V.

VARECH. s. m. Terme de Marine. C'est une herbe qui croît sur les rochers, que la mer arrache en montant & jette sur ses bords. Les Riverains s'en servent pour engraisser leurs terres: cette herbe est ainsi appellée sur les côtes de Normandie. Sur celles de Bretagne on la nomme Goüesmon, & sur les côtes du païs d'Aunis Sar. Tout ce que la mer jette sur ses bords, soit de son crû, soit qu'il vienne de bris & naufrage, est de là appellé Varech sur les côtes de Normandie; & dans cette même Province les droits que les Seigneurs des Fiefs voisins de la mer prétendent sur les effets qu'elle pousse sur son rivage, est appellé droit de Varech: on l'appelle en d'autres lieux chose du flot.

Les Réglemens pour le Varech sont contenus au tître 10. du livre 4. de l'Ordonnance de la Marine, il est défendu de couper le Varech la nuit, & hors des temps réglez. On l'appelle autrement Vraicq.

La Coûtume de Normandie a un tître particulier du Varech, qu'elle appelle autrement, choses gayves, où elle ne parle point de l'herbe, mais elle comprend seulement les choses que l'eau jette à terre par tourmente & fortune de mer, ou qui arrivent si prés de terre, qu'un homme à cheval y puisse toucher avec sa lance, article 598. Ménage tient que ce mot vient de l'Anglois Vrac, qui signifie bris & naufrage.

VARENNE. s. f. Plaine, étenduë de païs uni, qui ne se fauche, ni ne se laboure, fonds plat entre des côtaux. Les habitans de ce Village menent paître leurs bestiaux dans la Varenne où il y a de bons pâturages. La Varenne du Louvre est une Jurisdiction qui se tient au Louvre, établie pour la conservation de la chasse dans les plaines qui sont à six lieuës à la ronde de Paris.

VENT. s. m. Agitation de l'air. Air rarefié. L'Ecriture dit que Dieu tire le vent de ses tresors. Descartes démontre la formation du vent par la comparaison des Eolipiles. Le vent est mis au rang des Méteores. On fait du vent avec un éventail en remuant l'air; les anciens croyoient que les Cavales du Portugal concevoient du vent, à cause de leur vîtesse. En ce sens on dit qu'il fait vent, que le vent s'éleve, que le vent souffle de ce côté-là, qu'une maison est à l'abry du vent, du mauvais vent, quand elle en est à couvert; que des arbres sont à plein vent, quand ils ne sont point attachez à quelque muraille.

On appelle Vent-coulis un petit vent qui entre par l'ouverture des portes, ou des fenêtres & cloisons qui joignent mal.

Vents sous-terrains sont les vents enfermez dans les entrailles de la terre, & qui sont cause de ses tremblemens.

Vent, signifie simplement de l'air. Bailler vent à un tonneau; ce tuyau prend vent, ce soufflet prend vent; un balon est rempli de vent.

Vent, signifie encore l'haleine, l'air qu'on respire. Il faut faire une pause pour reprendre son vent. Ce plongeon retient bien son vent. Ce Trompette a bon vent. Tirer son vent, c'est respirer.

Vent signifie aussi l'air enfermé dans le corps des animaux, quand il sort par haut ou par bas. Cet homme est travaillé de vents. La bile engendre bien des vents. Il a lâché un vent par derriére. En Médecine on connoît une hydropisie de vents.

Vent, signifie aussi une chose petite & legére: Vivre de vent, c'est à dire, presque de rien: se repaître du vent, de chiméres, la gloire de ce monde n'est que du vent. Il croyoit gagner beaucoup en cette affaire, mais il n'en retirera que du vent. Ce mets n'est point solide, ce n'est que du vent. On a crû que le Cameleon vivoit de vent, quoi qu'il vive de petites mouches qu'il attrape avec sa langue.

En ce sens il signifie figurément vanité, orgueil. Cet homme a bien du vent dans la tête.

En Musique on appelle instrumens à vent, ceux que l'air ou le vent fait joüer, comme les orgues, les flûtes, la musette, la trompette, la saquebutte, le cor, &c.

