T.
TEINDRE. v. act. Terme de negoce. Préparer une étoffe, ou un autre corps avec des sels, liqueurs, ou drogues colorantes, en telle sorte qu'ils paroissent d'une certaine couleur. On teint les draps, les laines, les soyes & les toiles en noir, en rouge, en violet, &c. On teint en blanc les laines, lors qu'on les tond & qu'on les dégraisse. Il est défendu de teindre aucune étoffe de blanc en noir, pour quelque cause que ce soit, & de teindre les soyes sur le crud ou à demi-bain. Quand on teint une étoffe en jaune & puis en bleu, elle se trouve teinte en verd. On teint en cramoisi quand le premier pied de teinture se fait avec de la graine d'écarlate, ou la cochenille. On teint les cheveux, les bois, les gommes. On teint les pierres & le verre pour en faire de fausses pierreries. On teint aussi des liqueurs en les mêlant avec d'autres. Cet homme est si sobre qu'il ne fait que teindre, que rougir son vin.
On dit figurément teindre ses mains du sang des innocens, pour dire, faire mourir des innocens. On dit aussi que les Riviéres étoient teintes du sang des ennemis, pour dire, qu'on en avoit fait grand carnage.
Teint. einte. part. pass. & adj.
Teint. s. m. Art de teindre. Il se dit aussi des drogues qu'on y employe. Les Réglemens du métier distinguent les choses qui doivent être teintes du grand teint, d'avec celles du petit teint: ce qui fait deux corps & deux maîtrises separées. La premiére est celle du grand & bon teint, l'autre est du petit teint. Les Teinturiers du bon teint sont ceux qui donnent aux étoffes un pied necessaire, de pastel, garance, ou cochenille, puis ils les mettent en la main du Teinturier du petit teint pour les raciner, engaller, noircir, brunir & griser. Les Teinturiers du bon teint doivent laisser des Rosettes, sçavoir au verd, une du jaune & l'autre du bleu; au feüille morte une du jaune & l'autre du fauve; au cramoisi, une Rosette du bleu, & l'autre du rouge de la Cochenille; au tanné ou amarante, une Rosette de guesde, & l'autre de la garance ou demi rouge cramoisi, & il faut laisser une Rosette en blanc dans toutes les couleurs simples, comme le bleu, le rouge & le jaune; le tout pour faire connoître la bonté ou la qualité du grand & du petit teint. Les Teinturiers du petit teint peuvent teindre toutes sortes de bisage ou repassage, & se servir pour cela de brunitures de galle, orseille & bois d'Inde, & les étoffes usées en toutes sortes de noir, de racinages, grisages, & bisages.
Le bleu, le rouge, & le jaune appartiennent aux Teinturiers du bon teint, pour les teindre seuls sans la participation du petit teint. Le fauve & le noir appartiennent aux Teinturiers du bon teint & du petit teint, le noir devant recevoir le pied de guesde, ou garence du bon teint, & être engallé & noirci par le petit teint.
Teint, se dit aussi d'une lame d'étain fort mince, appliquée par le moyen du vif argent derriére les glaces d'un miroir.
Teint, se dit aussi de la couleur & de la delicatesse de la peau du visage. Cette femme n'a point de teint, elle a eu le teint gâté de la petite verole. Cette fille a le teint blanc, vermeil, a un teint de lis & de roses. Le grand hale rend le teint brun & basané. Ce jeune homme a le teint frais & fleuri, on luy vient de faire la barbe. La pommade nourrit le teint; la Ceruse mange le teint.
Teinte. s. f. Terme de Peinture, maniére d'appliquer les couleurs pour donner du relief aux figures pour bien marquer les jours, les ombres, les éloignemens. Le grand secret de la Peinture c'est de bien donner les teintes, les demi teintes. Cette draperie est d'une bonne teinte, pour dire d'une forte couleur. La demi teinte est un ménagement de lumiére par rapport au clair obscur, ou un ton moyen entre la lumiére & l'ombre: car s'il y a cinq tons ou degrez de clair obscur, le second ou le troisiéme qui suivent la grande lumiére, seront appellez demi teinte.
