Décembre 1842.
Économie de bouts de chandelles.—Les alinéa.—Une lettre de faire part.—Qui est le mort?—Le Télémaque et M. Victor Hugo.—Le procès Hourdequin.—M. Froidefond de Farge.—Un poëte.—Les philanthropes et les prisonniers de Loos.—M. Dumas, M. Jadin, et Milord.—Une lettre de M. Gannal.—M. Gannal et la gélatine.—Une récompense.—Le privilége de M. Ancelot.—Amours.—Les chemins de fer.—L’auteur des GUÊPES excommunié.—Un Dieu-mercier.—Ciel dudit.—Un marchand de nouveautés donne la croix d’honneur à son enseigne.—Le chantage.—Histoire d’une innocente.—Histoire d’une femme du monde et d’un cocher.—Dictionnaire français-français.—Suite de la lettre B.
Il n’y a qu’un sot qui puisse se moquer d’un homme qui a un mauvais habit, mais on a le droit de rire de celui qui porte des bijoux faux, ou qui se promène au bois de Boulogne sur un mauvais cheval.—On est obligé d’avoir un habit,—donc on l’a comme on peut, et tel qu’on peut;—mais on n’est pas obligé d’avoir des diamants ni d’avoir un cheval.
La pauvreté fastueuse est la plus triste et la plus ridicule chose qui soit au monde.
Voyez, à Paris, cette place qui a si souvent changé de nom et qu’on appelle, je crois, aujourd’hui, place de la Concorde.—Je ne veux pas vous parler des fontaines mal dorées,—qui ne donnent d’eau qu’à une certaine heure,—ni des détestables statues qui les décorent;—je ne prétends mentionner ici que le nombre prodigieux de lanternes de mauvais goût dont est parsemée la place.
Certes, ces lanternes,—telles qu’elles ont été établies dans l’origine sur cette place immense, laissant échapper chacune une quantité de gaz,—de beaucoup inférieure à celle qui éclaire les plus petites boutiques de Paris,—ces lanternes répandaient une clarté déjà fort douteuse.
On regrettait qu’on n’eût pas imaginé de placer sur cette place—quelque grand foyer de lumière.
Mais aujourd’hui—on en est venu,—par une hideuse lésine, à fermer aux deux tiers les tuyaux déjà insuffisants du gaz,—et il ne reste sur la place de la Révolution qu’une vingtaine de veilleuses vacillantes,—qui ne servent qu’à augmenter, par une morne scintillation, l’incertitude et les hésitations de l’obscurité.
De plus, attendu qu’il y a beaucoup de lanternes sur la place de la Concorde,—on n’allume pas, ou on n’allume qu’à moitié les lanternes des rues adjacentes.
Ceci nous paraît être fait dans l’intérêt d’autres voleurs encore—que les voleurs qui travaillent le soir dans les rues.
Deux de nos journalistes les plus spirituels—causaient dernièrement ensemble à l’Opéra.—L’un des deux est nouvellement marié, l’autre est depuis peu célibataire.
—Comment trouvez-vous votre nouvelle situation? demanda le premier.
—Mais, fort bonne... et vous, que dites-vous de la vôtre?
—Ah! mon bon ami, il n’y a que d’être marié, voyez-vous; je travaille et j’ai ma femme à côté de moi; à chaque alinéa, je l’embrasse,—c’est charmant!
—Ah! je comprends,—dit l’autre en s’inclinant vers la femme de son confrère, qui paraissait fort attentive au spectacle,—je comprends pourquoi votre style est maintenant si haché.
Le célibataire a raconté les confidences du nouveau marié.—Ceux auxquels il en a parlé les ont, à leur tour, racontées à d’autres,—et chaque lundi—on compte curieusement combien il y a d’alinéas dans le feuilleton de l’heureux époux.—Il s’établit à ce sujet les discussions les plus singulières pour ceux qui ne sont pas initiés.
—Comment! il n’a mis là que point et virgule?
—Oui.
—Comme les hommes sont inconstants! Il pouvait mettre un point.
—Le sens n’indique que point virgule.
—Oui,—mais sa femme est si jolie,—j’aurais mis un point.
—Pauvre petite femme! le dernier feuilleton est bien compacte!
J’ai déjà parlé de cet usage peu décent qui se glisse, depuis quelque temps, à propos des lettres de faire part.
Autrefois le mort avait la place d’honneur, et c’était au bas de la lettre—qu’on mettait: de la part de ***, de *** et de ***.
Aujourd’hui les parents et héritiers—commencent par vous annoncer leurs noms et prénoms, titres, emplois, décorations, etc.; puis, quand tout est fini, quand il ne reste plus rien à dire sur eux-mêmes, ils vous apprennent accessoirement en deux lignes que monsieur un tel est mort,—et que ce monsieur un tel avait pour titres et dignités l’honneur d’être père, oncle et cousin des remarquables personnages mentionnés plus haut.
Voici de cette inconvenance un des exemples les plus frappants qui me soient encore tombés sous la main.
«M. S*** Mais***, négociant à Lesay, ancien militaire, ancien notaire, ancien maire, ancien suppléant du juge de paix, ancien membre du conseil d’arrondissement, ancien membre du conseil général, et actuellement membre du conseil municipal de sa commune, du comice agricole de Melle et de la Société d’agriculture de Niort; M. L*** R***, notaire à Sauzé, membre du conseil d’arrondissement et du conseil municipal de sa commune, et mademoiselle Louise L*** R***, ont l’honneur de vous faire part de la perte douloureuse qu’ils viennent de faire, le 19 de ce mois, de madame S*** Mai***, L*** M*** Berl***, leur épouse, belle-mère et grand’mère.»
Ce nouveau mode a plusieurs inconvénients:
1º En lisant: «M. M***, ancien militaire, ancien notaire, ancien maire, ancien suppléant du juge de paix, ancien membre du conseil d’arrondissement, ancien membre du conseil général,» vous pouvez supposer que ce monsieur, qui n’est plus tant de choses, n’est peut-être plus vivant,—a quitté la vie avec tous ses honneurs et que c’est lui que vous êtes invité à pleurer;—vous vous le tenez pour dit—et vous n’en lisez pas davantage.—Quelque temps après vous le rencontrez dans la rue,—quand vous l’avez suffisamment regretté et quand vous êtes entièrement consolé de sa perte.
2º Ennuyé de tant de parents, de tant de dignités, de tant de gloire,—vous n’allez pas jusqu’au bout, vous jetez le papier au feu,—et, deux mois après, vous allez tranquillement faire une visite à madame Berl***—la vraie défunte,—vous la demandez au concierge, lequel vous répond qu’elle est toujours morte. Il est vrai que la lettre de faire part est à deux fins,—et qu’elle annonce à la fois la perte douloureuse de madame Berl*** et celle des titres de notaire, de suppléant de juge de paix,—de maire, etc., etc.
Rapprochez cette lettre d’une autre lettre publiée par le même M. Mais*** le 26 juillet 1842—et où l’on trouve—après deux ou trois pages consacrées à l’éloge de son administration comme maire de Lesay:—«Si j’ai parlé de ce que j’ai fait pour mon endroit, qu’on n’aille pas croire que j’y mets de la vanité;—non, je n’en ai jamais été affublé.»