Une arquebuse à vent, est celle qu'on charge avec du vent condensé. Moulin à vent, celui que le vent fait tourner.

Vent, en termes de venerie se prend pour l'odeur & le sentiment qu'une bête laisse en son passage. Le cerf est de plus grand vent & de sentiment que le liévre, il fuit toûjours à vau le vent, & ne met jamais la gueule ni le nez dedans le vent. Le sanglier prend le vent de toutes parts, pour sentir & flairer s'il n'y a rien qui luy puisse nuire. On dit aussi chasser au vent, pour dire chasser contre le vent. On dit le vent du trait lors que le cerf a eu le matin le vent du limier; ce qui fait qu'il s'en va souvent de hautes erres, & l'on trouve buisson creux. On dit aussi qu'il ne faut pas se fier aux chiens, qui en veulent au vent, c'est à dire, qui ne mettent point le nez à terre.

En terme de Fauconnerie on dit qu'un oiseau va à vau le vent, quand il a la queuë ou le balay au vent; qu'il va contre le vent quand il a le bec au vent; & qu'il va aise au vent, pour dire qu'il vole à côté du vent. On dit qu'il bande au vent quand il se tient sur les chiens, faisant la crecerelle. On dit aussi qu'il tient bec au vent, qu'il chevauche le vent, lors qu'il résiste au vent, sans jamais tourner queuë. On appelle à la chasse vent leger, le vent qui est propre à la chasse, qui n'est point trop fort, mais doux & gracieux; c'est un vent clair lors qu'il souffle pendant que le Ciel est serain.

En ce sens il signifie figurément un bruit confus, une connoissance imparfaite qu'on a de quelque chose. Cette entreprise étoit fort secrette, néanmoins on en a eu quelque vent, on en a senti le vent. On a bien cherché les Auteurs de ce vol, mais on n'en a ni vent, ni voix, quelques-uns disent, voyes.

Vent du Bureau, se dit au Palais des Nouvelles qu'on apprend, qu'on découvre, du sentiment qu'ont les Juges d'une affaire qu'on leur rapporte, quand ils s'ouvrent un peu trop. Il faut accommoder cette affaire, le vent du Bureau n'est pas pour nous.

Vent en terme de Manége se dit en parlant d'un cheval qui commence à être poussif: ce cheval a du vent. On dit aussi qu'il porte le nez au vent, ou qu'il porte au vent, quand il tient la tête haute, comme font les chevaux Croates, ou Cravates. On le dit aussi des hommes qui levent trop la tête.

Vent, en termes de Marine se dit aussi de cette agitation de l'air considerée comme le fondement de toute la Navigation, ainsi on dit avoir bon vent, ou vent arriére, pour dire vent en pouppe.

Vent de quartier, c'est le vent qui souffle à côté, & qui est meilleur que le vent en pouppe, lequel ne donne pas dans toutes les voiles, à cause que l'artimon l'en empêche: Vent à la Bouline, c'est à dire, qui se prend de côté. Ce qu'on appelle un lit de vent, qui s'étend jusqu'à cinq ou six Rumbs éloignez de la route; on l'appelle aussi vent largue. Un rumb de vent, c'est la route que fait le vaisseau en suivant un des 32. vents marquez sur la boussole. Mettre la voile au vent, c'est à dire, partir. On dit qu'un vaisseau est battu du vent, du mauvais vent, quand il a souffert un orage. On navige à tous vents. Vent de terre est celui qui repousse les vaisseaux en mer, & empêche qu'ils n'abordent.

On dit avoir vent devant, faire vent devant, prendre vent devant, pour dire prendre le vent par prouë; ce qu'on appelle aussi être debout au vent; avoir le vent contraire. On dit aussi tenir au vent, pour dire naviger malgré le vent contraire.

