XXXI
Vilhem à MMM.
«Laisse-toi donc m’aimer, cher ange, et ne lutte pas ainsi avec le bonheur que le ciel nous envoie. N’as-tu pas assez donné à cet être vulgaire et inepte qui te possède sans te comprendre, qui n’a d’intelligence ni dans l’esprit ni dans le cœur, puisqu’il ne sait pas qu’il est le plus heureux des hommes, puisqu’il ne meurt pas de son bonheur? Il te possède! Mon Dieu, que je le hais quand cette pensée vient me gonfler le cœur! Il a à lui tout le bonheur, toute la joie qui devait être ma part dans ce monde. Que de haine il y aurait dans mon cœur, si l’amour y laissait de la place! Que dois-tu donc à ton tyran, à celui qui nous sépare? Tu es à moi, à moi qui sais te comprendre et t’aimer, à moi qui souffre si cruellement de ton absence, à moi que le ciel a créé pour t’adorer. Que sont ces liens odieux imaginés par les hommes et dans lesquels nous gémissons l’un et l’autre, auprès de ce lien céleste dont Dieu nous a unis, en nous donnant deux âmes pareilles qui se cherchent de loin?
»Je t’aime et je prendrai de toi, de toi qui m’appartiens, tout ce que j’en pourrai prendre. Tu te plains du trouble que t’a causé ma lettre. Ah! si tu sentais ce feu dévorant qui circule dans mes veines, quand je baise tes cheveux; si tu connaissais ce délire qui fait que je t’appelle dans mes nuits sans sommeil, et que je te tends les bras dans l’ombre! Oh! je t’en prie, augmente mon trésor, envoie-moi quelque chose qui ait fait partie de ton vêtement: un ruban, un gant. Ce collier caché sous ta robe, de combien de caresses je l’ai chargé!»