XVII.
Chez les Indiens, ce supplice était plus atroce encore: quand le prisonnier est condamné à mort, dit un jésuite, ils plantent aussitôt en terre un gros pieu auquel ils l'attachent par les deux mains. On lui fait chanter la chanson de mort, et tous les sauvages s'étant assis à quelques pas du poteau, on allume un grand feu où l'on fait rougir des haches, des piques, des couteaux; puis, ils viennent les uns après les autres et appliquent ces fers rougis sur le corps du patient. D'autres le brûlent avec des tisons ardents; d'autres lui déchirent le corps à coups de couteau; d'autres encore remplissent ses plaies de poudre et y mettent le feu.
Ce supplice dure plusieurs heures, quelquefois plusieurs jours.
XVIII.
SUPPLICE DES CENDRES.
Ce supplice était usité en Perse; on ne s'en servait que pour les grands criminels. On remplissait de cendres une tour, on y précipitait le criminel la tête la première, et ensuite avec une roue on agitait la cendre autour de lui jusqu'à ce qu'elle l'étouffât.
XIX.
LE SUPPLICE DE LA ROUE.
Le supplice de la roue fut importé d'Allemagne en France sous le règne de François Ier. Ce supplice, dit M. Cheruel, consistait à placer le condamné, les jambes écartées et les bras étendus, sur deux morceaux de bois disposés en croix de saint André et taillés de façon que chaque membre portât sur un espace vide. Le bourreau lui brisait, à coups de barre de fer, les bras, les avant-bras, les cuisses, les jambes et la poitrine; puis on l'attachait sur une petite roue de carrosse suspendue en l'air par un poteau. On ramenait les jambes et les bras brisés derrière le dos et on tournait la face du supplicié vers le ciel afin qu'il expirât dans cet état. Quelquefois, les condamnés d'un tempérament robuste résistaient aux coups du bourreau, et l'on en vit rester jusqu'à vingt-deux heures vivants sur la roue. On relayait des prêtres autour d'eux, et le rapporteur du procès était obligé de rester à l'Hôtel-de-Ville tant que le condamné respirait encore. Quelquefois, quand la vie se prolongeait trop chez le patient, le bourreau envoyait demander la permission de le faire étrangler aux juges de la Tournelle qui ne l'accordaient pas toujours.
XX.
L'ÉCARTÈLEMENT.
Au milieu de la Grève était une barrière entourant un espace au milieu duquel se déployait une petite table basse fortement scellée en terre par six gros pieux. C'est là que Damiens fut conduit escorté de dix bourreaux et de deux confesseurs. Il aida lui-même à se déshabiller, ne témoignant ni crainte ni étonnement, mais seulement envie d'en finir. On l'étendit sur cette petite table où des cercles de fer fixaient son corps: deux en travers, un en fourche laissant le cou libre, et un entre les cuisses, le tout se joignant au milieu et se serrant par de gros écrous sous la table, de sorte que le tronc est absolument fixé. On lui attacha la main droite à une menotte et on la lui brûla au feu de soufre. Le patient poussait des hurlements horribles.
On lui lia ensuite fortement les bras et les cuisses d'abord en haut, et de là en tournoyant jusqu'au poignet et au pied, et on attacha ces cordes aux harnais de quatre chevaux placés aux quatre coins de la table. Le signal fut donné, les quatre chevaux tirèrent par secousses qui n'emportèrent rien. Les cris de Damiens redoublaient et s'entendaient au loin, malgré le bruit et les rumeurs d'une foule innombrable. Pendant une heure, le patient fut ainsi tiré, on ajouta même deux chevaux aux quatre autres.
Les six chevaux partent à la fois; les membres résistent. Le bourreau ne sachant que faire, envoie demander des ordres aux magistrats qui siégent à l'Hôtel-de-Ville et qui se nommaient MM. Pasquier et Severt; on lui répond qu'il faut que le coupable soit écartelé. Les hurlements de Damiens recommencent avec les secousses, les chevaux fatigués se rebutent. Alors seulement les juges permettent qu'on le dépèce; car il n'est pas permis d'employer une autre expression. Le bourreau lui taillade les cuisses pendant que les chevaux tirent. Chose incroyable et pourtant attestée par des témoins dignes de foi, pendant que le bourreau opérait, Damiens eut la force de lever plusieurs fois la tête pour voir ce qu'on lui faisait.
«Enfin, ajoute l'auteur de ce récit, que nous abrégeons, après une heure et demie passée de ces souffrances sans exemple, la cuisse gauche partit la première, à quoi le peuple battit des mains. Jusque-là, Damiens n'avait paru que curieux et indifférent. Ensuite, à force de taillades, l'autre cuisse partit. Les cris reprirent avec une nouvelle force. Après, on taillada une épaule, qui partit; ses cris continuèrent, mais moins vifs et la tête ne cessa pas d'aller. Enfin, on taillada la quatrième partie, c'est-à-dire l'autre épaule, et ce n'est que là que la tête tomba quand elle fut emportée, ne restant que le tronc.»
XXI.
LES AIGUILLES.
Le supplice des aiguilles consistait à enfoncer des aiguilles sous les ongles du patient.