On dit aussi être au vent d'un vaisseau, passer au vent d'un vaisseau; monter au vent, lui gagner le vent, avoir l'avantage du vent, le dessus du vent, lors que le vent porte un vaisseau sur un autre, & au contraire être sous vent, c'est avoir le desavantage du vent; être à vau le vent, c'est se laisser aller selon le cours du vent. On dit aussi être porté d'un bon vent, pour dire d'un vent foible; serrer le vent, pour dire prendre l'avantage du vent de côté: Bouliner le plus qu'il est possible pour se servir du vent qui souffle. Tomber sous le vent c'est perdre l'avantage du vent. On dit aussi que le vent tombe lors qu'il cesse, qu'il fait place au calme, & qu'il ne fait point de mer. On appelle aussi partager le vent, chicaner le vent quand on le prend en louviant, en faisant plusieurs bordées tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. On dit que le vent se fit nord, qu'il se rangea au sud, qu'il vint à l'oüest, pour dire que le vent changea & soufla de ces côtez-là.

Mettre le vent sur les voiles, c'est empêcher que les voiles ne prennent du vent, les disposer en une situation paralelle au vent, en sorte qu'il ne fasse que les raser, ou friser. On appelle le beau temps vent gaillard, une fraîcheur vent à volonté, & favorable.

Vents Cardinaux, ce sont les principaux vents qui souflent aux quatre points Cardinaux de l'horison. On appelle un vent réglé, ou alisé celuy qui est favorable, & qui se maintient sans sauter d'un Rumb à l'autre. On le dit aussi des vents de saison, qui souflent toûjours en même saison sur certaines côtes, comme la monson dans les Indes, les vents Etesiens, &c.

Vents d'aval, ce sont des vents mal-faisans qui viennent de la mer & du Midy; ceux qui font des Relations, les appellent Brises, ou vents d'abas, vers les côtes de Canada & de la Floride, ils sont grandement vehemens.

Vent d'Amont, c'est un vent qui vient de terre & d'en haut, & d'Orient.

Vent frais est celui qui est doux & rafraîchissant sur terre, ou qui est favorable sur la mer.

On appelle coup de vent un orage ou une tempête qui dure souvent plusieurs jours, & grain de vent un orage subit & violent, qui d'ordinaire desempare les vaisseaux, & ruïne les manœuvres. On l'appelle aussi dragon de vent, tourbillon, les Portugais œil de bœuf, les Levantins typhon & syphon.

Les vents les plus dangereux sur les côtes Occidentales sont l'Est & Suroüest, ou Lebecio, & le Nortoüest, qu'on nomme galerne; & sur la Mediterranée aux côtes d'Europe sont le Sud nommé Austro, & le Nort-est ou bise nommé Græco; & le plus dangereux de tous est le Circius, que les Anciens nommoient Typhon.

Les Anciens ont fort varié sur le nombre des vents. Aristote n'en compte que onze, & obmet Libonotus; Vitruve en met vingt-quatre, les modernes trente-deux.

En tout l'Ocean les vents ont des noms Allemans & Flamens, sur la Mediterranée des noms Italiens. Voici leurs noms modernes avec les anciens Grecs & Latins pour les faire mieux connoître.

Est, ou vent Oriental, solaire & équinoctial; vent d'Amont sur l'Ocean, sur la Mediterranée Levante, en Grec Apeliotes, en Latin Solanus.

Est quart sudest, hypeliotes subsolanus.

Est sudest, demi rumb, ornithias, ethesias, aviarius.

Sudest, nordest, quart dest, Elioteurus, Meseurus.

Sudest en l'Ocean: en Mediterranée Siroco, Eurus.

Sudest quart de sudest, Vulturnus.

Sud sudest, Euronotus, Phænicias.

Sud quart de sudest, Altanus.

Sud, vent de Midi, ou Meridional, Autan en l'Ocean: en Italien Abrego, mezzodi, austro, marin vent d'aval sur la Mediterranée, en Latin Auster, en Grec Notus.

Sud quart sud-oüest, Hyponotus, Sub-auster.

Sud sud-oüest, demi vent, Libonotus.

Sud-oüest quart de sud, Mesolibs.

Sud-oüest en l'Ocean: Afro, Garbino, Lebeschio en Mediterranée, Africus, libs, c'est celui qui fait geler les vignes.

Oüest, quart de sud-oüest, Subvesperus.

Oüest sud-oüest, demi vent Libozephirus.

Oüest quart de Sud-oüest, Mezozephirus, Etesiæ.