Teinture. s. f. Action par laquelle on teint. La teinture demande beaucoup d'experience. Cet homme est sçavant en l'Art de la teinture. La perfection de la teinture consiste à donner le lustre à la soye, à la bien décreuser, dégorger & aluner. La matiére avec laquelle on teint, c'est l'indigo qui sert à la teinture bleuë, la cochenille à la teinture en écarlate: la noix de galle en noir. Les drogues qui croissent en France, pour la teinture sont le pastel de Lauragais, Albigeois & Languedoc, ou la voüede. La cochenille, le pastel d'écarlate, graine d'écarlate; le Vermillon & la garance pour le rouge; la gaude, la Sarrette & la genestolle pour le jaune; la galle à l'épine, & d'alep, la racine écorce de Noyer & coque de Noix pour le fauve, autrement appellé couleur de racine ou noisette; le Rodoul, le fovic & la couperose pour le noir. L'Agaric, le sumac, l'arsenic, l'alun, la gravelle & le tartre servent pour les boüillons. On employe aussi la cendre cuitte & la potasse, la Cassenolle, la malherbe, le trentanel, la garoüille. Les ingrédiens faux, qui peuvent servir au petit teint sont bois d'Inde, bois de bresil, bois de Campeche, bois jaune, fustel, tournesol, Raucour, Orseille, le Safran bâtard, l'écorce d'aulne. Ces mots sont expliquez à leur ordre.
La Teinture de ces Etoffes de cotton qu'on void en Europe, se tire d'une plante qui croît dans l'Inde qu'on appelle Chai, où elle est autant estimée que la Cochenille l'est en France.
Regnier a dit agréablement en parlant de la nuit,
Il faisoit un noir brun d'aussi bonne teinture,
Que jamais on en vid sortir des Gobelins.
On appelle en Chymie la grande teinture Minerale, la Pierre Philosophale, parce qu'on croit qu'il ne s'agit que de donner au Mercure fixé la couleur, ou teinture de l'or.
Teinture, se dit aussi de l'extraction ou separation qu'on fait de la couleur d'un ou de plusieurs mixtes, & de l'impression qu'elle fait dans quelque liqueur ou menstruë propre, qui emporte une portion de leur plus pure substance; car elle quitte son propre corps en se dissolvant, & s'unit aux menstruës, pour leur communiquer sa couleur & ses vertus, & ainsi on fait dans la Pharmacie des teintures cephaliques, stomachiques, antiscorbutiques, &c. On tire des teintures de Rose, de Corail, &c. Dans les memoires de l'Academie des sciences, il est fait mention de certaines liqueurs mixtes (par exemple, des sels qu'on tire du bled) qu'on dit être trés-propres à tirer des teintures, même de quelques pierres précieuses: & qu'elles sont plus capables de produire cet effet à proportion qu'elles rougissent davantage la solution du Vitriol.
Teinture se dit figurément en choses morales, des bonnes ou mauvaises impressions dont l'ame de l'Homme est susceptible. On prend dans les Seminaires de si fortes teintures de piété, qu'elles ne s'effacent jamais. On ne doit point parler de Physique, lors qu'on n'en a qu'une legere teinture, qu'on ne la sçait point à fonds.
Teinturier, iere. s. m. & f. qui fait métier de teindre; il y a des Teinturiers de grand teint, & d'autres de petit teint. Les teinturiers de la Ville de Roüen sont divisez en trois fonctions, en guesderons, garanceurs, & noircisseurs. Il y a de nouveaux Statuts des Teinturiers de l'année 1669. qui portent la qualité des drogues qui doivent être employées à la teinture, suivant les diverses couleurs, & selon le mérite & le prix des Etoffes. Les Teinturiers du grand & bon teint, ne peuvent teindre en petit teint, & ne doivent avoir chez eux que les drogues appartenantes au bon teint; & ceux du petit teint ne peuvent teindre en bleu, à cause du pastel qui appartient au bon teint, & ne doivent avoir chez eux que les drogues qui appartiennent au petit teint. Ils ne doivent teindre que des frisons, tiretaines, petites serges à doubler, & qui ne valent au plus que 40. sols l'aune en blanc.
