XXXIII
Il est sans pitié pour tout ce qui trouble la valeur, pour tout ce qui altère l’étalon d’or, tel qu’il le fixe en tous les ordres.
Il chasse l’homme qui ne veut pas servir l’État ; et s’il n’y est pas apte, il le proscrit : à quoi est-il bon ? La lâcheté aux armées, le manque à servir dans les cadres de l’Empire, deux crimes que Napoléon ne pardonne pas.
Il a donc horreur de la femme qui fait l’homme. Il tourne le dos à madame de Staël ; il ne met point l’aigrette à ce turban de prétentions infinies. Et comme ce grenadier turc, pour piper un compliment, demande au Premier Consul quelle est la femme qu’il préfère, il répond : « Celle qui fait le plus d’enfants. » Mot brutal, qui n’est pas à la française, mais à l’antique, et moins de Scipion que d’Annibal.
Faire l’homme, en effet, c’est le plus sûr moyen, pour la femme, de ne plus faire d’enfants. Les femmes à plumes n’ont pas encore trouvé la recette de muer leurs ridicules époux en nourrices.
A sa Joséphine, quand il l’aime encore en amant trop épris, il ne donne pas de la bien-aimée, ni de mon cœur, ou mon amour. Il l’appelle : ma bonne amie, ma bonne. Elle lui aurait fait présent d’un fils, il ne l’eût jamais répudiée. Il dit, plus tard, à ses maîtresses d’une heure, quand il leur ouvre la porte, prenant congé après une effusion brève : « Tu es une bonne fille ! » Éloge suprême dans sa bouche : une bonne femme, une bonne mère. Jamais homme ne fut moins amant de l’amour.
Il y met peut-être moins de vulgarité bourgeoise, que l’accent du peseur juré, ou de l’essayeur d’or : une bonne femme, une bonne fille, une bonne monnoie ; elle vaut ce qu’elle vaut ; elle ne ment pas sur sa frappe ni sur son titre.