Vers 1793,—je crois, un navire appelé Télémaque—sombra devant Quillebœuf,—près du Havre-de-Grâce. On fit plusieurs récits à ce sujet. D’immenses richesses, dit-on, avaient été cachées dans ce navire, dont le chargement de bois de construction n’était qu’un prétexte.—Plusieurs millions et une énorme quantité de vaisselle d’argent étaient enfouis dans les flancs du vaisseau submergé.—Deux Sociétés par actions se sont, depuis quelques années, fondées pour le sauvetage du Télémaque.—Le gouvernement a mis de son côté toute la bonne grâce possible:—il a fait l’abandon de la part que la loi lui accorde,—ne réservant qu’un cinquième pour les invalides de la marine,—et «le droit d’acheter, par préférence, les objets d’art qui pouvaient se trouver dans le vaisseau.»
La première tentative n’a pas réussi.—La seconde Société a été plus heureuse, et on a vu le navire sortir du sable—et paraître à fleur d’eau.
On a pensé alors à émettre les actions qui restaient encore. «Allons, messieurs, on voit le navire.—Voulez-vous marcher sur le pont? vous n’aurez de l’eau que jusqu’aux genoux. Prenez des actions.—Chaque action donne droit à une part proportionnelle dans les immenses richesses probablement cachées dans le Télémaque—dans le Télémaque sur lequel vous marchez; prrrrenez les actions!»
Mais bientôt un bruit courut dans la ville du Havre: «M. Victor Hugo ne veut pas qu’on achève le sauvetage du Télémaque.»
Et pourquoi M. Victor Hugo ne veut-il pas?
Voilà la chose:
M. Victor Hugo s’est présenté avec son frère, M. Abel Hugo, chez l’agent de la Société à Paris, et il a fait opposition au sauvetage du Télémaque—parce qu’il y a dedans quelques millions y déposés par un oncle de ces messieurs, appelé archevêque Hugo.—Ils réclament leurs millions.
Ceci fit grand effet. «M. Hugo a tort, disaient les uns.—M. Hugo a raison, répondaient les autres.—Il y a prescription, s’écriaient ceux-là.—Il n’y a pas prescription, répliquaient ceux-ci.—Il y a plus de trente ans.—Oui, mais il n’y a pas eu de nouveau propriétaire en faveur duquel on puisse invoquer la prescription; l’espace écoulé n’est qu’une parenthèse dans la propriété: M. Hugo est dans son droit.»
Et quelques-uns disaient: «Vous voyez bien qu’il y a dans ce navire des richesses infinies,—puisque la famille Hugo réclame déjà des sommes énormes.—Prrrrenez des actions!»
J’allai alors à Paris,—et je demandai à M. Hugo,—comme on le demandait au Havre: «Ah ça! pourquoi ne voulez-vous pas qu’on amène à terre le Télémaque?»
A quoi M. Hugo me répondit qu’il ne connaissait d’autre Télémaque que le fils d’Ulysse;—le Télémaque de Fénelon, qu’on en pouvait bien faire ce qu’on voulait, qu’il ne s’en souciait en aucune façon,—et ne le lisait pas.
Je lui appris alors de quoi il était question;—il fut très-étonné, ne renia pas son oncle l’archevêque, mais m’apprit qu’il était mort depuis plus de cent cinquante ans, et que, par conséquent, il n’était pas probable qu’il eût mis ses richesses sur le Télémaque en 1793.
Le Télémaque est toujours entre deux eaux,—mais je suis heureux de faire savoir aux habitants du Havre que M. Hugo—ne s’oppose pas à ce qu’on amène le Télémaque à terre,—ne fût-ce que pour voir en quel état se trouvent les tableaux que le gouvernement s’est réservé le droit d’acheter.
Ce qui m’inquiète pour la conservation de ces tableaux, c’est qu’un marin m’a apporté un anneau de la chaîne de l’ancre du Télémaque, et que cet anneau est plus d’à moitié rongé.
Le procès des employés de la ville de Paris—accusés de prévarication s’est terminé par la condamnation des principaux accusés à trois et à quatre ans de prison.
Mais, par un oubli plus singulier, il n’est nullement question de restitution envers les propriétaires que ces messieurs, de leur autorité et par leurs manœuvres, ont condamnés à la misère à perpétuité.
Un témoin—auquel, dans l’affaire Hourdequin,—le président demandait s’il reconnaissait le principal accusé—n’a pu contenir un mouvement d’indignation en voyant l’auteur de sa ruine—et a ajouté à sa réponse affirmative une épithète plus juste qu’agréable.
Le président, M. Froidefond de Farge, a été assez malheureux pour dire: «Témoin, taisez-vous, et RESPECTEZ LE MALHEUR.»
Il résulte de ceci, entre autres choses,—qu’il y a en France trop de fonctionnaires et qu’ils ne sont pas assez payés;—qu’il y a un danger qui se glisse dans toutes les existences:—c’est que toutes les classes de la société ont augmenté leurs besoins et leurs dépenses,—et que les salaires diminuent partout;—plus mille autre choses que je dirai une autre fois.
Pendant le procès Hourdequin, le président, le procureur du roi et tous les avocats—ont fait des allusions plus ou moins directes—à ceci:
«La loi reconnaît coupable et punit le corrupteur comme le corrompu.—Pourquoi ceux qui ont corrompu les accusés ne sont-ils pas assis à côté d’eux et enveloppés dans la même accusation?»
Le président, le procureur du roi et les avocats avaient raison sur une des faces de la question.
Les gens qui avaient donné de l’argent aux employés de la ville doivent être divisés en deux classes.—Les uns sont des spéculateurs—qui donnaient à ces messieurs une partie de leurs bénéfices;—l’avidité et la corruption entraient dans leurs calculs:—ceux-là sont complices et devaient être jugés.—Les autres sont des propriétaires menacés dans leur fortune et persuadés avec raison qu’ils ne sauveraient une partie de leur patrimoine qu’en sacrifiant l’autre partie; ils ont fait la part du feu:—ceux-ci sont des victimes, ils devraient être indemnisés.
On n’a ni jugé les premiers ni indemnisé les seconds.
On m’envoie un livre belge qui explique suffisamment le besoin qu’éprouvent les libraires belges de n’imprimer que des livres français;—voici quelques échantillons des vers français de M. K. Kersch.
LE PARRICIDE.
Je suis un parricide,—un monstre dégoûtant,
Meurtrier de mon semblable,—un homme bien innocent.
Pardon, monsieur Kersch,—je ne veux pas vous chicaner sur votre second vers, qui a deux syllabes de trop,—mais je désire vous demander une explication sur le sens des deux vers.—Votre criminel dit qu’il a tué son semblable—et il s’intitule lui-même monstre dégoûtant:—le semblable d’un monstre dégoûtant est un autre monstre dégoûtant,—alors ce semblable ne peut pas être un homme bien innocent.
Ou, s’il est un homme bien innocent et en même temps le semblable de votre parricide,—votre parricide est forcément le semblable de ce semblable;—donc il serait également un homme bien innocent—et en même temps un monstre dégoûtant et un parricide.—Tout cela est difficile à arranger.
Mais le parricide va mourir.