Teinturier, est aussi une espece de raisin, dont le suc est fort rouge, & dont on mêle quelques seps, parmi un plant de raisin blanc, pour colorer & faire du vin clairet, son suc est fort doux & sa feüille est rouge.
THÉ. s. m. quelque Medecins l'écrivent Tay. Est un petit arbrisseau domestique de la hauteur des Groselliers ou Grenadiers & Myrthes, fort estimé chez les Chinois & Japonnois, ils l'appellent Cha ou Theia. Il croît en la Province de Kiagnon prés la Ville de Hoicheu & auprés de Nankin: il y en a aussi au Royaume de Siam: le meilleur de tous est celui du Japon: on dit qu'il en vient aussi en Tartarie: Il a la feüille petite comme celle du Sumac des Corroyeurs, dont il est une espece selon quelques-uns, mais sa Fleur tire davantage sur le jaune, & ses Branches sont vêtuës de Fleurs blanches & jaunes, pointuës & dentelées, sa graine est noirâtre, & l'arbrisseau croît en trois ans malgré les neiges & les rigueurs de l'hyver: il a des Racines Fibreuses & dentelées. On fait un Breuvage de sa premiére feüille qui naît au Printemps, qu'on cueille feüille à feüille avec les mêmes soins qu'on fait les Vendanges en Europe: on la fait chauffer & seicher, & aprés l'avoir gardée en des vaisseaux d'étain bien bouchez, si on la jette en de l'eau boüillante, elle réprend sa premiére verdure, & donne une teinture verdastre à l'eau avec une odeur & un goût agréable. Les Chinois ne boivent que l'eau où la feüille a trempé le plus chaudement qu'ils peuvent. Les Japonnois boivent l'eau & la poudre qu'ils y ont laissé infuser. On en met le poids d'un écu sur un bon verre d'eau, & on y met un peu de sucre pour corriger son amertume. Elle est si differente en bonté, qu'il y en a dont la livre vaut 100 ou 150. francs; d'autre qui ne vaut que deux écus; il y en a même à sept deniers. Les Hollandois la vendent en France 30. livres, & elle ne leur coûte que dix sols; sa bonne marque est d'être verte, amere & seche, en sorte qu'elle se brise avec les doigts.
Elle guerit la goute & la gravelle, & on croit qu'elle est la cause de ce qu'on n'entend point parler de ces maux à la Chine & dans l'Inde; & de ce que les peuples parviennent à une extrême vieillesse. Elle guérit les indigestions de l'estomac; elle des-enyvre, & donne de nouvelles forces pour boire & dissiper les vapeurs qui causent le sommeil; elle fortifie la raison que le vin affoiblit, & guérit soudain la migraine, & les douleurs de ventre.
Les Chinois en prennent en toutes rencontres, & sur tout à dîner; ils en offrent aux Amis qu'ils veulent régaler. Les plus moderez en prennent trois fois par jour, les autres dix fois & à toute heure. Les personnes de la plus grande qualité font gloire de le préparer eux-mêmes dans leurs appartemens les plus magnifiques, & ont plusieurs Vaisseaux de prix pour cet effet.
Ceux qui en ont écrit sont le Pere Maffée, Louïs Almeyda, Mathieu Riccius, Aloisius Frois, Jacob Bontius, Jean Linscot, le Pere Alexandre de Rhodes dans leurs Voyages, & les Auteurs du voyage de l'Ambassade de la Chine, & de celui de Monsieur l'Evêque de Berite, & Nicolas Tulpius Medecin d'Amsterdam; mais Simon Paul Medecin du Roy de Dannemarck, qui a fait un Traité exprés de cette Plante, dit que ces vertus qu'on lui attribuë n'ont point de lieu pour ceux qui habitent en Europe; & que ceux qui ont passé 40. ans n'en doivent pas user, parce qu'elle avance leur mort, étant trop dessicative. Il prétend que le Thé n'a pas plus de vertu que la Betoine, & que ce n'est qu'une espece de myrte qu'on trouve en Europe aussi bien qu'aux Indes; qu'on l'appelle Chamæleagnus ou Piment Royal, dont la description, les experiences & les analyses qu'il en a faites sont tout à fait semblables.
