Avril 1843.

A. M. Arago (François).—Le dieu Cheneau.—M. de Balza.—Quirinus. Un mot.—Une ordonnance du ministre de la guerre.—A M. le rédacteur en chef du journal l’Univers religieux.

A. M. ARAGO (François).—Je me proposais, monsieur, de vous taquiner un peu sur cette comète—que vous n’avez pas vue,—et qui me donnait beau jeu—pour dire une fois de plus à quoi s’exposent les astronomes qui s’occupent trop des choses de la terre. La Fontaine a gourmandé l’astrologue qui ne regarde pas assez à ses pieds;—je vous ai souvent reproché de regarder trop aux vôtres,—et d’être plus sensible à la fumée et au bruit de ce monde où nous sommes qu’il ne paraît convenir à un homme auquel la science permet de vivre au ciel.

Mais vous avez soutenu à la Chambre des députés, sur une chose terrestre,—une thèse que je dirais parfaitement juste et raisonnable,—avec des mots plus ambitieux que ceux que j’emploie,—si les Guêpes n’avaient à diverses reprises soutenu la même thèse depuis quatre ans,—à savoir le ridicule profond qu’il y a à faire passer dix ans aux jeunes gens à apprendre les deux seules langues qui ne se parlent pas; j’ai de plus prouvé que ces langues seraient inutiles au plus grand nombre si on les savait,—mais qu’on ne les sait pas après les avoir apprises pendant dix ans;—à savoir—la sottise qu’il y a à donner à tout un pays une éducation littéraire et républicaine.

Éducation dont la première moitié conduit à l’hôpital,—et la seconde au mont Saint-Michel,—quelquefois aux galères,—quelquefois à l’échafaud.

Éducation qui, si elle réussissait, ferait de la France un pays de poëtes,—et qui, ne réussissant pas, en fait un pays d’avocats—et d’ambitieux mécontents,—un pays de gens dont personne ne se trouve bien à sa place,—de gens qui tous ont des désirs et des besoins impossibles à satisfaire.

Vous avez eu raison et mille fois raison,—monsieur,—et vous avez eu raison avec esprit.—Il y a bien des gens auprès desquels cela a dû faire tort à vous et à votre opinion.

L’homme en général n’aime et ne respecte que ce qui fait un peu de mal.—Il y a longtemps déjà que j’ai retourné le vieux et faux proverbe: «Qui aime bien châtie bien» en celui-ci: «Aime bien qui est bien châtié.»

Il n’y a de grandes passions que les passions malheureuses.—L’homme n’aime pas d’ordinaire la femme dont il est aimé.—Ses vœux, ses désirs, ses soumissions, sont presque toujours pour celle qui le maltraite, l’humilie,—le sacrifie et l’insulte.—Les anciens adoraient les furies,—la guerre,—la peste,—la fièvre,—la mort, et autres divinités peu aimables.—Les modernes rendent un culte semblable à l’ennui,—qui est pis que toutes les autres ensemble.

Ce dieu infernal—a sur la terre des temples qui sont toujours pleins,—et des ministres qui sont entre tous vénérés, écoutés, engraissés et enrichis.—Presque toutes les places, les dignités, les honneurs, reviennent de droit aux gens qui ennuient leurs contemporains, aux gens qui débitent de longs discours, qui écrivent de gros livres—également ennuyeux,—qu’on aime mieux admirer que de les écouter ou de les lire.—Ceux-là seuls paraissent avoir raison,—et sont écoutés;—on a respecté en eux—le dieu—le dieu terrible—dont ils prononcent les oracles et dont ils célèbrent les sacrés mystères.

Mais si on s’avise de mêler quelque enjouement à la raison;—si l’on combat le faux, l’absurde et le mauvais avec les armes légères et terribles de l’ironie et du sarcasme,—les gens sourient,—vous trouvent très-drôle,—vous lisent ou vous écoutent volontiers,—mais prennent tout ce que vous dites ou tout ce que vous écrivez pour des calembours et des coq-à-l’âne.

Ils vous mettent au nombre des bouffons et des jocrisses,—de Brunet, ou d’Arnal, ou d’Alcide Touzet.

Ces braves gens—ne se représentent le bon sens et la raison—qu’avec l’air refrogné—et de mauvaise humeur; si vous souriez, tout est perdu.