Quoi! des milliers de bras, comme sur l’Océan,
Se lèvent agités, s’agitent en baissant;
Mille voix en furie ont vomi le délire:
Une tête bondissante ensanglante le sable.
Elle hurle et mugit,—elle n’est plus coupable.
Encore un vers un peu long;—mais si M. Kersch fait des vers trop longs assez souvent, il n’en fait jamais de courts,—ce qui prouve que ce n’est pas par défaut de fécondité,—mais que, au contraire, son génie est à l’étroit dans les douze syllabes de notre vers français.
«Ensanglante le sable» n’est pas très-exact.—M. Kersch ne connaît pas une horrible histoire qu’on raconte dans les ateliers,—histoire où le grotesque est singulièrement mêlé à l’horrible;—histoire que je vous dirai quelque jour où elle me paraîtra plus grotesque qu’horrible.—Dans cette histoire, le criminel—arrive sur l’échafaud, regarde le panier qui va recevoir sa tête—et il s’écrie: «Minute, minute!—qu’est-ce que c’est que ça?—qu’est-ce qu’il y a dans le panier? c’est pas de la sciure de bois, au moins; j’ai droit à du son, j’exige du son.»
INSOMNIE D’UN POÈTE:
Bientôt le ciel présente un air centicolore,
Qui ne doit s’évanouir qu’au lever de l’aurore.
Qu’est-ce, me direz-vous, qu’un air centicolore?—Vous n’avez jamais vu de pareil air au ciel; je le crois bien, mon bon ami;—mais vous n’êtes pas poëte;—vous croyez qu’un poëte qui ne dort pas—va voir simplement ce que vous voyez.*—Quoi! les étoiles, fleurs de feu, dans les peupliers noirs,—les lucioles, violettes de feu sous l’herbe!—vous croyez qu’il entendra, comme vous et moi,—le bruit lointain de la mer, qu’il respirera—les odeurs des fleurs qui s’ouvrent le soir pour les papillons de nuit!—Allons donc, c’est à la portée de tout le monde, cela: c’est commun, c’est vulgaire;—parlez-moi, à la bonne heure, de voir un ciel qui a l’air centicolore; voilà ce qui vaut la peine de ne pas dormir, de prendre du café ou de ne pas lire les vers de M. Kersch.
Ne dis plus désormais, philosophe arbitraire,
Que nuit est un repos aux mortels nécessaire.
Il paraît qu’il y a quelque part un philosophe, belge probablement,—qui a osé dire qu’il fallait dormir la nuit;—mais, comme notre poëte le réfute, comme il le traite de philosophe arbitraire,—c’est-à-dire de tyran, comme il réclame hautement le droit de ne pas dormir,
..... C’est le trépas à la large crinière
Qui vient tout alarmer.
Après avoir remarqué cette image neuve du trépas à la large crinière, passons à un sujet moins triste;—passons à l’éloge de M. le comte de Liedekerke-Beaufort, ancien gouverneur de Liége:
Liedekerke-Beaufort, ex-gouverneur de Liége,
Pendant des ans nombreux, il occupa le siége.
Le banc de gouverneur, de père des Liégeois.
Mais aussi quand M. Liedekerke cessa d’occuper le banc de père des Liégeois, ce fut un grand chagrin dans la ville:
D’un avenir d’azur s’éclipsèrent les charmes.
Voici des peintures riantes:—c’est le printemps:
Mille zéphyrs, doux et velus,
Vont murmurer dans les humbles feuillages (p. 48).
Les jeunes hommes se baignent.
Faites gonfler sur vous les modestes étangs
A la large crinière (p. 51).
Il paraît qu’en Belgique les étangs sont comme le trépas: ils ont la crinière extrêmement large.
Ce que c’est que de voyager!—j’ai vraiment regret de toutes les irrévérences que j’ai laissé échapper maintes fois à l’égard des voyages—et du gros livre que je fais en ce moment contre eux.
Si j’étais allé en Belgique,—j’aurais vu des zéphyrs velus;—j’ai passé presque toute ma vie aux bords de la mer,—dans mon jardin,—et je n’ai jamais vu de zéphyrs velus.
Mais continuons:
M. Kersch—sort de chez lui et va errer dans le bois; il raconte ce qu’il y trouva:
Mon âme fut saisie
D’une pleurante voix (p. 61).
. . . . . . . . . .
Mes pas se dirigèrent
Vers le lieu du soupir...
Grand Dieu! la belle noire!
Aux cheveux de corbeau.
Je ne pense pas que M. Kersch prétende que la belle noire qu’il rencontre ait des corbeaux pour cheveux,—comme les furies avaient des serpents.—Si nous cherchons un autre sens, nous trouvons que les cheveux de corbeaux sont des plumes,—donc il faut ne voir ici qu’une figure hardie pour exprimer que la belle avait des cheveux noirs comme l’aile d’un corbeau.
. . . . . . . . . .
Au sein charmant d’albâtre.
Ah! ah!—la belle noire est une blanche. Eh bien! tant mieux.
Au corps souple, mince et rond;
Le vers est long;—mais faites donc entrer tant de perfections dans un vers de sept syllabes!
Au léger pied mignon,
Au petit bras blanchâtre.
Pourquoi blanchâtre—quand la gorge est d’albâtre?—Ah çà! définitivement, de quelle couleur est la belle noire? Pourquoi blanchâtre?—Peut-être la belle a du duvet sur ses bras d’albâtre, ce qui les rend blanchâtres ou grisâtres; je n’aime pas trop cela, mais c’est peut-être très-bien porté en Belgique.
M. Kersch—s’approche,
Pour être plus capable
De la comprendre mieux (p. 62).
Alors la bergère exhale son désespoir:
«Je pourrais en furie (p. 36)
Dit-elle,
Maudire sans pitié
Les auteurs de ma vie,
Écraser l’amitié,
Percer la terre et l’onde,
Bouleverser le ciel,
Poignarder tout le monde...»
La bergère ne fait rien de tout cela cependant, et il faut convenir que c’est bien de sa part.
Elle mugit et pleure (p. 64),
Déchire ses habits.
Quand elle a mugi et déchiré ses habits, elle tire un poignard.—M. Kersch s’élance, la désarme
Et lui dit d’un regard:
«Qu’à ça le jeu ne se termine.»
La bergère lui raconte ses malheurs:—elle veut mourir parce que son amant ne vient pas; mais tout à coup,—derrière M. Kersch, paraît l’amant injustement accusé;—la bergère renaît au bonheur, et dit à M. Kersch:
Adieu! Dieu vous bénisse!
Pour ce noble service (p. 65).
Je dirai comme la bergère,—comme la belle noire aux bras blanchâtres:
M. Kersch, Dieu vous bénisse!
L’ouvrage se trouve à Liége,—imprimerie de DESSAIN, libraire, place Saint-Lambert.
ENCORE LES PHILANTHROPES!—A une lieue de Lille est l’abbaye de Loos;—c’est une des principales maisons de détention de France: elle contient trois mille prisonniers.
Si on lisait les condamnations des malheureux qui y sont renfermés,—on verrait qu’ils sont simplement condamnés à tant de mois ou d’années de prison.
Mais cette prison est livrée aux philanthropes de la seconde classe,—c’est-à-dire à ceux qui ont imaginé le régime cellulaire,—au moyen duquel les prisonniers deviennent, en moins de deux ans, fous ou enragés.