Tiercer, v. act. terme d'agriculture; qui signifie donner aux terres le troisiéme labour; la troisiéme façon, comme on dit biner de la seconde. On le dit pareillement de la troisiéme façon des Vignes.
Tiercer, signifie aussi séparer les fruits d'une Abbaye en trois, pour en donner le tiers à l'Abbé; le tiers aux Religieux, & réserver le tiers pour les réparations, en ce sens il vient du Latin tertiare.
Tiercer, en terme de Finances, signifie faire un tiercement, ou une enchere du tiers du prix sur une Adjudication déja faite: ou dans les fermes du Roy, encherir du triple de l'enchere courante.
Tierceur, s. m. encherisseur qui fait une enchere d'un tiers, ou un tiercement aprés une Adjudication. L'Ordonnance des Eaux & Forêts, veut qu'aprés le tiercement & doublement on ne reçoive les encheres qu'entre le tierceur & le doubleur.
Tiers, tierce, adj. qui est aprés le second, c'est chaque partie d'un tout divisé en trois. L'Eglise, la Noblesse & le tiers Etat.
En perspective, on appelle le tiers point: un point qu'on prend à discretion sur la ligne de vûë, où aboutissent toutes les diagonales qu'on tire pour racourcir les figures.
En Architecture, on appelle une voute en tiers point, quand elle est élevée au dessus du plein cintre.
On appelle aussi un tiers point, ce qui donne un branle à plusieurs machines dans la méchanique.
En termes de Marine, on appelle des voiles à tiers point: les voiles triangulaires qu'on nomme autrement voiles latines dont on se sert sur la Mediterranée & sur les Galéres, & à l'artimon.
Au feminin, on appelle la fiévre tierce, celle qui laisse l'intervalle d'un jour entre deux accés. Voyez fiévre. Et tierce.
Tiers, en termes de négoce se prend aussi substantivement: il faut une aulne & un tiers de drap pour faire un habit. Un tiers est un pot ou mesure entre la chopine & le demi septier. Il est aux champs un tiers de l'année. Cette somme se doit partager par tiers; j'y ay mon tiers ou les deux tiers. Il faut faire boüillir ce Sirop jusques à ce qu'il soit réduit au tiers.
Tiers, en Jurisprudence se dit des entremetteurs, des Experts, des sur-arbitres. Ces deux parties plaidoient, un tiers les a accommodées. Ils avoient l'épée à la main, un tiers s'est mis entre-deux qui les a séparez. Voilà des rapports qui se contredisent, il faut qu'il y ait un tiers nommé d'Office. Quand deux arbitres sont de contraire avis, on leur donne pouvoir de nommer, de prendre un tiers pour sur-arbitre. On dit aussi en amour qu'il ne faut point de tiers, si ce n'est pour appareiller, aussi une femme qui fait ce métier s'appelle en Espagnol tercera.
Il y a aussi au Palais des tiers referendaires, & en matiére de Taxe de dépens on appelle le tiers celui qui régle les dépens, dont les Procureurs ne sont pas d'accord.
Tiers & danger, termes d'eaux & forêts, c'est un droit qui appartient au Roy & à quelques Seigneurs, & sur tout en Normandie, sur les bois possedez par les Vassaux. Il consiste au tiers de la vente qui se fait d'un bois, soit en argent ou en espece, & outre cela au Dixiéme: ainsi de trente arpens, c'est treize arpens: de 3000. livres, c'est 1300. livres: quelques-uns ne payent que le danger, qui est le dixiéme. La derniére Ordonnance déclare le droit de tiers & danger imprescriptible.
On dit proverbialement qu'un homme hante le tiers & le quart, qu'il médit du tiers & du quart, qu'il prend sur le tiers & le quart, pour dire indifferemment, sans choix & discretion de toutes sortes de personnes.