Vous avez eu raison,—monsieur,—et vous avez eu l’imprudence d’avoir raison avec esprit,—et d’employer l’ironie—contre une chose plus ridicule qu’aucune qui ait jamais succombé sous les coups du bon sens. Quelle est donc, en effet, cette langue, ce latin,—qui jouit de tant de priviléges?—il n’est pas de sottises et de saletés qui ne soient admises, religieusement apprises et admirées,—si elles sont écrites en latin:—en latin on livre aux jeunes gens la fameuse églogue de Virgile:—Formosum pastor Corydon.

En latin,—on apprend que les abeilles naissent de la corruption d’un animal mort.

En latin,—on apprend par cœur toutes les faussetés sur la physique, sur la chimie.

L’églogue Formosum est une chose infâme,—ainsi que celle du bel Yolas; le livre d’Aristée et des abeilles—est une sottise insigne.

Mais c’est écrit en latin,—c’est écrit en beaux vers!

Étonnez-vous donc ensuite si vous faites une nation de bavards et d’avocats;—plus tard—on apprend si on peut,—et combien en ont le temps—puisque le latin prend toute la première jeunesse—et vous conduit aux portes de la vie civile et sérieuse?—on apprend—quelques-uns, du moins, un sur trois cents,—que les abeilles ne viennent pas de bœuf pourri.

Absolument comme les gens qui font apprendre deux langues aux enfants:—l’une, composée de mots ainsi faits: Maman,—nanan,—dada,—papa,—dodo,—lolo, etc.;—l’autre, qui dit les mots: Mère,—friandise,—cheval,—père,—lit,—lait, etc.

Certes,—et je puis parler ici sans qu’on m’accuse de ressembler au renard qui avait perdu sa queue dans un piége,—j’ai été ce qu’on appelle un élève distingué dans l’Université,—j’ai ensuite professé le latin et le grec,—j’ai rendu, sous ce prétexte,—à de pauvres enfants que je retrouve hommes aujourd’hui éparpillés dans les diverses conditions de la vie,—je leur ai rendu une partie de l’ennui que m’avaient donné mes professeurs;—je serais fâché de ne pas savoir ces langues,—qui, de temps en temps, me permettent de lire de belles pensées écrites en beau style.

Mais si c’est une des choses les plus agréables qu’on puisse savoir,—c’est une des moins utiles—dans les besoins et les nécessités de la vie.

Sur soixante élèves qui composent d’ordinaire une classe de collége, c’est un grand malheur s’il doit y avoir un poëte.—Eh bien! toute l’éducation pendant dix ans n’est faite que pour ce poëte.

Les autres—qui seront—notaires,—ou ferblantiers,—médecins—ou droguistes,—suivent les mêmes cours,—et passent, entre autres choses, trois ans à apprendre à faire des vers latins, et quels vers, bon Dieu!

J’aimerais autant les voir jouer à la balle pendant dix ans,—au moins cela ne leur donnerait pas d’idées fausses—et serait tout aussi utile aux diverses professions qu’ils doivent embrasser.

Quoi!—on passe dix ans à apprendre,—que dis-je? à ne pas apprendre le latin.

En effet,—demandez à vous-même, demandez à ceux que vous connaissez: «Êtes-vous capable de lire Martial en latin?—êtes-vous capable d’écrire une lettre en latin?» Trouvez-moi dix hommes de quarante ans—qui fassent sans faute un thème—qu’on donnerait à des élèves de cinquième,—et qui obtiendraient la première place dans une composition avec des enfants de dix à douze ans!

On passe dix ans—à ne pas apprendre le latin.

Et on ne connaît pas—les lois de son pays;—on entre dans la vie sans savoir ni ses droits, ni ses devoirs en rien.

Mais on sait,—non, je veux dire, on a appris le latin.

Et c’est avec ce bagage—qu’on vous lâche les jeunes gens à même la vie.

Ne perdez pas courage,—monsieur,—ceci est plus grand que de renverser un ministre;—ceci doit renverser une sottise funeste.

Pour moi,—monsieur,—je ne vous dirai rien de la fameuse comète,—vous ne l’avez pas vue,—mais vous avez découvert une grosse bêtise sur la terre.

La comète continue sa route absolument comme si vous l’aviez vue.—J’ai peur que la grosse bêtise ne poursuive la sienne absolument comme si vous ne l’aviez pas vue.

Néanmoins, monsieur, vos paroles ne seront pas perdues,—de même que je n’ai pas regretté celles que j’ai laissé échapper sur ce sujet—depuis quelques années.

Il est bon de dire de temps en temps aux pédants qu’ils sont des pédants,—aux sots qu’ils sont des sots, quand ce ne serait que pour que la sottise n’invoque pas un jour le bénéfice de la prescription contre la logique et le bon sens.

