AVIS
En modifiant ma proclamation du 26 mai 1916, j'ordonne:
1. Durant le mois de septembre 1916, la circulation dans les rues, sur le territoire de la Ville de Lille, est autorisée de 6 h. du matin à 10 h. du soir (heure nouvelle).
2. Tous les établissements (Cafés, Restaurants, Estaminets, etc.), à l'exception de ceux qui ont un permis spécial, doivent fermer également à 10 h. du soir (heure nouvelle).
Lille, le 25 août 1916. Le Gouverneur de la Place de Lille.
Nota.--L'heure actuelle des horloges publiques n'est pas modifiée.
Tribune Publique
A propos de l'heure nouvelle
Puisque nous avons publié dans notre numéro du 13 Juillet 1916, la critique de l'opinion de M. Minutin, qui n'accepte pas la modification de l'heure, il est juste que nous lui laissions dire ses raisons et c'est pourquoi nous publions la lettre ci-dessous:
Eh bien, c'est une erreur, M. Minutin n'a pas avancé sa montre d'une heure. M. Minutin a protesté et continue à protester contre l'adoption de l'heure nouvelle. Il proteste au nom de la logique, au nom du bon sens, au nom de la clarté française.
Notre race peut avoir des défauts, elle a à coup sur ses qualités et, parmi celles-ci, elle revendique les conceptions claires, les solutions simples.
Or malheureusement, depuis un certain temps, nous nous laissons trop souvent gagner par des influences étrangères, qui modifient l'esprit français.
Eh non! ce n'est pas un cerveau français, qui a proposé l'heure nouvelle. Je déplore que des cerveaux français l'aient adoptée.
Certes--et sur ce point nous sommes tous d'accord--il y avait une réforme à apporter. Il était juste de songer à modifier nos heures de lever et de coucher, nos heures de travail, quand arrive la bonne saison.
Cependant, cette idée est déjà mise en pratique, depuis les temps les plus reculés, par la moitié du genre humain. Est-ce que nos populations agricoles ne modifient pas leurs heures de travail, suivant les saisons. Et même, dans les villes, est-ce que grand nombre de citadins ne se lèvent pas plus tôt en été qu'en hiver, est-ce que certaines manufactures n'ouvrent pas leurs portes plus tôt en été qu'en hiver?
Il s'agissait donc uniquement de généraliser le système. Pour le généraliser, le moyen était simple: il était sans doute trop simple.
Il suffisait de décider, par une loi, que du 1er Mai au 31 Août, les administrations de l'Etat ouvriraient et fermeraient leurs bureaux une heure plus tôt, puis d'inviter les particuliers à faire de même dans les grandes exploitations, les usines, les manufactures, etc.
De cette façon, du 1er Mai au 31 Août, les trains qui partaient à 7 heures seraient partis à 6 heures, les bureaux des ministères, des préfectures, bref de toutes les administrations auraient ouvert à 8 heures au lieu de 9 heures, les cours des écoles auraient commencé à 7 heures, au lieu de huit heures, etc., de même les heures de fermeture auraient été avancées d'une heure.
C'était sage de modifier les horaires, c'est absurde de modifier l'heure.
Le résultat cherché était obtenu, sans pour cela donner un coup de pouce, deux fois par an, à nos horloges et à nos pendules, sans faire marquer à notre montre une heure, quand le soleil marque midi au Zénith. On avait autrefois proposé l'heure unique pour le monde entier; on a repoussé l'idée, parce que l'heure a toujours été dépendante du soleil. Elle varie avec les méridiens et chaque pays a son heure qui se rapproche le plus possible de l'heure solaire, l'heure exacte.
Votre aimable correspondant aurait pu fumer tout aussi tranquillement sa pipe, goûter avec autant de sérénité ce repos qui lui est si cher, si, au lieu de 7 heures allemandes, sa pendule avait marqué 6 heures françaises.
Tel est l'opinion de M. Minutin. Il espère que plus tard, il se trouvera un homme jeune et actif pour entreprendre une formidable pétition, conjurant les Chambres de ne plus détraquer, ni nos pendules, ni nos cerveaux.
Dans l'espoir que vous voudrez bien insérer cette réponse, agréez etc.
Sans vouloir prendre parti dans la question, il nous semble que, si excellentes que puissent paraître les raisons de l'honorable M. Minutin, elles ne sont pas sans réplique.
Il reconnaît que, dans la bonne saison, il est juste de modifier nos heures de lever et de coucher et nos heures de travail, et après que les Administrations publiques auront établi un horaire d'été, il croit qu'il suffira d'inviter le public à en faire autant: Sainte illusion.
Les récalcitrants seront multitude. Ceux qui sont des gens d'habitude, trouveront que c'est changer leurs habitudes que de les faire lever quand leur montre marque 6 heures, alors qu'ils ont l'habitude de se lever quand leur montre marque 7 heures.