TON. s. m. Terme de musique, inflexion de voix qui marque diverses passions de l'ame. Un ton doux & agréable, est le ton dont on parle en conversation. Un ton aigre & menaçant, est celui qui marque un homme en colere. Un ton fier & imperieux, est celui qui commande, lors qu'on parle d'un ton de maître. Un ton moqueur & ironique, est le ton d'une personne qui a de la haine ou de l'envie. Un ton plaintif & dolent, est celui qui témoigne de l'affliction, de la douleur. Un ton de Déclamateur, de Comedien, est celui dont on use dans les harangues & sur les théatres. Ce mot de ton exprime sa principale cause, qui est la tension du corps qui le produit, le ton est grave ou aigu, selon que le corps sonnant a une differente tension, comme on voit arriver aux cordes des Instrumens.
Ton se dit particuliérement en musique de l'élevation de la voix par certains degrez ou intervalles égaux ou mesurez, qui servent à former des accords, & qui sont réglez par les nottes, ut, re, mi, fa, sol, la, si; on le dit des Instrumens aussi bien que de la voix. Il faut hausser ou baisser sa voix ou son instrument d'un ton, d'un demi ton. Un ton faux est celui qui n'est pas juste. Le ton mineur est la difference de la quinte & de la sexte majeure, ou de la quarte & de la tierce mineure: il est composé de deux demi tons l'un majeur & l'autre mineur, & aide à composer la tierce majeure. Le ton majeur est la difference de la quinte & de la quarte; & le demi ton majeur est la difference de la quarte & de la tierce majeure. Le ton majeur surpasse le ton mineur d'un comma. Le demi ton est toûjours placé entre deux tons d'un côté, & trois de l'autre. On appelle aussi le ton majeur, le ton parfait; & demi ton mineur, le demi ton imparfait. L'intervalle en nombres du ton majeur est de 8. à 9. celui du mineur de 9. à 10.
Ton se dit aussi d'une maniére de chanter ou d'accorder un instrument. Ce luth est accordé sur le ton de B quarre, on n'y peut joüer cette piéce qui est sur B mol, sans changer de ton. C'est le Maître de Musique qui donne le ton pour accorder les Instrumens, pour commencer à chanter. On dit aussi le ton enrhumé. Dans le plein chant on dit les 8. tons du Magnificat, le ton de la Préface, de l'Evangile, &c.
Ton se dit aussi en peinture d'un degré de couleur par rapport au clair obscur.
Ton se dit figurément en Morale. Depuis la perte de son procés, il a bien changé de ton, il est bien humilié, il parle bien d'une autre maniére. Cet homme l'a pris sur un ton trop haut, pour dire, Il ne pourra soûtenir ce qu'il a entrepris. On dit aussi ironiquement, il est bon sur ce ton-là, pour dire, qu'une chose est ridicule ou mal fondée.
TROMPE, s. f. vieux mot qui signifioit autrefois la même chose qu'à present trompette: il se dit encore en cette phrase, tout ce qu'on veut faire sçavoir au peuple se publie à son de trompe. On l'a crié à trois briefs jours à son de trompe.
La Trompe de chasse est une espece de cor ou grand tuyau de cuivre recourbé & qui fait un tour au milieu comme un cercle ou un anneau, elle sert pour appeller les chiens.
Trompe, est un petit instrument de leton ou d'acier, dont se servent les laquais pour en tirer quelque harmonie; elle est faite de deux petites branches & d'une languette au milieu qui fait ressort & qu'on remuë sans art avec les doigts tandis qu'on la tient entre les dents; elle rend un son fremissant, modifié par le mouvement de la langue, & l'ouverture de la bouche, ce qui cause un bourdonnement sourd assez agréable. On l'appelle aussi gronde & rebube, & quelques-uns trompe de Bearn.
Trompe en termes d'Architecture, est une espece de voûte trés-artistement taillée, dont la clef est en l'air & qui semble n'être soûtenuë de rien, sur laquelle pourtant on éleve des murailles de pierre. La trompe du château d'Anet, & celle de la ruë de la Savaterie sont fort estimées par Philbert de Lorme qui bâtit cette derniére en faveur d'un de ses amis.