«Monsieur Alphonce Karr, je me vois forcé de faire ressortir la différance de vos habitudes. Je remarque à l’instant que votre critique de jenvier dernier contre moi dégénère en compliments, je vous avoue que j’attache peu de prix aux éloges que vous faites de mes boutons; j’aime mieux votre critique: jusqu’à ce que vous fassiez usage de votre conception (1)!

»Puis-je être estimé des écrivains de notre époque? moi je ne les flattes pas: mais je leur dit de cruelles vérités! je ne leur ressemble ni en style (2) ni en principe; ils sarrêtent à la forme, et moi au fond (3). Je n’écrit pas pour flatter, pour plaire, ni pour faire un trafic (4): ma plume ne s’exerce pas à tracés (5) des choses légères ou futiles: excepté quand je m’y trouve forcé, par exemple, pour me faire comprendre des Guêpes, je ne pui (6) m’en dispenser.

»Monsieur Alphonce Karr, vous êtes venu chez moi, vous m’avez parlé sans vous faire connaître: rougissez-vous de prononcer votre nom? Pourquoi gardez-vous l’incognito? C’est s’introduire dans les maisons comme le font les Guêpes, etc. Quel mérite, monsieur A. Karr, vous êtes-vous reconnus en avouant vos démarches honteuses (7)?

»Vos émules je le sai ne se promènent pas toujour couvertes de chapeaux à trois cornes (8); d’après vous, si le dieu Cheneau ou Chaînon avait des cheveux, il serait blond (9).

»Les Guêpes avaient sans doute formé le projet, de me saisir ou de mattaquer par ma partie supérieur, car vous annoncez monsieur A. Karr que je nai pas de cheveux. C’est encore une nouvelle métode pour adesser des compliments. On voit par les paroles ci-dessus que M. A. Karr se résigne à son sort, et son introduction incognito chez moi la conduit à prévoir et à déclarer qu’il n’avait pas prise sur ma partie supérieur, en disant que je n’ai pas de cheveux.

»Je ne désespère pas de vous monsieur Car dans cette pensée il y a du sel.

»Mais puisque vous vous introduisez en secret, je suis étonné que vous nayez pas parlé au public (10) de...

»Si je parle ainsi c’est que je crois utile de me mettre à la porté des Guêpes.

»Au revoir monsieur Alphonse Karr.

»CHENEAU, 15, rue Croix-des-Petits-Champs

4 mars 1843.

(1) Vous avez tort, dieu Cheneau;—vous n’avez fait, que je sache, ni le soleil, ni la lune,—ni le ciel, ni la terre:—vous faites des boutons, je ne puis parler que de vos boutons.

(2) En effet, dieu Cheneau, j’avais remarqué déjà que vous n’écriviez ni comme Hugo, ni comme Lamartine.—Hugo ne met pas d’s à je flatte, et Lamartine ne met pas de t à je dis.

(3) Que ne vous arrêtez-vous à votre fonds de boutonnier?

(4) Il est vrai que votre libraire M.*** met vos livres dans un grenier,—et a répondu à quelqu’un, qui est allé les demander de ma part,—qu’il n’avait pas le temps de monter là-haut et de chercher ça.—En effet, ça n’a pas trop l’air d’un trafic;—pour le second point,—vos livres plaisent plus aux lecteurs des Guêpes que vous ne l’imaginez.

(5) Madame de Girardin écrit l’infinitif tracer avec un r.

(6) J’ai ici une lettre de M. Eugène Sue, un autre écrivain de notre époque;—il écrit:—je ne peux.—Décidément vous avez raison, vous n’écrivez pas comme eux.

(7) Démarche honteuse! J’allais acheter des boutons—et un peu dans son temple adorer l’Éternel,—mais accessoirement, et pouvais-je croire votre puissance aussi bornée, dieu Cheneau, que de supposer que j’avais besoin de vous dire mon nom? D’ailleurs—je venais d’être foudroyé par la poste,—et je n’étais pas trop rassuré en votre présence. Je vous ai parlé,—mais pour vous dire timidement: «Deux douzaines de boutons, combien?» Et, dieu Cheneau,—à l’exemple des rois mages,—je vous ai offert L’OR;—pardonnez-moi de n’avoir pas joint l’encens et la myrrhe.—Vous m’avez rendu ma monnaie,—tout est dans l’ordre. Je ne me suis reconnu là aucun mérite,—seulement quelques personnes me paraissent avoir la bonté de m’en reconnaître un peu plus depuis que j’ai remplacé les vieux boutons de mon paletot par les deux douzaines que j’ai achetées chez vous.