On condamne les prisonniers de l’abbaye de Loos au silence absolu,—qui est une nuance du régime cellulaire.
Le directeur actuel a,—dit-on,—demandé plusieurs fois l’autorisation d’accorder, comme récompense, aux prisonniers qui le mériteraient par leur conduite, un petit morceau de tabac et un verre de bière.
Il assure—que la passion de ces malheureux pour le tabac et la peine qu’ils éprouvent de s’en voir privés sont si grandes, que l’espoir d’en obtenir pour deux sous par semaine sur le prix de leur travail remplacerait—et avec plus d’efficacité, chez tous, tous sans exception, la crainte des châtiments et du cachot.
Cette demande du directeur est jusqu’ici restée sans résultats.
Je ne crois pas que l’administration ait le droit d’aggraver ainsi le régime des prisons.—Le régime cellulaire est une atrocité.
Un ministre ne peut l’autoriser sans l’assentiment des Chambres.—Quand un homme est condamné à la prison, on n’a pas plus le droit de l’isoler ainsi,—surtout après les horribles résultats qu’on en a vus,—que de lui faire trancher la tête.
Les Impressions de voyage de Dumas sont le plus souvent un petit drame—dans lequel paraissent invariablement, comme personnages principaux, d’abord Dumas lui-même,—puis Jadin le peintre,—puis Milord, le chien de Jadin.
Dumas transporte ses deux compagnons, non pas seulement dans tous les pays où il va,—mais encore dans tous ceux où il lui plaît d’être allé.
Ainsi, il n’est pas rare que Jadin, dans son atelier de la rue des Dames, lise avec autant de plaisir que de surprise quelques reparties heureuses que lui, Jadin, aurait faites la veille à un pâtre sicilien. A chaque instant il lui faut endosser des responsabilités imprévues.
Il rencontre un ami—qui lui dit:
—Nous avons fait, il y a quinze jours, un souper ravissant;—nous voulions t’inviter, mais nous avons vu, par un feuilleton de Dumas, que tu étais en Suisse avec lui.
—Eh bien! monsieur, lui dit une femme,—je comprends à présent pourquoi vous n’aviez pas le temps de m’écrire,—moi qui vous croyais malade à Paris,—quand j’apprends par un feuilleton de M. Alexandre Dumas—que vous étiez avec lui à Livourne,—où vous preniez le menton d’une fille d’auberge.
—Pourquoi, diable, mon cher ami, faites-vous ainsi des plaisanteries sur le gouvernement pontifical?
—Moi, je n’ai jamais parlé du gouvernement pontifical.
—Allons donc,—c’est dans le journal.
Un soir,—j’étais alors voisin de Jadin,—il vint me chercher pour souper:—il avait un certain pâté.—Nous partons,—nous entrons à l’atelier, nous ne trouvons que Milord tenant entre ses pattes un restant de la croûte de pâté qu’il achevait de manger.—Quelques jours après,—je lus dans un feuilleton de Dumas que ce même jour où Milord, pour Jadin et pour moi, n’avait été que trop à Paris,—le même Milord avait montré les dents à un lazarone à Naples.
Si Milord avait su lire,—cela lui aurait servi à prouver à Jadin son alibi au moment du crime, et à ne pas recevoir une certaine quantité de coups de cravache.
Ceux qui voient souvent reparaître Milord dans les Impressions de voyage d’Alexandre Dumas ne seront peut-être pas fâchés de savoir que c’est un affreux bouledogue blanc.
J’ai reçu de M. Gannal une lettre raisonnablement longue,—avec deux présents: l’un est un ouvrage de lui, accompagné de plusieurs brochures sur divers sujets;—l’autre, «une promesse formelle de m’embaumer pour rien, après ma mort.»—Je remercie M. Gannal de ses gracieusetés, je suis surtout sensible à la délicate attention qui lui a fait ainsi fixer la date de son bienfait à une époque aussi convenable.
M. Gannal me reproche mes coupables plaisanteries.
Je plaisante, le plus souvent, beaucoup moins que je ne le parais.
Si vous sautez à pieds joints sur une vessie pleine d’air,—la vessie glissera sous vos pieds, et vous fera tomber;—si, au contraire, vous la piquez tout doucement de la pointe d’une épingle, l’air qui la gonflait s’échappera—et elle restera plate et vide.
La plupart des grandes choses de ce temps-ci—sont des vessies gonflées de vent, de paroles de vanité;—j’ai choisi l’arme que m’a paru contre elles la plus efficace.
D’ailleurs,—placé par mes goûts,—par mes idées,—par mes habitudes,—en dehors de toutes les ambitions; ne désirant rien, et, par conséquent, ne redoutant rien—de ce qu’on désire et de ce qu’on redoute,—je vois les choses à peu près ce qu’elles sont, et il en est bien peu que je puisse prendre au sérieux.
Néanmoins, j’ai blâmé qu’on ne se fût pas servi pour l’embaumement du duc d’Orléans du procédé de M. Gannal,—qui paraît être, sous plusieurs rapports,—préférable à ceux connus antérieurement,—mais j’ai blâmé également la forme peu convenable des réclamations de M. Gannal.
Je n’ai même pas voulu parler alors d’un bruit qui a couru sur le dernier archevêque de Paris, lequel, embaumé par M. Gannal,—aurait été cependant enterré, exhalant une odeur qui ne doit pas être—ce qu’on appelle «odeur de sainteté,»—parce que ce n’était qu’un bruit.
J’ai vu dans les brochures que M. Gannal a bien voulu m’envoyer—sa lutte longue et ardente contre les préjugés de l’Académie de médecine—à propos de la gélatine.—Il a été reconnu depuis dix ans que la gélatine ne contient aucun principe nutritif—et qu’elle est, au contraire, fort malsaine,—au point que les animaux soumis à ce régime, dit alimentaire,—meurent plus promptement de faim que ceux auxquels on ne donne que de l’eau claire.
L’Académie de médecine—n’en a pas encore prescrit l’emploi dans les hôpitaux.
On ne saurait dire combien de malheureux ont ainsi été condamnés à la mort la plus horrible.
On doit louer M. Gannal—de sa courageuse persistance.—Je lui rappellerai à ce sujet que, depuis plus de trois ans, les Guêpes—se sont élevées à plusieurs reprises—contre cette désastreuse philanthropie,—et qu’il y a dix ans,—j’ai parlé dans un livre—appelé le Chemin le plus court—des philanthropes—qui, dans les hôpitaux,—font mourir les malades de faim en se glorifiant d’avoir inventé à leur usage—du bouillon de boutons de guêtres.
Ces plaisanteries paraîtront sans doute moins coupables à M. Gannal—que celles que je me suis permises envers ses brochures à M. Pasquier.
On lisait cette semaine dans presque tous les journaux de Paris: «La crue rapide des eaux de la Seine a failli coûter, avant-hier au soir, la vie à un vieillard qui, monté sur un petit batelet amarré près du pont de Beau-Grenelle, avait été renversé dans le fleuve par un violent coup de vent. Le malheureux vieillard allait périr lorsqu’un ouvrier maçon, nommé Renaud, se jeta aussitôt à la nage et parvint jusqu’au vieillard qu’il soutint d’un bras, tandis que de l’autre il nagea jusqu’à la rive. Ses courageux efforts eurent un plein succès; il déposa son précieux fardeau sur la berge, et bientôt après il conduisit le vieillard dans sa demeure, où les bénédictions d’une famille reconnaissante l’ont PAYÉ de sa généreuse action.»