Oüest, vent Occidental, vent d'aval, vent d'abas, Brises en l'Ocean: Ponente, vent de Ponant, en la Mediterranée: Favonius, Zephirus.

Oüest quart de Nort-oüest, Circius.

Oüest Nort-oüest, demi vent, Argesto Zephirus, Caurozephirus.

Nort-oüest quart d'oüest, Leuconotus, Albicaurus.

Nort-oüest en l'Ocean: Maestral ou Maestro, Gaillego en la Mediterranée, Argestes, Caurus, Corus.

Nort-oüest quart de Nort, Hypargestes, Scyron, Olimpias.

Nort Nort-oüest, demi vent, Thrascias.

Nort quart de Nort-oüest, Supernas.

Nort, bize en l'Ocean: Nordebrida, Tramontana en la Mediterranée, Aparctias, Boreas, Septentrio.

Nort quart de Nort-est, Gallicus, Hypoboreas.

Nort Nort-est demi vent, Aquilo, Meses. Nort-est quart de Nort, Hypomeses, subaquilo.

Nort-est, galerne, sur l'Ocean: Greco, Gregale en Mediterranée, Cæcias, Hellespontius, Japix.

Nort-est quart d'est, Hypocæcias.

Est Nort-est, demi vent, Cæcieliotes.

Est quart de Nort-est, Carbas.

Les vents Ethesies & Ornithies sont expliquez à leur ordre.

Il faut noter qu'en Italien la troisiéme division des vents se fait par la conjonction de deux vents les plus voisins, comme Græco tramontana, Maëstro tramontana; & pour la quatriéme division on les appelle les quartes, comme la quarte de la tramontane au Grec. La quarte du Lebesche au Ponant. Et à l'égard de ces quartes qui étoient inconnuës aux Anciens; leurs noms sont la plûpart inventez par les modernes & factices. Les vents qui souflent entre les points Cardinaux s'appellent vents collateraux.

Vent se dit proverbialement en ces phrases: mettre flamberge au vent, pour dire tirer l'épée. On dit qu'il ne fait ni vent, ni haleine, pour dire qu'il y a un grand calme. On dit qu'un homme vend du vent, de la fumée, quand il promet des choses qu'il ne peut tenir. On dit aussi qu'il pleut à tous vents, pour dire qu'il peut venir du bien & du mal de tous côtez. On dit qu'un homme s'en est allé plus vîte que le vent, quand il s'en est enfuy avec grande diligence. On dit quand on fait une mauvaise comparaison, que cela ressemble comme à un moulin à vent.

On dit des promesses vaines & qu'on ne veut pas tenir, autant en emporte le vent. Jetter la paille ou la plume au vent, quand on est incertain de ce qu'on doit faire, quand on s'en raporte au hasard. Petite pluye abat grand vent. Fendre le vent, pour dire s'en aller, faire banqueroute. On dit d'un miserable qui ne sçait de quel côté se tourner pour faire fortune, qu'il regarde de quel côté vient le vent; & d'un homme en fortune, qu'il est au dessus du vent, qu'il a vent en pouppe; & de celui qui fait une entreprise mal à propos, qu'il va contre vent & marée.

On dit d'un homme leger & inconstant, que c'est une giroüette qui tourne à tous vents: & d'un homme logé dans un lieu mal fermé, qu'il est logé aux quatre vents.

VENTRE. s. m. partie de l'animal, qui dans sa capacité enferme les entrailles, ou les autres choses nécessaires pour faire agir toutes ses facultez. Les Medecins divisent le corps humain en trois ventres, régions ou capacitez; le premier est la tête, le second la poitrine jusqu'au diaphragme; & le troisiéme celui où sont les intestins: & c'est celui-ci qu'on appelle plus communément le ventre. Ce ventre inferieur se subdivise en trois régions; la premiére & la plus haute s'appelle Epigastrique, & s'étend depuis l'os Xiphoïde jusqu'auprés du nombril; la seconde Umbilicale, qui est aux environs du nombril; elle a trois ou quatre doigts de large, & contient les lombres & les reins: la troisiéme est l'Hypogastrique, qui s'étend jusqu'aux parties honteuses, c'est proprement ce qu'on appelle le bas ventre: Hippocrate l'appelle estron, ses deux côtez s'appellent les flancs, & ses plus basses extrêmitez s'appellent les aines, que les Grecs nomment boubons.

