XVII
Voilà pour l'originalité de ces merveilleuses poésies. Quant à leur beauté propre, on n'a qu'à se rappeler leurs splendides passages devenus classiques en naissant.
Tel est le dialogue suprême entre Connal et son amante la belle Crimora:
«Oui, sans doute, je peux périr; mais alors élève ma tombe, ô Crimora! Quelques pierres grisâtres et un léger monceau de terre conserveront ma mémoire; arrête sur ma tombe tes yeux baignés de larmes; frappe dans ta douleur ton sein palpitant. Quoique tu sois belle comme la lumière du jour, plus douce que le zéphyr de la colline, ô mon amie! je ne puis rester avec toi. Adieu, souviens-toi d'élever mon tombeau.
CRIMORA.
Eh bien! donne-moi ces armes éclatantes, cette épée, cette lance d'acier; je veux aller avec toi au-devant du terrible Dargo; je veux secourir mon aimable Connal. Adieu, rochers d'Arven; adieu, chevreuils, et vous, torrents de la colline! Nous ne reviendrons plus: nous allons chercher des tombeaux dans les pays lointains.
Ne revirent-ils donc jamais les rochers d'Arven? dit la belle Utha en poussant un soupir! Le brave Connal périt-il dans le combat, et Crimora put-elle lui survivre? Ah! sans doute, elle se cacha dans la solitude, et son âme regretta toujours son cher Connal. N'était-ce pas un jeune et beau guerrier?
Ullin vit couler les pleurs d'Utha; il reprit sa harpe harmonieuse. Ces chants inspiraient une douce mélancolie. Chacun se tut pour l'écouter.
Le sombre automne, continua-t-il, règne sur nos montagnes; l'épais brouillard repose sur nos collines. On entend siffler les tourbillons de vent. Le fleuve roule des ondes fangeuses dans l'étroite vallée. Un arbre solitaire s'élève au sommet de la colline et marque l'endroit où repose Connal: le vent fait voler et tournoyer dans les airs ses feuilles desséchées; la tombe du héros en est jonchée: les ombres des morts apparaissent quelquefois en ce lieu, quand le chasseur pensif se promène seul à pas lents sur la bruyère. Qui peut remonter à l'origine de ta race, ô Connal? Qui peut compter tes aïeux? Ta famille croissait comme un chêne de la montagne, dont la cime touffue brave la fureur des vents. Mais maintenant cet arbre superbe est arraché du sein de la terre. Qui pourra jamais remplacer Connal?
Ce fut là qu'on entendit le choc affreux des armes et les gémissements des mourants. Que les guerres de Fingal sont sanglantes, ô Connal! Ce fut là que tu péris. Ton bras lançait la foudre, ton épée était un trait de feu, ta stature s'élevait comme un rocher sur la plaine, tes yeux étincelaient comme une fournaise ardente, et ta voix, dans les combats, était plus forte que le bruit de la tempête; les guerriers tombaient sous ton épée, comme les chardons volent sous la baguette d'un enfant. Dargo s'avance, semblable au nuage qui porte le tonnerre: ses yeux creux s'enfoncent sous des sourcils épais et menaçants. Les épées étincellent dans la main des deux héros, et leurs armes se choquent avec un horrible fracas.
Près d'eux, la fille de Vinval, Crimora, brillait sous l'armure d'un jeune guerrier; ses blonds cheveux flottaient négligemment; un arc pesant chargeait sa main délicate; elle avait suivi son amant, son cher Connal, au combat. Elle bande son arc et tire sur Dargo; mais, ô douleur! le trait s'égare, et va percer Connal. Il tombe... Que feras-tu, fille infortunée? Elle voit couler le sang de son amant, son cher Connal expire! Le jour, la nuit, elle criait en pleurant: «Ô mon ami! mon amant! mon cher Connal!» Mais enfin la douleur termina ses jours.
C'est ici que la terre renferme ce couple aimable; l'herbe croît entre les pierres de leur tombe. Je viens souvent m'asseoir sous l'ombrage, dans ce triste lieu; j'entends soupirer le vent dans le gazon, et leur souvenir se réveille dans mon âme. Vous dormez ensemble dans la tombe, amants infortunés, et rien ne trouble votre repos sur ce mont solitaire.
«Reposez en paix, dit la belle Utha, couple malheureux! Je me souviendrai de vous en pleurant; je chanterai dans la solitude l'histoire de vos malheurs, quand le vent agitera les forêts de Tora et que j'entendrai rugir les torrents de ma patrie. Alors vous viendrez vous offrir à mon âme, et l'attendrir sur vos touchantes aventures.»
Les rois passèrent trois jours dans les fêtes, à Carrictura; le quatrième, leurs voiles blanchirent la surface de l'Océan. Le vent du nord conduisit le vaisseau de Fingal à Morven; mais l'esprit de Loda était assis sur sa nue, derrière suivait le vaisseau de Frothal; il se penchait en avant pour diriger les vents favorables, et pour enfler toutes les voiles; il n'a pas oublié le coup que Fingal lui a porté, et il redoute encore le bras du roi de Morven.