(8) Je crois, Dieu me pardonne (pas le dieu Cheneau,—l’autre), je crois que le dieu Cheneau m’appelle mouchard.

(9) Ah! voilà où le dieu est blessé.—Achille était invulnérable partout, excepté au talon.—Mais il avait un talon:—le dieu Cheneau est vulnérable aux cheveux qu’il n’a pas.

Samson avait sa force dans ses cheveux;—c’est au contraire dans les cheveux—qu’il n’a pas—que le dieu Cheneau a toute sa faiblesse.

(10) Ici je suis obligé d’effacer deux lignes pleines de gros mots;—le dieu se laisse aller à une colère d’un genre tout particulier, et dont je ne trouve d’analogie dans aucuns souvenirs.

Prométhée fut attaché à un rocher, et condamné à être le souper immortel d’un vautour.—Les paysans qui se moquèrent de Latone furent changés en grenouilles.—Apollon écorcha Marsyas.—Jupiter se servait de la foudre, Hercule d’une massue, Diane de ses flèches; Saturne avait une faux, Neptune un trident.

La foudre, l’arme vengeresse du dieu Cheneau,—n’a aucun rapport avec toutes celles-là. Je suis plus qu’embarrassé pour la désigner,—de même que la vengeance qu’il tire de moi. Je ne puis vous le dire, et il faut pourtant que je vous le fasse comprendre. Je voudrais trouver quelque analogie.

Phaëton fut précipité dans le Pô.

La vengeance rêvée par le dieu Cheneau contre moi est toute contraire: sa foudre est de celles qu’on est exposé à recevoir sur la tête le soir quand on rentre tard et qu’on passe trop près des maisons;—mais comme le dieu Cheneau fait de temps en temps imprimer en brochures les lettres qu’il m’écrit,—on pourra voir quelque jour—ce qu’il m’est impossible d’écrire et de faire imprimer,—à savoir les menaces du dieu:

Tantæne animis cœlestibus iræ?

AVRIL 1843.—Il faut que je fasse amende honorable à M. de Balzac[O].

J’avais fait prier Janin de m’envoyer—un écrit récent de M. de Balzac.—Janin,—par oubli—ou pour ménager ma sensibilité,—m’avait envoyé la chose moins quatre feuillets:—ces quatre feuillets qu’on m’envoie parlent de moi;—les paragraphes y sont séparés par huit portraits,—c’est-à-dire quelque chose comme ma tête avec un corps de guêpe.—Cette plaisanterie a été imaginée il y a un an par un dessinateur appelé M. Benjamin.

Ce qui est entre les portraits est copié sur une plaisanterie faite sur les Guêpes par le Charivari, il y a deux ans.

Décidément,—mon pauvre monsieur de Balzac, votre muse est réellement fille de mémoire,—vous n’inventez que ce que vous vous rappelez.

La plaisanterie du Charivari était bonne; j’avais raconté un voyage bien innocent que j’avais fait avec Gatayes, et où il n’était question que de la mer,—de l’herbe,—du soleil,—et des premières fleurs des cerisiers.—La parodie de ce voyage fut rapprochée de mon épigraphe,—que je crois avoir plus d’une fois justifiée depuis quatre ans.

«Ces petits livres contiendront l’expression franche et inexorable de ma pensée sur les hommes et sur les choses, en dehors de toute idée d’ambition, de toute influence de parti.

»Il n’y a pas un seul journal qui oserait faire imprimer mes petits livres.»

La plaisanterie,—dis-je,—était bonne comme plaisanterie,—et j’en ai ri en son temps.

Mais, répétée par M. de Balzac, et répétée sérieusement, elle exige une réponse.

Voici ce que dit M. de Balzac:

«Aussitôt dix ou douze soldats ont levé la bannière de l’in-32, en imitant l’inventeur,—dont l’invention consistait à tâcher d’avoir de l’esprit tous les mois.—Ce fut une épidémie,» etc.

Voilà ce que dit M. de Balzac.

Or, ce n’est pas douze, mais vingt-huit in-32 qui ont surgi après les Guêpes.—Le second était fait par M. de Balzac,—lequel n’a pu en faire que trois.

Il manquait à M. de Balzac plusieurs choses pour réussir.

Les Guêpes ont été une publication honorable;—elles n’ont jamais rien attaqué—ni rien loué pour aucun intérêt.