Ventre, signifie aussi la partie exterieure du bas ventre. Le nombril est au milieu du ventre. Il a de l'eau jusqu'au ventre. On lui a donné un coup de pied dans le ventre. On lui a dansé à deux pieds sur le ventre: & figurément il est à la paille jusqu'au ventre, pour dire il est bien à son aise, il est fort riche. On dit qu'on a passé sur le ventre à ses ennemis, pour dire qu'on les a défaits & mis en fuite. En ce dernier sens on dit qu'un homme a un benefice de ventre, quand il a un petit cours ou flux de ventre qui lui lâche le ventre, qui lui rend le ventre libre, qui l'empêche d'avoir le ventre dur, qui lui fait décharger son ventre. On dit aussi se coucher sur le ventre; des douleurs de ventre quand on a la colique. Les organes naturels qui servent à la digestion & à la génération sont contenus en la basse région du ventre.

Ventre, se dit aussi de l'estomac, qui est enfermé dans la même capacité, & qu'on appelle pour cela petit ventre. Jonas fut trois jours dans le ventre de la Baleine. On nous a donné une bonne carrelure de ventre, pour dire un bon repas. Le ventre lui tire, pour dire il y a long-temps qu'il n'a mangé; qu'il n'a rien dans le ventre, c'est à dire dans l'estomac. Cet homme est sujet à son ventre, il fait son Dieu de son ventre: il est raisonnable de servir Dieu devant son ventre.

Ventre, signifie aussi la poitrine, & c'est en cette seconde concavité ou région, où est situé le cœur: en ce sens on dit tant que le cœur me battra dans le ventre. Il lui a crevé le cœur au ventre; & figurément on dit de celui à qui on ôte ce qu'il aime, c'est lui arracher le cœur du ventre; & de celui qu'on a encouragé, on lui a remis le cœur au ventre. Les organes qui servent à la respiration & au battement du pouls sont compris dans ce ventre moyen.

Ventre, se dit aussi de la tête, qui est cette premiére capacité dont il a été ci-devant parlé, & alors il signifie l'esprit, la pensée; en ce sens on dit allez sonder cet homme-là, & voyez un peu ce qu'il a dans le ventre, ce qu'il pense, ce qu'il veut faire: ce Poëte n'a pû faire que cent vers sur ce sujet, c'est tout ce qu'il avoit dans le ventre.

Ventre. A l'égard des femmes se dit de la matrice & de leur grossesse. Nous disons de la Sainte Vierge, beny soit le fruit de ton ventre, & le ventre qui t'a porté. On croit que cette femme a deux enfans dans le ventre, tant elle a le ventre gros: elle s'est laissé enfler le ventre.

En Jurisprudence on dit que l'enfant suit le ventre, pour dire qu'il est de condition libre ou servile, selon celle de sa mere. On dit aussi créer un curateur au ventre, à l'égard des enfans posthumes qui sont encore dans le ventre de leur mere. A l'égard des Princes on a quelquefois couronné le ventre.

Ventre, se dit aussi des animaux: ce cheval n'a point de ventre, on dit autrement, n'a point de boyau quand il est serré des flancs.

Ventre, se dit aussi des creux & capacitez qui sont dans la terre: le mont Gibel a fait sortir de son ventre quantité de flammes, de cendres, de pierres ponces. L'avarice des hommes a foüillé dans le ventre de la terre pour tirer l'or de ses entrailles, la mer a englouti ce vaisseau dans son ventre.

Ventre, se dit encore des creux & capacitez des choses artificielles qui ont quelque enflure, quelque éminence. Le ventre d'un navire, d'un tonneau, d'une bouteille: il faut voir ce que cette bouteille a dans le ventre. Le ventre d'un pot d'étain, d'une cruche; le ventre d'un tambour. On dit aussi le ventre d'un luth.

En maçonnerie on dit qu'une muraille fait ventre, quand elle pousse en dehors, quand elle n'est plus à plomb, quand elle menace de ruïne.

