CINQUIÈME ÉDITION.

Publiée en dehors du concours de l’Académie, l’édition citée quelquefois comme la cinquième n’a point été cependant reconnue officiellement. Et, en effet, bien que le titre porte: Dictionnaire de l’Académie françoise, revu, corrigé et augmenté par l’Académie elle-même, cette CINQUIÈME édition ne fut point donnée par l’Académie; elle ne parut qu’en vertu d’une LOI datée du premier jour complémentaire de l’an III de la République françoise (1795), portant que: l’Exemplaire du Dictionnaire de l’Académie françoise, chargé de notes marginales, sera publié par les libraires Smith, Maradan et compagnie.

Et l’article III porte: «Lesdits libraires prendront avec les Gens-de-Lettres de leur choix les arrangements nécessaires pour que le travail soit continué et achevé sans délai[19]

[19] Garat, dans la préface dont il fut le rédacteur, dit: «Il y avoit trois Académies à Paris: l’une consacrée aux Sciences; l’autre aux recherches sur l’Antiquité; la troisième à la Langue Françoise et au Goût. Toutes les trois ont été accusées d’aristocratie, et détruites comme des institutions royales nécessairement dévouées à la puissance de leurs fondateurs.»

Dans quelle proportion les notes marginales, œuvre de l’Académie, figuraient-elles dans cette révision, on l’ignore; l’exemplaire original n’a pas été conservé, mais la majeure partie des additions sont dues à Selis et à l’abbé de Vauxelles, auxquels fut adjoint un correcteur habile, Gence.

Cette édition parut en 1795: elle fut donc revue et imprimée en trois ans.

On aurait pu croire qu’à cette époque, où l’Académie par son absence laissait toute liberté aux améliorations orthographiques, les concessionnaires en auraient largement profité en vue de faciliter l’éducation publique; mais, par ces changements trop apparents, le prestige attaché au nom de Dictionnaire de l’Académie eût été amoindri; et comme cette entreprise faite sans son aveu avait en vue plutôt un but commercial que littéraire, les éditeurs, pour mieux lui conserver son caractère, crurent devoir ne rien innover, et rejetèrent à la fin en appendice «les mots ajoutés à la langue par la Révolution et la République». Je ne vois donc, quant à l’orthographe, que quelques mots, tels qu’analise, analiser, analitique, où l’y ait été remplacé par l’i, et dès lors l’imprimerie adopta cette orthographe; mais du moment où l’y fut rétabli par l’Académie dans sa sixième édition, il reparut dans toutes les impressions, de même qu’il disparaîtra, si l’Académie croit devoir lui substituer l’i dans l’édition qu’elle prépare.