Les actions de ce genre,—il faut le dire,—sont assez fréquentes,—et c’est un genre de courage que les gens bien élevés paraissent abandonner au peuple—comme une vertu trop robuste;—toujours est-il que nous n’entendons jamais dire à la suite de ces récits—que l’autorité—soit intervenue pour récompenser cette belle action;—pardon,—je me trompe,—si le maçon Renaud—l’exige, la préfecture de police—lui donnera vingt-cinq francs.
Vingt-cinq francs pour avoir sauvé la vie d’un autre homme au péril de la sienne!
Il n’y a donc plus que les actions honteuses et infâmes qui soient récompensées en France?
Mais faites le compte des désintéressements qu’il faut acheter, des incorruptibilités qu’il faut payer,—des indépendances qu’il faut soudoyer,—et vous verrez qu’il ne reste pour PAYER le dévouement du maçon Renaud que les bénédictions d’une famille reconnaissante.
Certes, je ne suis pas d’avis qu’un trait de ce genre soit récompensé par une somme fixe et par l’argent;—mais regorge-t-on donc d’honnêtes gens au point qu’il n’y ait pas une place à donner à un homme brave et généreux?
Des personnes,—ordinairement bien informées,—assurent que le privilége du Vaudeville donné à M. Ancelot—a pour cause des considérations toutes politiques. Il s’agissait d’assurer à l’élection de M. Jacqueminot deux voix de deux amis de madame Ancelot.
On parle beaucoup de la passion d’une Excellence d’un âge mûr pour une princesse d’un âge avancé.—Il faut que jeunesse se passe; mais il est fâcheux que ce soit si longtemps après qu’elle est passée.
On assure que c’est le roi qui a imaginé l’union commerciale de la France avec la Belgique.—M. Guizot a reçu, par les divers ambassadeurs des puissances étrangères, des protestations très-sérieuses à ce sujet. Le roi a alors compris que, cédant à un entraînement trop juvénile, il était sorti des limites ordinaires de sa politique prudente.
Le projet a été abandonné tout bas et ajourné tout haut.
Ce qu’il y a de plus curieux dans les chemins de fer,—et de plus admirable, ce n’est pas de voir ces deux terribles éléments, l’eau et le feu, s’accorder et se réunir au service de l’homme sous un seul joug; c’est de voir dans ceux qui ordonnent les chemins de fer et dans ceux qui les font une ignorance profonde des résultats qu’ils doivent avoir.
Les uns voient là une satisfaction à donner à l’opinion publique et à l’orgueil national,—et quelque peu aussi quelques modifications stratégiques;—les autres, des actions à acheter et à vendre;—les autres, des fournitures de rails à obtenir;—les autres,—quelques voix d’électeurs à acheter,—soit en faisant passer les chemins par telles et telles villes,—soit en concédant des fournitures, soit en donnant des emplois;—ceux-ci pensent qu’ils auront le poisson plus frais; ceux-là, qu’ils iront manger des huîtres au bord de la mer.
Mais personne ne s’aperçoit que c’est non pas seulement dans le commerce, mais dans les relations de peuple à peuple,—dans la société entière,—une révolution au moins égale à celle qu’a produite la poudre dans l’art militaire.
Commençons par le projet ajourné de l’union commerciale de la France avec la Belgique.
Quand le chemin de fer sera en activité,—il y aura des convois qui porteront quinze mille voyageurs;—les voici à la frontière;—aurez-vous là une armée de quinze mille douaniers pour les visiter et pour fouiller leurs malles?—C’est difficile.
Mais s’il n’en est pas ainsi,—vous faites perdre aux voyageurs au moins le temps qu’ils ont gagné en venant par le chemin de fer.—En prenant les voitures ordinaires, ils sont plus longtemps en route, mais en ne se présentant à la frontière qu’une douzaine en même temps, ils n’éprouvent de la part de la douane qu’un retard presque insignifiant.—Votre chemin de fer est ridicule et inutile,—si vous laissez subsister votre système de douane tel qu’il est aujourd’hui.
Mais ceci n’est qu’une considération commerciale;—passons à quelques considérations sociales.
On fait des chemins de fer partout;—avec cette facilité et cette rapidité de communication par toute l’Europe,—les relations de peuple à peuple ne tarderont pas à changer entièrement.—Tel allait passer la belle saison à l’île Saint-Denis, qui ira sur les bords du Rhin;—il y aura des connaissances, des amis; il y mariera sa fille; il s’y associera à quelque industrie;—d’autre part, nécessairement et par suite de relations fréquentes,—on apprendra partout les langues de tous les pays de l’Europe,—ou peut-être le français deviendra la langue universelle,—pour deux causes:—d’abord, parce qu’on le parle déjà dans le monde entier et que c’est la langue du bel air,—ensuite, parce que les Français aiment mieux apprendre pendant dix ans le latin,—qu’au bout de dix ans ils ne savent pas, et qui d’ailleurs ne leur servirait à rien;—et naturellement le peuple dont la langue deviendra universelle sera celui qui s’obstinera à ne pas apprendre celle des autres peuples.
Un homme aura sa maison de ville à Paris, sa maison de campagne à Mayence, sa maison de commerce à Londres,—sa maîtresse à Naples, ses garçons à l’université de Leipsick, des amis et des intérêts d’affaires dans toutes les villes.
Les intérêts, les relations de tous les peuples de l’Europe se mêleront, s’entrelaceront, se confondront d’une manière inextricable;—les intérêts communs remplaceront les intérêts contraires,—la guerre sera impossible,—les frontières n’auront plus de sens,—les distances et l’étendue n’existent que par le temps qu’on met à les parcourir;—avec les chemins de fer, la France n’aura pas l’étendue qu’avait autrefois une de ses provinces,—le continent européen—ne sera pas plus grand que n’est la France aujourd’hui.—La Belgique sera de Paris à la distance qu’en était Versailles avant l’application de la vapeur.
Il y aura un royaume d’Europe ou une république européenne;—toutes les vieilles laisses par lesquelles on tient les peuples,—toutes les vieilles ficelles par lesquelles on fait jouer les ressorts politiques,—tout cela se brisera.—Il faudra un code universel comme une langue universelle. Ce qui est aujourd’hui un crime à Paris n’en est pas un à cinq cents lieues de là, et cela n’est qu’absurde,—mais peut aller encore parce que ce sont différents hommes qui sont soumis à différentes lois;—mais quand, par la rapidité et la fréquence des communications, on aura remarqué que le même homme se lève criminel, déjeune innocent, dîne coupable,—et se couche blanc comme neige,—à cause des différentes lois des pays qu’il aura traversés en vingt-quatre heures,—on comprendra qu’il faut faire une seule et même chose des deux choses qui, aujourd’hui, n’ont aucun rapport entre elles,—la justice et l’équité,—qu’il faut faire des lois basées sur une seule et même raison, sur une seule et même équité.
Ce n’est pas nous qui verrons tout cela.—Nous n’assisterons qu’à l’agonie des vieilles choses.