En Medecine on appelle le ventre d'un muscle sa partie charneuse la plus enflée. En Chymie on appelle ventre de cheval le fumier, dans lequel enfermant quelques vaisseaux on fait plusieurs operations par le moyen de la chaleur douce qui y est contenuë.

Ventre, se dit proverbialement en ces phrases: on dit qu'on a mis le feu sous le ventre à quelqu'un, pour dire qu'on luy a fait prendre courage, qu'on l'a excité à faire quelque action rigoureuse. On dit aussi d'une chose dont on est mal satisfait, qu'on ne veut point recommencer, c'est le ventre de ma mere, je n'y retourne plus. On dit aussi, ventre affamé n'a point d'oreilles, pour dire, qu'un homme assiegé ou affamé n'écoute point les remontrances. On dit aussi, boire à ventre déboutonné, rire à ventre déboutonné, pour dire, de toute sa force. Rabelais ajoûte, car autrefois on se boutonnoit le ventre. On dit aussi en goinfrerie tout fait ventre, pourveu qu'il puisse entrer. On dit aussi qu'on a battu un homme dos & ventre, qu'on luy en a donné sur le ventre & par tout, pour dire qu'on l'a bien battu. On dit qu'on a demandé pardon ventre à terre, pour dire avec la derniére soûmission. On dit aussi ventre de son, robbe de velours, pour dire qu'il y en a qui font mauvaise chere pour avoir de quoi paroître en habits. On dit aussi le dos au feu, le ventre à table, de ceux qui sont fort à leur aise en Hyver.

VENTRÉE. s. f. Les enfans dont une femme a accouché en une seule grossesse. Voilà deux enfans jumeaux, qui sont d'une même ventrée. C'est une fable que ce qu'on dit d'une Comtesse d'Hollande, qu'elle a eu 365 enfans d'une ventrée.

Ventrée, en termes de Coûtumes se dit du partage des successions des pere & mere entre des enfans nez de differents mariages: ce partage se fait en sorte qu'un seul enfant d'un mariage ou d'un même lit prend autant que plusieurs enfans d'un autre mariage, qu'on appelle ventrée; & pour cela on divise la succession en autant de parts qu'il y a de mariages.

VELOURS. s. m. terme de Marchands, étoffe toute de soye dont les filets de traverse sont conduits autour d'une petite verge de cuivre, sur laquelle aprés on les coupe; ce qui fait paroître un tissu de poils plus courts que ceux de la pane. Ce mot vient de villosus, Nicod. Cujas tient qu'il vient du Grec veros, qui signifioit robbe de soye; d'autres de vellus, qui signifioit autrefois drap. En vieux François on disoit velueil, ou veluyau.

Les plus beaux velours sont à quatre poils, appellez vulgairement à six lisses; ils se font sur un peigne de 20 portées, qui font 60 portées de chaîne, & chaque portée a 80 filets. Il y a 8 fils de poil par chaque dent de peigne, les poils & chaînes doivent être d'organsin filé, tordu au moulin & tramé de trames doubles, le tout cuit & de pure & fine soye. Le velours doit avoir onze vingt-quatriémes d'aune de largeur entre les deux lisiéres, lesquelles doivent être marquées par quatre chaînettes de soye d'autre couleur, qui font connoître le velours à quatre poils.

Le second velours est appellé à trois poils, dont le peigne a vingt portées, & soixante portées de poil & de chaîne: il a aussi quatre-vingt filets à six fils par chaque dent de peigne: ses lisiéres sont marquées de trois chaînettes, & sa soye & sa largeur de même qualité que le précédent.

La troisiéme sorte s'appelle deux poils, vulgairement appellé quatre lisses: il se fait en un peigne de vingt portées, & de quarante portées de chaîne & de poils, chacune de quatre-vingt fils; ses lisiéres sont marquées de deux chaînettes.

La quatriéme sorte de velours s'appelle poil & demy, il a quatre lisses, il a quarante portées de chaîne, & trente portées de poil, de quatre-vingt fils: sa soye est de même qualité, tordage & moulinage, & sa largeur de même: ses lisiéres sont marquées d'un côté d'une chaînette, & de l'autre de deux, c'est pourquoi on l'appelle poil & demy.