Trompe se dit aussi d'un membre particulier qu'ont les Elephans, qui leur sert de main, qui est comme un nez allongé qui leur sort du milieu du front, à laquelle est joint un petit Appendice en forme de doigt. Le Cameleon a aussi une trompe, qui est sa langue qu'il lance hors de sa gueule comme s'il la crachoit, puis il la racourcit en un moment, lors qu'il la retire: elle lui sert comme la trompe de l'Elephant pour prendre sa nourriture. Le microscope nous a fait aussi découvrir une espece de petite trompe dans les mouches & cousins, par le moyen de laquelle ils succent le sang des animaux ou les liqueurs pour se nourrir. Quelques Medecins appellent aussi la trompe de la matrice les cornes de la matrice des brutes, qu'on appelle autrement portiéres.
Tromper, v. act. abuser de l'ignorance ou de la facilité de quelqu'un, lui faire passer des choses pour autres qu'elles ne sont. Dieu ne peut tromper, ni être trompé. Un Marchand tromperoit son pere sur sa Marchandise. Il y a peu de personnes qui ne trompent au jeu, quand ils le peuvent faire.
Tromper, avec le pronom personnel, se dit de soy-même, quand par erreur on prend une chose pour une autre. Les plus grands esprits sont sujets à se tromper. Cet homme, si je ne me trompe, est un hypocrite. Ces jumeaux se ressemblent si fort qu'il n'y a personne qui ne s'y trompe. Ménage croit que ce mot vient de l'Espagnol traupa, qui signifie un instrument à prendre des souris que les Italiens appellent trappola, & les Latins decipula.
Tromper, se dit aussi des choses qui sont cause que nous sommes trompez. Le calme, le beau temps nous a trompez, nous a fait mettre en chemin. L'œil nous trompe; nous fait voir les choses autres qu'elles ne sont. Sa maladie ne m'a pas trompé; je n'en ay jamais eu bonne opinion. Cette perspective trompe agréablement. Cette grêle a trompé l'esperance des Laboureurs.
Tromper, se dit figurément en choses morales. Les passions trompent nôtre jugement. On est bien trompé par l'apparence. Le malin esprit nous trompe par des illusions, par des songes & des visions trompeuses.
TROMPETTE. s. f. Terme de guerre. Instrument de musique qui est le plus noble des instrumens à vent portatifs, qui sert à la guerre dans la Cavalerie pour l'avertir du service. On la fait d'ordinaire de leton, & on en peut faire de fer, d'étain, de bois ou d'argent. Moïse en fit faire deux d'argent qui servoient aux Prêtres, comme il est porté dans le dixiéme chap. des Nombres; & Salomon en fit faire 200. mille, telles que Moïse avoit ordonnées, comme témoigne Josephe, livre 8. ce qui fait voir que c'est le plus ancien des instrumens. La trompette est composée d'un bocal par où on l'embouche, large de dix lignes, quoy que le fonds ne soit que de trois lignes. Les deux premiers canaux qui portent le vent s'appellent branches; les deux endroits par où elle se recourbe & replie s'appellent potences, & le canal qui est depuis la seconde courbure jusqu'à son extrêmité s'appelle pavillon; les endroits où les branches se peuvent briser & séparer ou souder, s'appellent les nœuds, qui sont au nombre de cinq; & qui en couvrent les jointures. On appelle Banderolle le petit étendart armorié qui est attaché à ses branches, & bandereau le cordon qui sert à la pendre au cou de celui qui en sonne. Quand on en ménage bien le son, il est de grande étenduë, & il passe les quatre octaves qui sont l'étenduë des claviers des épinettes & des orgues, & il peut aller jusqu'à 32. intervalles. Le jeu de la trompette dépend de l'adresse de celui qui l'embouche, qui est obligé de mettre le bout des lévres dans le bocal. A la guerre il y a huit principales maniéres de sonner la trompette; la premiére s'appelle le cavalquet, dont on se sert quand l'armée approche des Villes, ou quand elle passe par dedans durant la marche; la seconde s'appelle le Boute-selle; dont on use quand on veut déloger ou marcher, & puis on fait suivre la levée du Boute-selle; la troisiéme est quand on sonne à cheval, & puis à l'étendart; la quatriéme est la charge; la cinquiéme est le guet; la sixiéme s'appelle double cavalquet; la septiéme la chamade; & la huitiéme est la retraite. On fait aussi des fanfares avec la trompette dans les réjouïssances.