Elles ont dit à tous ce qu’elles ont cru la vérité sur tout et sur tous.

Rien ne les a fait reculer quand elles ont cru soutenir ce qui était juste et vrai.

Elles n’ont jamais hésité à rectifier les quelques erreurs dans lesquelles elles sont tombées.

Le National et le Journal du Peuple, journaux démocratiques,*—ont avoué qu’elles avaient été plus loin qu’eux dans l’appréciation sévère de certains faits politiques.

Tous les partis les ont citées ou attaquées tour à tour,—parce qu’elles n’appartenaient qu’à un seul parti,—à celui du grand, du juste et du vrai,—et qu’elles rendaient justice à tout le monde.

Elles n’ont à se reprocher que d’avoir été un peu trop indulgentes pour certaines extravagances de M. de Balzac,—dont elles aiment le talent; ce qui fut cause qu’à une époque où le directeur de la Revue de Paris plaidant contre M. de Balzac—pour un prétendu abus que celui-ci faisait d’un ouvrage vendu à la Revue,—pria la plupart des écrivains contemporains de signer un blâme formel contre M. de Balzac,—l’auteur des Guêpes fut, je crois, le seul qui refusa sa signature.

Or,—quand M. de Balzac fit sous le nom de Petite Revue parisienne—une imitation des Guêpes,—c’était tout simplement, comme il ne s’en cachait pas, dans l’intention bénigne d’écraser ma publication sous la sienne.

Mais, comme je l’ai dit,—il manquait à M. de Balzac plusieurs choses pour réussir. La fin prématurée de la Petite Revue parisienne—peut en faire soupçonner quelques-unes. Voici quelle fut cette fin.

M. Roger de Beauvoir, attaqué gratuitement et violemment dans le deuxième numéro de la Petite Revue, envoya deux amis à M. de Balzac. Deux amis de M. de Balzac convinrent avec ceux de M. de Beauvoir—que M. de Balzac mettrait une rectification dans son prochain numéro, qui était le troisième.—Ce numéro parut sans la rectification imposée et promise.—Les amis de M. de Beauvoir revinrent à la charge;—ceux de M. de Balzac refusèrent de l’assister après son manque de parole.

Deux autres témoins s’engagèrent à une nouvelle rectification: la Petite Revue cessa de paraître.

M. de Balzac a donc tort de parler avec tant de dédain d’une publication—que, quelle qu’elle soit, il a essayé d’imiter.

Malgré les sages avertissements que les Guêpes avaient donnés à la reine Pomaré,—en lui décrivant exactement les bienfaits du gouvernement constitutionnel,—cette souveraine sauvage—a décidément donné elle et son royaume à la France;—les grands journaux l’annoncent un an après les Guêpes.

Quirinus by Felix out of dam.Of Hercule. Ce doit être un cheval, mais je ne suis pas sportman. Eh bien! Quirinus est un cheval d’assez noble origine, mais mal élevé, c’est-à-dire qu’il est arrivé à cinq ans sans avoir été dressé, exercé, ni éprouvé, et de plus qu’il a été soumis toute sa vie à un système aussi débilitant qu’économique; foin, un peu; eau et air, à discrétion; avoine, il a pu en entendre parler. Cet animal, de formes fantastiques, d’un caractère atroce de sauvagerie, en un mot de l’extérieur le plus repoussant, fut exhibé il y a quelques mois à une vente publique, pour la plus grande délectation de la gent maquigonne et de la jeunesse dorée. Un jeune étranger faillit être expulsé du Jockey-Club, pour en avoir voulu donner mille francs. Heureux d’en être quitte pour mille brocards.

Eh bien! ce Quirinus, qui, malgré tout cela, est de pur sang, vient d’être acheté comme étalon par l’administration des haras. Combien?—Nous l’ignorons.—Si c’est plus de mille francs, pourquoi ne pas l’avoir poussé à la vente coram populo? Si moins, doit-on donner aux éleveurs de pareils étalons, et notez qu’un très-beau et très-bon cheval, mieux né et mieux élevé, Pourceaugnac, a été refusé en vertu d’un règlement qui ordonne que tout cheval de pur sang doit, avant de se reproduire, faire ses preuves parce que noblesse oblige. Pourquoi donc refuser Pourceaugnac, bon en apparence, et prendre Quirinus, mauvais en apparence; tous deux sans preuves? Ah! voilà.

Quirinus sort du haras de Viroflay, acquisition récente de M. Talabot, gendre du ministre du commerce.