La derniére sorte est du petit velours, qu'on appelle renforcé à quatre lisses, dont le peigne est de 19 portées, de 38 portées de chaîne, & de 19 portées de poil, chacune de 80 filets; la lisiére doit avoir une chaînette de chacun côté. Les velours cramoisis doivent avoir un filet d'or ou d'argent fin au milieu de la lisiére, pour les distinguer de ceux où il y aura des couleurs communes tant en chaîne qu'en trame.

En général tous les velours tant façonnez que figurez, ras ou couppez ont les chaînes & poils d'organsin filé, tordu au moulin, & sont tramez de soye cuitte & non cruë, & ont la même largeur.

On fait des habits, des just'aucorps, des robbes de velours, des carreaux, des tapis de pied de velours: on met un ou deux lez de velours dans les obseques des grands Seigneurs qu'on charge de blason.

Velours plein, est celuy qui est tout uni.

Velours figuré, est un velours mince sur lequel sont representées quelques figures: il sert ordinairement aux habits de femme.

Velours à ramages, est le velours diversifié par plusieurs figures ou couleurs; on l'appelle grand dessein, & on s'en sert pour faire des carrosses, des lits, des meubles, & des ornemens d'Eglise.

Velours ras, est un velours dont les filets de traverse ne sont point couppez.

On fait aussi des velours à fond d'or, à fond d'argent, à fond de satin.

Velours, se dit figurément d'un chemin, d'une allée, d'une pelouse, quand elles sont herbuës & fort unies: il nous mena par un chemin de velours; & par une double figure on dit, il est venu à cette charge par un chemin de velours, pour dire qu'il a trouvé de grandes facilitez.

On appelle en Chirurgie des cauteres de velours d'Ambroise Paré, qui ne font point de douleur quand on les applique.

Velours, se dit proverbialement en ces phrases; on dit d'un homme qu'il se pare d'une telle femme, d'une telle chose, comme de sa robbe de velours, pour dire qu'il se fait honneur de la mener, ou d'être le maître de ce qu'il étale en parade. On dit aussi d'une fille qu'elle doit avoir ventre de son, & robbe de velours, pour dire qu'on doit avoir plus de soin de la bien parer, que de la nourrir delicatement. Regnier a aussi appellé des ongles longs & pleins de crasse, des ongles de velours, en parlant de son Pedant.

Aux veilles des bons jours

Il en souloit rogner ses ongles de Velours.

VELOUTÉ, ée. adj. ce qui est fait à la maniére du velours; du satin velouté. On le dit aussi des galons ou passemens, dont le milieu est fait à la maniére de velours. Les habits de couleurs des valets sont couverts de veloutez, de passemens de velours.

Velouté, en termes de Joüallier est une couleur sombre & foncée; telle qu'est d'ordinaire celle des pierres taillées en cabochon, & sur tout du saphir bleu.

Velouté, se dit aussi des fleurs dont la peluche est douce & unie comme le velours.

Velouté, se dit aussi d'une membrane qui revest ordinairement le dedans des ventricules des animaux qui ruminent.

US. s. m. Vieux terme de pratique, qui ne se dit qu'avec le mot de coûtume dont il est le sinonime. C'est la maniére ordinaire d'agir qui a passé en force de loy: on se sert dans les Contracts de cette clause générale, pour en joüir & disposer suivant les Us & coûtumes des lieux, afin d'éviter la longueur des clauses qu'il faudroit stipuler en particulier. On dit aussi les Us & Coûtumes des eaux & forêts.