On dit figurément qu'un Ange viendra avec la trompette annoncer le jour du Jugement & réveiller les morts pour y comparoître. Les Payens ont mis aussi une trompette à la bouche de la Renommée, dont ils ont fait une divinité fabuleuse. Les Poëtes disent qu'ils sont les trompettes de la gloire des Heros. Cet Ecrivain a été la trompette de la guerre qui a publié des manifestes qui ont été cause de la guerre. Ménage dérive ce mot du Grec strombos qui signifie une conque dont on usoit autrefois au lieu de trompette.
Il y a aussi dans l'orgue un jeu de trompettes qui a huit pieds de long & qui s'élargit par en haut comme le Pavillon des trompettes militaires: il a environ un demi pied de diametre par en haut, & un pouce & demi par en bas. Il y a aussi une trompette de pedales qui est de huit pieds; ce jeu est accordé à l'octave de la montre.
On appelle en général trompettes & clairons les tuyaux qui s'élargissent par en haut.
Trompette marine est un instrument de musique composé de trois tables, qui forment son corps triangulaire, elle a un manche fort long & une seule corde de boyau fort grosse montée sur un chevalet qui est ferme d'un côté sur un de ses pieds, & tremblotant de l'autre côté sur un pied qui n'est point attaché à la table; on la touche d'une main avec un archet, & de l'autre on presse la corde sur le manche avec le pouce, c'est ce tremblement du chevalet qui lui fait imiter le son de la trompette, ce qu'elle fait si parfaitement qu'il n'y a presque pas moyen de la distinguer de la trompette ordinaire, & c'est ce qui lui a fait donner ce nom, quoy que d'ailleurs ce soit une espece de monocorde.
Trompette parlante, est une trompette longue de sept à huit pieds & quelquefois de quinze, qui est toute droite, faite de fer blanc, & qui a un fort large pavillon, son bocal est assez large pour y introduire dedans les deux lévres; que si on parle dedans, elle porte la voix jusqu'à mille pas & se fait entendre distinctement. On dit que l'invention en est moderne, & est du Chevalier Morlan Anglois, néanmoins le Pere Kircher a donné la figure d'une trompette dont il dit qu'Alexandre se servoit pour parler à son armée, qui est presque la même chose, à la réserve que celle-ci se divise en deux tuyaux, qui par aprés se rejoignent.
Trompette, s. m. est le Cavalier qui sonne de cet instrument. Ce sont les trompettes qu'on envoye aux assiégez pour les sommer de se rendre, pour leur faire sçavoir quelque chose.
Trompette se dit proverbialement en ces phrases. On dit qu'un homme est bon cheval de trompette, qu'il ne s'étonne pas pour le bruit, quand il ne se soucie pas des crieries qu'on peut faire contre lui. On dit qu'il faut déloger sans trompette, quand on chasse quelqu'un, quand on l'oblige de s'enfuir avec précipitation: On dit aussi à gens de village trompette de bois, pour dire qu'il faut faire aux gens des traitemens proportionnez à leur condition.
Trompetter. v. act. publier à son de trompe & à cri public dans les marchez, dans les carrefours, quelque Réglement, quelque Ordonnance de Police, quelque ajournement à trois briefs jours. Un tel a été trompetté pour la troisiéme fois.
Trompillon. s. m. petite trompe d'Architecture. Les voutes ou trompillons sous les marches droites d'un escalier se toisent pour mur sans reins.
