XLVII

Les citations de la poésie allemande révèlent sa prédilection pour les sujets graves, tendres ou pieux, les seuls véritablement poétiques, parce qu'ils touchent à l'infini par la pensée, par le sentiment ou par la religion, cet infini du cœur. Wilhelm Schlegel, son ami et son compagnon de voyage en Allemagne, lui fournit deux de ses plus belles pages; la première est un sonnet sur l'attachement à la vie.

«Souvent l'âme, fortifiée par la contemplation des choses divines, voudrait déployer ses ailes vers le ciel. Dans le cercle étroit qu'elle parcourt, son activité lui semble vaine, et sa science du délire; un désir invincible la presse de s'élancer vers des régions élevées dans des sphères plus libres; elle croit qu'au terme de sa carrière un rideau va se lever pour lui découvrir des scènes de lumière: mais quand la mort touche son corps périssable, elle jette un regard en arrière vers les plaisirs terrestres et vers ses compagnes mortelles. Ainsi, lorsque jadis Proserpine fut enlevée dans les bras de Pluton, loin des prairies de la Sicile, enfantine dans ses plaintes, elle pleurait pour les fleurs qui s'échappaient de son sein.»

La seconde est une ode dialoguée entre l'aigle et le cygne. «La pièce de vers suivante doit perdre encore plus à la traduction que le sonnet, dit-elle;» elle est intitulée: Mélodies de la vie. Le cygne y est mis en opposition avec l'aigle, l'un comme l'emblème de l'existence contemplative, l'autre comme l'image de l'existence active: le rhythme du vers change quand le cygne parle et quand l'aigle lui répond, et les chants de tous les deux sont pourtant renfermés dans la même stance que la rime réunit: les véritables beautés de l'harmonie se trouvent aussi dans cette pièce, non l'harmonie mais la musique intérieure de l'âme. L'émotion la trouve sans réfléchir, et le talent qui réfléchit en fait de la poésie.

«Le cygne: Ma vie tranquille se passe dans les ondes, elle n'y trace que de légers sillons qui se perdent au loin, et les flots à peine agités répètent comme un miroir pur mon image sans l'altérer.»

«L'aigle: Les rochers escarpés sont ma demeure, je plane dans les airs au milieu de l'orage; à la chasse, dans les combats, dans les dangers, je me fie à mon vol audacieux.»

«Le cygne: L'azur du ciel serein me réjouit, le parfum des plantes m'attire doucement vers le rivage, quand, au coucher du soleil, je balance mes ailes blanches sur les vagues pourprées.»

«L'aigle: Je triomphe dans la tempête quand elle déracine les chênes des forêts, et je demande au tonnerre si c'est avec plaisir qu'il anéantit.»

«Le cygne: Invité par le regard d'Apollon, j'ose me baigner dans les flots de l'harmonie; et reposant à ses pieds, j'écoute les chants qui retentissent dans la vallée de Tempé.»

«L'aigle: Je réside sur le trône même de Jupiter: il me fait signe et je vais lui chercher la foudre; et pendant mon sommeil, mes ailes appesanties couvrent le sceptre du souverain de l'univers.»

«Le cygne: Mes regards prophétiques contemplent souvent les étoiles et la voûte azurée qui se réfléchit dans les flots, et le regret le plus intime m'appelle vers ma patrie, dans le pays des cieux.»

«L'aigle: Dès mes jeunes années, c'est avec délices que dans mon vol j'ai fixé le soleil immortel; je ne puis m'abaisser à la poussière terrestre, je me sens l'allié des dieux.»

«Le cygne: Une douce vie cède volontiers à la mort: quand elle viendra me dégager de mes liens et rendre à ma voix sa mélodie, mes chants jusqu'à mon dernier souffle célébreront l'instant solennel.»

«L'aigle: L'âme, comme un phénix brillant, s'élève du bûcher, libre et dévoilée; elle salue sa destinée future, le flambeau de la mort la rajeunit en la consumant.»