XXVII
MMM. à Vilhem.
«Quel bonheur, cher Vilhem, et comme j’ai ri du sujet de votre grave ressentiment! C’est bien fait, monsieur, et je suis enchantée de ce qui vous est arrivé: cela vous apprendra à mépriser mes ordres.
»Mon Dieu! comme je vous appartiens, comme vous me faites passer en peu d’instants de la tristesse la plus amère à la joie la plus folle! Mais il faut que je vous gronde sérieusement. Je ne veux pas vous voir; ce n’est que l’impossibilité où nous sommes de nous rencontrer qui me donne le courage de vous aimer et de vous dire que je vous aime; ne gâtez pas mon bonheur par de semblables craintes. Je ne vous avais pourtant pas trompé, monsieur; je vous avais dit: «Je ne demeure pas au Havre.» Mais c’est probablement en trompant que vous avez appris à être défiant. Vous avez cru que je vous abusais; vous avez trouvé là une vieille femme, et vous avez cru que cette vieille femme, c’était moi, et vous vous êtes cru aimé d’une vieille femme.
»Non, monsieur, non, je ne vous avais pas trompé; je suis jeune et assez jolie; la femme que vous avez vue est une amie de ma mère, qui fait prendre vos lettres à la poste et me les fait parvenir sans se douter le moins du monde de ce qu’elles contiennent. Non, non, je ne vous aurais pas vu sans vous reconnaître, j’en suis sûre.
»Mais vous, vous avez cru que c’était moi! à vos yeux j’ai été pendant quinze jours, et je suis encore, au moment où j’écris ceci, cette pauvre chère madame Deslandes, si longue, si sèche, avec ses joues couvertes de fard et ses faux cheveux. Comment réparerez-vous cela?
»Sérieusement, cher Vilhem, ne cherchez plus à me voir; vous m’affligeriez et vous m’ôteriez toute ma sécurité. Mais quel jour étiez-vous si près de moi?
»P.S. Je vous envoie de mes cheveux, pour bien constater ma jeunesse et leur véracité.»