XXVIII
Il joue sur les faits, le fort aventurier. Il a souvent caché la table de jeu sous les oripeaux, sacrés à tous les hommes, de l’éloquence, de la pompe royale et de la prophétie. Mais au fond il jouait l’empire sur une chance, à Waterloo comme devant Saint-Roch. Sa mère ne s’y trompait pas, l’œil sur lui, cet œil de la nourrice qui s’attend à tout et qu’on ne trompe pas, l’œil qui a connu le corps de l’homme au berceau, l’œil de la femme qui a changé son petit dans les langes. Joueuse elle aussi, Letizia, la vieille Parque, mettait des millions à l’abri, dans les temps solaires d’Austerlitz et d’Iéna, en prévision de la saison noire. Et elle osait dire de ses fils, tous ensemble en peloton, le grand avec les petits, comme ils sont mêlés sur la quenouille d’une mère : « Ils seront bien contents plus tard, que je sois là. Cela ne durera pas. » Quelle parole ! et quelle perspective ! Un arc de triomphe qui mène à un cachot. De toutes les idées, la dernière qui fût jamais venue à l’un de nos rois : le hasard, maître du prince, et roi des rois ! On ne peut pas gagner toujours, et il faut admettre que l’on perde.