TRUAND, ande. adj. mendiant valide qui demande l'aumône & qui aime la fainéantise, qui fait un métier de gueuser: Ce mot est fort ancien. L'Abbé Guibert en son Histoire de Jerusalem represente la vie & les gestes des gueux & truands qui suivirent l'armée croisée, qu'il nomme trudents. Leur Capitaine fut un Chevalier de Normandie qui se fit nommer le Roy Thafur, & il remarque que ces gens firent grand peur aux Sarrasins, qui craignoient fort de tomber entre leurs mains, parce qu'ils étoient antropophages; cette Royauté a toûjours continué depuis; & à present les gueux de France nomment leur Roy Le grand Cosroê, & le Roy de Thunes, comme on voit dans le jargon de l'Argot. Pasquier & Ménage aprés lui prétendent que le nom de truand vient d'un vieux mot gaulois treu ou trud qui signifioit tribut, dont la pesanteur, disent-ils, avoit réduit ces gens à la mendicité, mais ils se trompent, parce que ce nom est bien plus ancien: car les Tailles ne furent imposées que du temps de Saint Louïs: outre que leur libertinage les rendoit exempts de toutes impositions. C'est pourquoy d'autres disent qu'il vient de molæ trusatiles, qui signifient les moulins à bras, qui étoient tournez par des gueux & des miserables avant l'invention des autres dont on se sert. D'autres croyent que ce nom vient d'un oiseau de marais qui a le pied d'oye & la taille d'un cigne, que les Latins appellent truo, & les Grecs Onocrotale, parce que cet oiseau a une bourse tenant à la partie inferieure du bec, qui descend en poche ou besace, où il ramasse toutes les bribes qu'il trouve, pour les retirer & manger à loisir, ce qui a fait qu'on a nommé truands, les gueux qui font la même chose.
On appelle truands en Espagne, les Bouffons, Bâteleurs, joüeurs de gibeciére & faiseurs de tours de passe-passe. Borel dit que ce mot signifioit autrefois gens de pied, & des gens mal-propres & sales; comme qui diroit des Tripiers, qui ont donné le nom à la ruë de la truanderie à Paris où demeuroient les Tripiers.
Il y a quelques coûtumes qui font mention d'un cens truand, dormant ou mort, c'est à dire, qui ne porte aucun profit, ni droits Seigneuriaux, qui n'est qu'une espéce de Rente Roturiére. Il y a un vieux Proverbe cité dans l'indice de Ragueau, qui dit qui fit Normand, fit truand. Ce qui vient de ce que dit Pasquier que les Normands ont été les plus chargez de trus, qui en vieux gaulois signifioit impost.
Truandaille, s. f. Vieux mot qui signifie aussi gueux ou vau-rien. On trouve ce mot employé dans la vieille Bible des Noëls. Vous ne semblez que truandailles, vous ne logerez point céans.
Truander, v. n. Demander l'aumône par libertinage & pure faineantise. Il y a des gens qui sont nez avec l'inclination de truander, on dit maintenant trucher.
Turbit, s. m. Espéce de petite plante que les Latins nomment tripolium, c'est aussi l'écorce d'une racine laiteuse. Il doit être obscur au dehors, blanc au dedans & nettoyé de son cœur dur & fibreux, & n'être ni moisi, ni chansi, ni vermoulu; il doit être aussi gommeux, car il contient au dedans de la resine.
Dioscoride dit, que le turbit blanc est la racine d'une herbe nommé alypum ou alypia, dont les jettons & les feüilles sont menuës, les fleurs tendres & legéres, & qui a sa racine comme la Bette; sa racine est grêle & pleine d'un jus acre & piquant, sa graine semblable à celle d'Epithymum. Il dit aussi que ses fleurs changent trois fois de couleur par jour, car au matin elles sont blanches, sur le midy purpurines, & deviennent rouges sur le soir: il dit encore que ses feüilles sont semblables au pastel & qu'il croît sur le bord de la mer. Turbit est le nom que les Arabes donnent au tripolium.
Mathiole dit, que le turbit est la racine de pityusa, qui est une espéce de tithymale que les Apoticaires appellent Esula major. Le turbit est une drogue dangereuse parce qu'elle purge trop violemment.
Les Chymistes appellent aussi turbit mineral, &c.