Avancez leur montre d'une heure, ils se lèveront sans récriminer, quand leur montre marquera 7 heures; ils auront conservé leurs habitudes.
Ceux qui croient que c'est faire preuve d'indépendance que de faire de l'opposition, continuant par esprit de contradiction, vivront en suivant leurs habitudes d'hiver.
De ce manque d'uniformité il résultera sans cesse des heurts qui ne faciliteront pas la vie sociale.
Ne vaut-il donc pas mieux avancer la pendule et amener ainsi tous les récalcitrants à faire comme tout le monde?
Les heures de l'horloge sont peu d'accord avec celles du méridien. Soit, mais les chances de désaccord diminueront entre gens pratiquant tous les mêmes heures et, pour citer un vieux dicton patois: L' cat ne sera point dans l'horloge.
Petite correspondance
A un groupe de propriétaires.--Vous me demandez d'examiner à nouveau la question des loyers. Cela a déjà été fait et je ne puis que me redire.
S'il y a des locataires malheureux, il y a des propriétaires dont la situation est très pénible. Il est du devoir des locataires, qui font des affaires, de payer leur loyer.
Les locataires qui invoquent le moratorium ne devraient pas y prendre seulement ce qui leur convient, mais respecter l'intention du législateur qui ne dispense du paiement de leur loyer que ceux qui ne peuvent pas payer.
Les termes des décrets des 1er septembre et 27 septembre 1914 le démontrent bien, puisque ces décrets imposent à la généralité des locataires qui veulent invoquer le moratorium, l'obligation de déclarer qu'ils sont hors d'état de payer tout ou partie de leurs loyers, et donnent au propriétaire, le droit de justifier que son locataire est en état de payer tout ou partie des termes échus.
Un maire qui conseille à un fermier en état de payer son fermage de ne rien payer, commet une mauvaise action: il conseille de faire ce que la loi défend!
Les locataires qui le peuvent, devraient donc payer et ne pas laisser s'accumuler des loyers qui leur seront ultérieurement demandés.
Personne ne sait s'il interviendra des dispositions législatives quelconques pour réglementer la question des loyers courus pendant la guerre, et il faut espérer qu'en tous cas aucune loi ne dispensera de leurs obligations ceux qui ont gagné de l'argent pendant la guerre.
Aussi le Bulletin de Lille ne peut-il que regretter que certaines gens aient assez peu de conscience pour ne pas remplir, bien que le pouvant, leurs obligations de locataires et ne pas payer leur loyer.
Vous me demandez si ces gens sont à l'abri de toute sanction? C'est évidemment de sanctions judiciaires que vous parlez.
Il est impossible de dire à un groupe de propriétaires ce qu'il doit faire à ce sujet.
Si quelqu'un de vous veut poursuivre, qu'il s'adresse à une personne du métier, où il lui sera donné les conseils que l'espèce comportera.
Dans toute affaires on peut poursuivre, mais la poursuite réussira-t-elle? et si elle réussit, le jugement pourra-t-il être exécuté?
Il est impossible de donner à ces questions une réponse de principe. Tout dépend de l'espèce.
Un locataire ennuyé.--Loyers.--Il est impossible de donner aux questions d'espèce qu'on nous pose des réponses bien précises, d'autant mieux, que la plupart du temps, les questionneurs ne donnent pas tous les renseignements utiles à la solution de la question: en outre, la réponse qui peut être donnée n'est jamais qu'une opinion personnelle. En matière d'interprétation de lois, il n'y a rien d'absolu.
Vous me demandez si, bien que devant votre loyer depuis octobre 1915, et dans l'impossibilité de payer les loyers courus depuis cette date (puisque ayant épuisé vos ressources vous ne vivez que de secours de chômage), vous pouvez déménager en emportant votre mobilier.
En principe, le mobilier est le gage du propriétaire qui, ayant un privilège sur la valeur du mobilier qui garnit les lieux loués, peut même contraindre le locataire à réintégrer dans les lieux loués le mobilier qui a été déplacé.
L'art. 5 du décret du 1er septembre 1914 (sur le moratorium) permet, au cas de sortie des lieux, au juge de paix d'autoriser le locataire débiteur de loyers à enlever tout ou partie de mobilier, lorsque le loyer annuel ne dépasse pas les taux fixés par le décret du 11 août 1914.
La persistance de ce décret est controversée dans la pratique habituelle, les propriétaires accordent souvent au locataire, qui désire partir, le droit d'enlever son mobilier, à condition qu'il leur soit donné une simple reconnaissance de la dette de loyer.
Cette reconnaissance est souvent donnée sous réserve réciproque de l'effet des dispositions législatives qui interviendraient, relativement au paiement des loyers courus pendant la guerre.
H. V.--Non.
A des parents désolés.--Au-dessus de 30 ans, votre fils peut se marier, sans même devoir vous en aviser.