Mais il viendra un jour où on s’étonnera de voir dans les livres qu’il y a eu un royaume de France,—un royaume de Prusse,—un royaume d’Espagne; comme nous nous étonnons aujourd’hui quand nous lisons qu’en France, en 511, Thierry était roi de Metz, Clodomir, roi d’Orléans, Childebert roi de Paris, et Clotaire roi de Soissons, parce qu’alors l’Europe, par les distances qui en sépareront les différents peuples,—par le mélange des intérêts et des mœurs,—n’aura pas plus d’étendue et aura plus d’homogénéité que n’en avait la France en 511.
Un avocat à la cour royale de Paris, appelé M. Gagne—paraît seul jusqu’ici avoir eu un pressentiment de ce qui doit arriver par suite de l’établissement des chemins de fer:—il a prévu le besoin d’une langue universelle.
Il est évident que, dans un temps donné, celui des peuples de l’Europe qui s’obstinera à ne pas apprendre les langues des autres peuples verra la sienne universellement adoptée.
Vous connaissez bon nombre de ferblantiers ambitieux, de droguistes retirés des affaires, qui consacrent la fin de leur vie à gouverner l’Etat,—quand ils s’aperçoivent qu’ils commencent à ne plus trop bien diriger leurs propres affaires. C’est ce qui fait que la Chambre des députés n’est pas entièrement composée d’avocats.
Voici un mercier qui porte plus loin ses vues:—il n’attend pas à ne plus être mercier pour se présenter aux suffrages de son arrondissement;—il n’a pas besoin de suffrages, il s’élit lui-même, et il s’élit dieu. Je veux parler de M. Cheneau ou Chaînon,—qui a publié, il y a quelque temps, un gros livre dont je vous ai entretenu, sur la Troisième et dernière alliance de Dieu avec sa créature.—J’ai eu la patience de lire cet ouvrage,—et j’ai donné consciencieusement mon résumé,—en disant que la religion nouvelle que propose M. Cheneau est une religion a galimatias double,—c’est-à-dire à laquelle ni les lecteurs ni l’auteur ne comprennent absolument rien. A l’appui de mon opinion, j’ai cité quelques passages du livre, qui ont généralement paru ne laisser aucun doute à ce sujet.
Je vous avouerai que je ne pensais plus ni à M. Cheneau ni à sa religion,—quand je reçus de la direction de la poste de Paris—une lettre m’invitant à aller retirer moi-même un paquet chargé à mon adresse.—C’est une précaution qu’on ne prend d’ordinaire qu’à l’égard de lettres contenant de fortes sommes ou des papiers très-importants.
Je me transportai à la poste, et l’on me remit une lettre, qui n’était chargée que des foudres du dieu Cheneau. Voyez comme les religions se simplifient.—Autrefois un dieu irrité faisait pour punir un seul homme un grand bruit mêlé d’éclairs, qui effrayait les populations innocentes.—Voici un dieu qui met tranquillement ses foudres vengeresses à la poste et les affranchit.—La Fontaine l’a dit:
Même en frappant, un père est toujours père.
Le Dieu me foudroie, mais il affranchit son tonnerre.
Voici comment parla le dieu Cheneau: «Que les humains se souviennent que je ne suis point pour condamner les personnes égarées, mais pour les aimer.
»Les Guêpes sont les insectes qui piquent et qui pincent; si, par malheur pour elles, elles veulent piquer au-dessus de leurs facultés, elles se détruisent d’elles-mêmes.
»Je m’aperçois à l’instant que les Guêpes légères viennent de se déclarer très-faibles en logique ainsi quen conception en déclarant que la faculté de comprendre leur manquait.
»Vous n’êtes pas théologiens, laissez donc ce soin aux apprentis papes; que les Guêpes soient légères, c’est vrai, mais qu’elles apprennent que je ne suis point comme elles inconséquent avec les règles de la raison. Les Guêpes ont dit: «Nous n’analyserons pas l’ouvrage de M. Cheneau, attendu que nous n’y comprenons rien, ni lui non plus.»
»Les Guêpes sauront à l’avenir qu’elles manquent de sens en plaisantant sur mon ouvrage.»
Pardon, monsieur Cheneau, n’y a-t-il pas dans votre réponse un peu d’aigreur?—et êtes-vous bien conséquent avec votre première phrase:
«Que les humains se souviennent que je ne suis point pour condamner les personnes égarées, mais pour les aimer.»
De bonne foi, dieu Cheneau, avez-vous l’air, dans votre lettre, de m’aimer beaucoup?
«Que les humains se souviennent,» dites-vous; c’est très-bien; mais souvenez-vous-en aussi, monsieur le dieu. Continuons la lecture des tables de la loi.
«Vous avez fait connaître aux négociants et aux autres les mesures de votre esprit, monsieur Karr,:—vous vous moquez de l’Évangile.»
De votre Évangile, dieu Cheneau, n’oublions pas que c’est de votre Évangile,—quand vous dites: «En ce temps-là, je chassai les démons.
»En ce temps-là, mon bon ami saint Jean-Baptiste vint me voir avec mon autre ami Napoléon.»
«Suivez mon conseil, relisez mon ouvrage.»
Merci, monsieur Cheneau,—merci,—détournez de moi ce calice, ou plutôt permettez-moi de le détourner moi-même.
«Vous découvrirez que j’ai rendu sensible à tous les hommes le vrai principe théologique, philosophique et la religion d’amour qui est destinée à produire la foi éclairée par le raisonnement et la liberté intellectuelle.»
(Encore ici, dieu Cheneau, vous n’êtes pas conséquent, mon bon dieu: vous appelez la liberté d’examen,—et vous me maltraitez parce que j’examine votre religion.—Vous dites que vous rendez votre religion sensible à tous les hommes, et vous ajoutez que je ne la comprends pas.—Il y a un autre Dieu, Dieu l’ancien, vous savez, celui qui s’est fait homme,—mais qui, il faut l’avouer, n’avait pas songé à se faire mercier;—il avait, pour éclairer les choses et les gens, un procédé que je vous recommande;—pour les choses, «Dieu dit: Que la lumière soit,—et la lumière fut.»—Pour les hommes, il fit descendre le Saint-Esprit sur les apôtres.—Pourquoi, mon bon dieu Cheneau, ne m’éclairez-vous pas, au lieu de me reprocher ma stupidité avec autant d’amertume?)
«Vous m’avez supposé, monsieur A. Karr, que j’avais écrit sans base, cela ne prouve pas une grande profondeur d’intelligence en vous.»
(Je vous assure, dieu Cheneau, que, lorsque vous me parlez ainsi, vous n’avez pas l’air de m’aimer du tout,—malgré votre première phrase.)
«Je n’ai pas fait comme les Augustin, les Fénelon, les Bossuet, les Chateaubriand,—les Lamartine, les Victor Hugo, qui n’ont pas compris leur religion: j’écris pour que l’on comprenne.»
Vous savez que j’en excepte toujours vous et moi.
«Je me trouve donc directement en opposition avec leur avilissante doctrine et leur science honteuse; les jeunes auteurs ne pourront régénérer la littérature, la société même, qu’après avoir adopté la nouvelle religion que j’ai manifestée. Qu’ils en sonde la profondeur!»