On se rappelle quelle indignation on excita, dans le temps, contre la malheureuse reine Marie-Antoinette—en faisant courir le bruit—que, entendant dire que le peuple était malheureux et qu’il n’avait pas de pain,—elle avait répondu: «Eh bien! qu’il mange de la brioche.» Le hasard m’a fait un de ces jours derniers rencontrer un livre daté de 1760—où on raconte le même mot d’une duchesse de Toscane,—ce qui me paraît prouver à peu près que le mot n’a pas été dit par Marie-Antoinette, mais retrouvé et mis en circulation contre elle.

Il est impossible d’avoir une idée plus malheureuse et plus inopportune que celle qu’a eue récemment le maréchal Soult en faisant couper les moustaches de l’armée,—on sait la peine qu’eut Napoléon,—qui était Napoléon,—à faire couper les tresses de ses soldats:—la moustache est une coquetterie qui sied bien au soldat.—Je suis fort partisan d’une discipline sévère, mais je trouve ridicule et odieux de faire aussi inutilement sentir le joug aux militaires par des ennuis et des tracasseries qui n’ont aucun but utile, même en apparence. Quelques personnes croient que M. Soult a été poussé à cette exécution par une raison, et cette raison la voici: on avait remarqué souvent que chaque ministère de M. Soult était signalé par des révolutions dans les armes et dans les costumes de l’armée.—Chaque changement donne lieu à des fournitures, chaque fourniture à des marchés,—chaque marché à des tripotages; on en médisait.—M. le maréchal aura voulu faire passer quelque changement de ce genre à la faveur d’un changement sur lequel il n’y a rien à gagner pour personne.

Une lettre signée: un membre du clergé de Saint-Denis-du-Saint-Sacrement—a été accueillie par plusieurs journaux. Cette lettre, qui a la prétention d’être une réponse à celle que j’ai adressée dans le dernier numéro des Guêpes—à l’archevêque de Paris, est pleine d’invectives grossières contre moi.—Les jupes, quel que soit le sexe qui les porte,—sont censées désigner la faiblesse,—laquelle abuse souvent même de l’abri.—Voici donc la seule réponse que j’y puisse faire, et que j’invite à publier les journaux qui ont inséré cette lettre.

«Monsieur, vous avez admis dans votre journal—une lettre signée: un membre du clergé de Saint-Denis-du-Saint-Sacrement.—Je compte sur la sagacité de vos lecteurs—pour leur faire comprendre combien les invectives que m’adresse l’auteur de cette lettre—répondent peu victorieusement à la juste plainte que j’ai élevée; cependant il est trois points sur lesquels j’ai quelques mots à dire;—je vous prie,—et au besoin je vous somme de publier dans un prochain numéro—la réponse que je vous envoie,—et qui est nécessitée par le reproche de calomnie qui m’est adressé.

»1º Votre correspondant ne nie pas que des ouvriers aient bruyamment travaillé pendant une cérémonie funèbre;

»2º Il ne nie pas non plus que,—à la sacristie, pendant que le fils du mort donnait des explications nécessaires,—un sacristain et un autre homme habillé en prêtre—se soient livrés à des excès de gaieté plus qu’indécents.

»3º La grotesque provinciale du membre du clergé de l’église de Saint-Denis-du-Saint-Sacrement me menace du procureur du roi,—et moi, monsieur, je maintiens la vérité de ce que j’ai avancé.—Je défie votre correspondant, et avec lui les certains paroissiens dont il parle,—de m’attaquer en justice sur la lettre que j’ai adressée à l’archevêque de Paris.—De nombreux témoins sont prêts à proclamer la vérité.

»Je ne ferai aucune remarque sur les phrases dans lesquelles ce pauvre homme se plaint avec tant de cynisme et de colère qu’on ait donné peu d’argent à l’église, et avoue si naïvement—que, de recueillement et de décence, on n’en pouvait pas faire davantage pour le prix.

»Le fils du mort n’avait pas vu dans cette circonstance douloureuse une occasion de faste;—il n’avait fait demander qu’une simple présentation à l’église. Un de ses amis avait pris ce soin et avait payé pour lui ce que l’église avait demandé.—Il ne savait pas,—comme le membre du clergé de Saint-Denis-du-Saint-Sacrement nous l’apprend aujourd’hui, qu’il fallait payer à part pour que le mort ne fût pas insulté—et que cela était l’objet d’un tarif particulier.

»Agréez, monsieur, etc.»