NOTE DU CENSEUR

MAITRE DE LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUITÉS DE C…

On ne sait souvent où une langue va puiser ses richesses. J'ai vu des Français se creuser la tête pour trouver l'origine du mot gamahucher, et dire ensuite qu'il était de pure fantaisie.—Point du tout, messieurs; il existe au fond de l'Egypte une secte de bonnes gens qui rendent un culte à l'ami de Priape. Je ne cite ni l'ouvrage où j'ai trouvé ce renseignement important, ni l'auteur trop grave et trop national pour ne pas se courroucer s'il se voyait nommer dans des écrits bouffons qui décèlent évidemment la futilité d'un esprit aristocratique. Je prie donc le lecteur de m'en croire sur ma parole, comme j'ai cru le voyageur sur la sienne… Or, il me semble que le mot Quadmousié, apporté d'Egypte en France, peut fort bien s'être altéré pendant la traversée. L'essentiel est que le culte lui-même se soit exactement transmis et sans doute perfectionné parmi nous. Quant à la racine de l'expression, elle peut bien être adoptée sans difficulté par une nation qui de Rawensberg[96] a fait Ratisbonne; Liège, de Luik; La Haye, de S'Gravenhaag, etc., et qui, d'après ses conventions alphabétiques, nomme Shakespear le génie que nos voisins, d'après les leurs, nomment Chekspir. Il convient, dis-je que cette nation reconnaisse cette savante étymologie. Je réclame de plus contre l'innovation de l'ignare abbé Suçonnet[97], qui ne fait dériver son terme que du grec, tandis que les Grecs auxquels il fait l'honneur de l'invention même, pourraient fort bien n'avoir fait qu'emprunter des Orientaux une pratique qui ne pouvait, au surplus, être connue nulle part sans y être adoptée et maintenue avec ferveur.

[96] Nerciat se trompe: c'est de Regensburg que l'on a fait en français Ratisbonne.

[97] L'abbé Suçonnet, dont Célestine parle ailleurs, remplace gamahuchage par glottinade. «M. Suçonnet, qui est docteur, prétend que rien n'est plus significatif, et qu'il convient absolument d'emprunter du grec le nom d'une volupté dont les Grecs nous ont transmis l'usage».