—Pardon encore une fois, mais peut-être fallait-il ne pas donner tant de profondeur à une religion qui doit être comprise de tous.
«J’ai encore bien des choses à dire,—mais j’attendrai votre réponse pour savoir si elles sont au-dessus de votre portée.»
Ainsi fulmina le dieu.—Je mis la foudre dans ma poche,—et je me sentis touché d’un grand désir de voir M. Cheneau. Voici l’avantage d’un dieu—mercier,—c’est que la joie de voir Dieu face à face était autrefois réservée aux élus,—tandis qu’avec un dieu mercier on peut se procurer cette félicité en allant acheter chez lui pour quatre sous de n’importe quoi.
Je me transportai à l’adresse indiquée,—l’olympe du dieu Cheneau est rue Croix-des-Petits-Champs, 15, au rez-de-chaussée,—ce que je trouve un peu bas pour un ciel.
Le ciel de M. Cheneau est peint en jaune; j’aime mieux le bleu. Je lus sur la porte:
CHENEAU ET P. JOUIN.
Fournitures pour tailleurs.
Doublures, fabrique de boutons, dépôt de boutons anglais,
mercerie, soierie en gros et en détail.
Dieu l’ancien avait fait le ciel et la terre—il était réservé au dieu Cheneau de faire les boutons.
Mais qu’est-ce que P. Jouin?—N’est-il associé de M. Cheneau que pour les boutons?—n’est-il que comercier,—ou est-il en même temps codieu?—Pourquoi M. Cheneau ne parle-t-il pas de M. P. Jouin?
J’entre dans le ciel;—de chaque côté de la porte est un comptoir de noyer;—au fond est un escalier en forme de fourche, qui monte à droite et à gauche.
Pas la moindre houri dans les comptoirs.—Je crie: «A la boutique!»—Il arrive un chérubin crépu.
—Donnez-moi un écheveau de fil.
—Voilà.
—M. Cheneau est-il ici?
—Non, monsieur, il est sorti.
Le dieu va en ville.
Je me retire en pensant que si un dieu mercier a quelques avantages, il regagne l’infériorité sous d’autres points.—Dieu l’ancien est partout à la fois,—tandis que le dieu Cheneau,—quand il est sorti, n’est pas à son comptoir.—Les affaires du dieu doivent nuire à celles du mercier.—Ainsi ne soit-il pas.
Comme j’allais voir Janin, l’autre jour,—je m’arrêtai surpris au coin de la rue de Tournon.—J’étais au milieu de la rue:—deux ou trois cochers me crièrent: «Gare!»—J’allai m’adosser à une boutique pour voir si mes yeux ne m’avaient pas trompé.
Vous savez cette vieille enseigne, autrefois célèbre, de M. Pigeon? Elle représente un garde national en costume bourgeois, par-dessus lequel il a endossé la giberne et le sabre avec leurs larges courroies blanches en croix: c’est une caricature assez bien faite.
Ce qui causait ma surprise,—c’était de voir que le marchand de nouveautés avait décoré, de son autorité privée, son enseigne de la croix de Juillet et de la croix d’honneur.
Je ne suis pas partisan effréné de la garde nationale;—trente-huit volumes des Guêpes en feraient foi au besoin;—mais si j’étais préfet de police ou ministre donnant des ordres au préfet de police,—et ayant besoin de la garde nationale, je ne voudrais pas avoir signé une autorisation—pour qu’on mît ainsi au-devant d’une maison une caricature permanente contre la garde nationale.
Mais ceci n’est qu’une considération secondaire.
Certes, c’est une belle et puissante chose—que d’avoir persuadé aux hommes que les plus grands dévouements, le risque perpétuel de la vie, la perte d’un bras ou d’une jambe, étaient plus que récompensés par quelques centimètres de ruban d’une certaine couleur.
Et un gouvernement qui possède une pareille monnaie est assez bête pour l’avilir!—d’abord en la prodiguant sottement et en en payant des services honteux,—mais encore en la laissant insulter par qui le veut.
Certes, si j’écrivais aujourd’hui que le gouvernement rogne les pièces de cent sous ou mêle un tiers d’alliage aux pièces de vingt francs,—le procureur du roi exigerait une rectification ou mieux encore me ferait un procès.—«Quoi! me dirait-il, vous dépréciez la monnaie, vous cherchez à tuer la confiance, à détruire la sécurité des transactions!—mais vous faites là une mauvaise action, monsieur,—une action dangereuse.»
Et on permet à une marchande de foulards de coton de tourner en ridicule cette noble et belle monnaie avec laquelle on paye les braves sans les déshonorer!
C’est une lâcheté et une sottise.
Il est une chose honteuse, infâme, qui n’est assez flétrie ni par les tribunaux ni par l’opinion.
Je veux parler d’une sorte de vol lâche et ignoble—que les filous appellent chantage, et que l’on retrouve aujourd’hui, sans interruption, depuis les carrefours les plus mal famés jusque dans les administrations, dans les ministères,—dans les lieux les plus élevés et les plus respectés.
PREMIER EXEMPLE.—Une petite fille de quatorze ans s’introduit chez un homme, sous prétexte de lui vendre des cure-dents;—un quart d’heure après, le père et la mère,—ou un oncle,—ou un frère aîné,—arrivent en fureur,—menacent, crient, pleurent: la fille était, jusqu’ici, vertueuse;—elle n’a pas seize ans;—on va faire un procès criminel;—l’honneur de la malheureuse enfant est perdu;—toute une famille désolée ne pourra se calmer que par cent écus; on marchande la consolation de la famille,—on s’arrange à soixante francs: le tour est fait,—et la jeune innocente—va continuer ses exercices dans un autre quartier.
DEUXIÈME EXEMPLE.—Un cocher de fiacre a conduit une femme bien mise dans un quartier éloigné;—elle était pâle, troublée;—elle est restée plusieurs heures, s’est fait descendre au coin d’une rue et a payé le cocher généreusement—sans compter.
Le cocher la suit, voit où elle demeure,—apprend son nom du portier,—et le lendemain vient demander à lui parler;—il s’adresse à une femme de chambre;—la femme de chambre avertit sa maîtresse qu’une sorte d’ouvrier vêtu d’un carrick veut lui parler.
—Demandez ce qu’il veut.
—Il ne veut répondre qu’à madame.
—Alors je ne le reçois pas,—renvoyez-le.
—C’est le cocher qui a conduit madame hier.
—Ah! mon Dieu!
Elle pâlit,—s’appuie sur un meuble.
—Faites-le entrer,—bien vite,—que personne ne le voie!
La femme de chambre, étonnée, obéit.
—Madame, dit le cocher, je suis bien fâché qu’on ait dérangé madame, j’aurais aussi bien parlé à monsieur,
—Grand Dieu!—ne vous en avisez pas;—que me voulez-vous?
—C’est qu’hier madame s’est trompée d’un quart d’heure;—nous sommes restés trois heures là-bas,—et...
—Vite, combien est-ce?
—C’est à la générosité de madame.
—Tenez, voilà cent sous; allez-vous-en bien vite!
—J’ai eu bien froid à attendre madame; je suis sûr que M... aurait été plus généreux.
—Voilà vingt francs.
