sur le rocher, à travers les voiles légers du brouillard. Là, peut-être, l'ombre de Cuchullin s'assied sur la bouffée de vent qui courbe les arbres de la colline. Il se plaît à entendre l'hymne du matin chanté par le barde d'Erin.
«Les vagues se pressent et reculent épouvantées; elles entendent le bruit de ta marche, ô soleil! Fils du ciel, que ta beauté est terrible, quand la mort se cache dans ta chevelure enflammée, quand tu roules devant toi tes brûlantes vapeurs sur les armées! Mais que tes rayons sont agréables au chasseur assis près d'un rocher au milieu de la tempête, quand tu regardes au travers d'un nuage, et que tu luis sur ses cheveux humides! Joyeux, il abaisse ses regards sur le vallon, et voit descendre et bondir les chevreuils. Soleil, jusques à quand te lèveras-tu dans la guerre? jusques à quand rouleras-tu dans les cieux comme un bouclier sanglant? Je vois les ombres des héros errer autour de ton globe et l'obscurcir... Mais où s'égarent les paroles de Carril? Le fils du ciel sent-il la douleur? Toujours pur et brillant dans sa course, il se réjouit au milieu de ses rayons. Roule, astre insensible... Mais un jour peut-être tu tomberas aussi; un jour, malgré tes efforts, la robe noire t'enveloppera pour toujours au milieu du firmament.»
Ta voix, dis-je à Carril, plaît à l'âme d'Ossian, comme le bruit de l'ondée matinale quand elle tombe dans une vallée qui reçoit les premiers regards du soleil. Mais ce n'est pas ici le temps, ô barde, de s'asseoir pour disputer le prix du chant. Fingal est sous les armes. Au pied de cette colline, tu vois les flammes qui partent de son bouclier; tu vois l'air sombre et terrible dont il regarde les flots d'ennemis roulant dans la plaine.
Mais, ô Carril, n'aperçois-tu point cette tombe auprès du torrent? Trois pierres lèvent leurs têtes grisâtres au-dessous d'un chêne courbé par les vents: sous ces pierres repose un chef; ouvre à son âme le séjour des vents, ouvre-lui son palais aérien; c'est le frère de Cathmor: que tes chants montent vers son ombre et la comblent de joie!