Le cocher s’en va:—mais de temps en temps—il vient mystérieusement trouver la femme de chambre—et demande si madame n’a rien à lui ordonner.—La malheureuse femme,—à demi morte de frayeur,—lui fait chaque fois remettre un louis.
Une fois—elle a voulu refuser cet impôt;—le cocher a alors demandé si M... y était.—Elle a envoyé le louis à l’instant même.
TROISIÈME EXEMPLE.—Un acteur va débuter,—un journal lui est apporté avec la carte du directeur.—S’il ne va pas trouver le directeur pour s’arranger avec lui,—on l’ÉREINTE,—on l’insulte, on le bafoue dans le journal—jusqu’à ce qu’il se soumette,—et alors on constate—que l’artiste, docile aux conseils de la CRITIQUE,—a fait de notables progrès, qu’il est juste d’encourager ses efforts, etc.—Le prix d’un abonnement—à quatre ou cinq billets de mille francs,—suivant la sensibilité de l’acteur et de ses appointements.
COROLLAIRE.—Quelquefois un journaliste aime une actrice:—il la maltraite jusqu’à ce qu’il ait obtenu du retour.
D’autres fois—il s’agit d’obtenir ses entrées à un théâtre:—directeur, auteurs, acteurs,—tout est insulté sans pitié jusqu’à ce que la direction se soit exécutée.
D’autres fois,—après les entrées, on exige des subventions annuelles.
QUATRIÈME EXEMPLE.—Un homme politique ou autre veut une place pour lui ou pour un de ses amis;—on attaque dans deux ou trois journaux,—et le ministre duquel elle dépend,—et le roi,—«la France marche à sa perte,—les ministres nous déshonorent,» jusqu’à obtention de la place—ou du bureau de tabac demandé.
CINQUIÈME EXEMPLE.—Une trentaine d’hommes occupent depuis douze ans les ministères,—il ne peut y en avoir que huit aux affaires à la fois.—Les vingt-deux autres les attaquent, les insultent, les calomnient—jusqu’à ce qu’ils les aient renversés;—huit des vingt-deux prennent leur place, les huit renversés se joignent alors aux quatorze qui ont fait la guerre à leurs dépens,—et on attaque, insulte et calomnie les huit nouveaux arrivés.
SIXIÈME EXEMPLE.—Il y a des gens qui ont pour profession—de savoir une anecdote ridicule,—une fantaisie vicieuse, une liaison cachée—d’un ministre ou d’un homme en place;—cette profession les fait vivre dans le luxe et les plaisirs, attendu que l’homme en place leur fait confier une mission scientifique ou accorder une pension pour services rendus à l’État, etc., etc., etc., etc.
Il serait facile de multiplier à l’infini des exemples de ce genre.
Seulement, je ne sais pourquoi les auteurs de ces faits ignominieux ne sont pas punis d’un juste et égal mépris—dans quelque classe qu’ils se trouvent,—quelque but qu’ils veuillent atteindre.
Au bas de l’échelle, la justice intervient; à mesure que l’objet de ce honteux trafic prend de l’importance, les opérateurs sont salués, reçus dans le monde, recherchés, courtisés et enviés.
DICTIONNAIRE FRANÇAIS-FRANÇAIS.—BOUCHER, boucherie.—Sorte de morgue où sont étalés publiquement des cadavres sur des linges tachés de sang.—C’est là que chacun va choisir le morceau de cadavre qu’il aime le mieux pour s’en repaître le soir avec sa famille et ses amis.
BOUCON, voyez ARSENIC.
BREVET.—Un brevet est un morceau de papier ou de parchemin que tout le monde obtient moyennant une somme de sept cent cinquante ou de quinze cents francs.
Il n’y a pas de pilules inconvenantes, de pâtes obscènes, de mécanique ridicule,—qui ne commence par se munir d’un brevet;—après quoi on met dans les journaux: «A obtenu un brevet du roi.»
Ce qui a tout à fait l’air d’une approbation spéciale de Sa Majesté.—Le public achète, et se trouve volé ou empoisonné.
Il serait de la dignité du gouvernement de ne pas laisser ainsi le roi complice des marchands d’orviétan de son royaume,—et d’expliquer d’une manière formelle ce que c’est qu’un brevet;—mais il s’agit bien de dignité aujourd’hui!
Si le public savait ce que c’est qu’un brevet, il ne s’y laisserait plus prendre.—Si le public ne se laissait plus prendre à ce gluau, les charlatans ne le tendraient plus.—Conséquemment, cela ferait un certain nombre de pièces de sept cent cinquante francs et de quinze cents francs qui cesseraient de tomber dans les coffres de l’État[N].
BROUILLARD.—Interrompt toujours les dépêches télégraphiques dont le gouvernement ne veut faire connaître que la moitié.
BOUILLON.—Les savants sont des gens qui, sur la route des choses inconnues, s’embourbent un peu plus loin que les autres,—mais restent embourbés, parce qu’ils ne veulent pas avouer qu’ils le sont,—et se gardent bien de crier au secours.
Il y a vingt-cinq ans, M. Darcet imagina de faire du bouillon avec de la gélatine,—c’est-à-dire en soumettant les os dépouillés de viande à l’action de la vapeur.
Le bouillon ainsi produit était fade,—donnait des nausées, etc.; mais l’Académie—représentée par une commission—le trouva et le déclara excellent. En conséquence,—on en donna, sans réclamation, pendant quinze ans aux malades des hôpitaux.
Au bout de quinze ans,—on crut s’apercevoir de quelque chose.—On fit de nouvelles expériences sur la gélatine,—et on découvrit cette fois que la gélatine et le bouillon qui en est fait sont d’une mauvaise odeur et d’un mauvais goût, ne contiennent aucun principe alimentaire, mais chargent et fatiguent l’estomac, qui ne peut les digérer.—Un élève des hôpitaux se soumit à la gélatine pour toute nourriture, il ne put continuer ce régime que quatre jours et resta avec une gastralgie intense.
M. Gannal a essayé d’en nourrir lui et sa famille. Au bout de quelques jours, ils étaient tous malades et mourant de faim.
Eh bien! il y a dix ans de cela, et on n’a pas encore défendu l’emploi de la gélatine dans les hôpitaux.—Les malheureux malades—reçoivent encore comme bouillon—un liquide mauvais au goût, malsain et sans aucuns principes nutritifs.
Parce que M. Darcet ne veut pas s’être trompé.
Parce que l’Académie des sciences ne veut pas avouer qu’elle s’est laissé tromper.
Parce que les divers ministres qui se succèdent ont bien d’autres choses à faire.
BRUNE.—C’est le nom qu’une femme blonde donne à la maîtresse présumée de son mari.—«Il est allé voir sa brune.»
Une femme brune, au contraire, dit—en pareille circonstance: «Il est allé voir sa blonde.»
Toutes les femmes savent, par un merveilleux instinct,—que l’infidélité n’est pas pour une femme plus jolie, mieux faite ou plus spirituelle, mais simplement pour une autre femme.
Ceci devrait mettre leur amour-propre à son aise: on peut être blessée de se voir préférer une femme—pour l’esprit ou pour la figure,—mais il est en ce cas une supériorité incontestable dont on ne peut se fâcher—et à laquelle on ne peut prétendre,—c’est celle d’être une autre femme.