Us & Coûtumes de la mer, sont certaines maximes & usages dont on se sert sur la mer dans le commerce & dans la navigation pour en régler les differends & la police; ils consistent en trois sortes de Réglemens: les premiers s'appellent Jugemens d'Oleron; ils furent faits du temps de la Reine Eleonor Duchesse de Guyenne, qui en fit faire les premiers projets à son retour de la Terre sainte, sur les memoires qu'elle rapporta des Coûtumes du Levant, où le commerce étoit alors fort en vogue. Elle les nomma Rolles d'Oleron, à cause qu'elle habitoit dans cette Isle, & ils furent augmentez par Richard Roi d'Angleterre son fils, vers 1266. Les seconds furent faits par les Marchands de la ville de Visbuy, en l'Isle de Gotland, qui signifie terre de Dieu, qui fut autrefois la Ville la plus celebre pour le commerce, où toutes les Nations de l'Europe avoient leurs quartiers, boutiques, fondiques ou magasins: elle est maintenant détruite, & on trouve encore sous ses ruïnes des marques de ses richesses, & de la magnificence de ses bâtimens. Ces Réglemens y furent dressez en langue Theutonique; ils sont encore observez par tout le Nord; on n'en sçait pas la datte, mais il faut qu'ils soient posterieurs à l'an 1288. auquel cette Ville fut ruinée pour la premiére fois, ayant été rétablie par le Roi de Suede Magnus. Les troisiémes furent faits par les Députez des Villes Hanseatiques, vers l'an 1597. à Lubek. Ces trois piéces ont servi de modele pour faire les Ordonnances & Réglemens pour la Marine tant en France qu'en Espagne, sur lesquelles on a réglé depuis les Contracts maritimes, & la Jurisdiction de la marine, & elles ont été compilées & commentées par Etienne Cleirac Avocat de Bordeaux, sous le titre d'Us & Coûtumes de la mer.

USANCE. s. f. Coûtume, usage reçû. Telle est l'Usance de ce païs-là. Les Juges doivent avoir égard à l'Usance des lieux.

Usance, est aussi un terme de mer, de negoce, & de banque. Ce Facteur sçait fort bien l'Usance du negoce, il en connoît bien la pratique. Ce Marchand sçait fort bien les Usances de la mer; ce qu'il faut sçavoir pour trafiquer sur la mer.

Usance, est aussi le terme d'un mois à l'égard des interêts des Lettres de Change à Usance, c'est à dire à un mois. Cette lettre est payable à deux Usances, c'est à dire, on a deux mois pour la payer. L'Usance ordinaire de Portugal est de deux mois; celle à double Usance est de quatre mois. L'Usance d'Angleterre, de Hollande, d'Allemagne, & d'Espagne, est d'un mois seulement. L'Usance de France pour le payement des Lettres de Change est réglée par l'Ordonnance à 30 jours. On appelle interêt à toute Usance, ou à double Usance, celui qu'on fait payer tous les mois, ou au double.

USANT, ante. adj. terme de Palais: une fille majeure usante & joüissante de ses droits.

USER. v. act. détruire, consommer, soit insensiblement, soit tout à coup. On use bien des provisions dans cette Communauté. Il a bien usé des souliers à solliciter ce procés: une forge use bien du charbon, en consomme beaucoup: ce n'est plus la mode d'user ses habits, ses meubles, mais d'en changer. Le temps use toutes choses, les consomme insensiblement; une meule de Coûtelier use le fer qu'elle aiguise, & s'use en même temps. Pour faire des lunettes, pour polir le verre & l'acier, il faut l'user insensiblement avec le grais, l'émeril: il y a des pierres si dures qu'on ne les peut tailler, il les faut user avec la meule.

User, en ce sens se dit en choses morales; c'est un homme qui a usé sa jeunesse au service des Grands, & s'il n'a rien fait. Ce Prédicateur a usé ses poulmons à déclamer contre les vices, ses yeux à force de lire. Cette femme a usé trois maris, a été trois fois veufve: l'amitié s'use: le vin, les femmes, la débauche, les fatigues usent un homme, usent l'esprit aussi bien que le corps.

User, signifie aussi avaler, digerer. Ce malade ne peut plus user que des boüillons, il n'est pas en état de communier, il ne pourroit pas user l'Hostie.

User, est aussi neutre, mettre en usage, se servir des choses, les appliquer à son besoin. Les Juges croyent qu'il leur est permis d'user de tous moyens pour conserver leur Jurisdiction. Il faut user de la force, des remedes violents contre les seditieux, aprés avoir usé de la douceur.

En ce sens on dit en Medecine user de régime, pour dire se conserver le corps, ne faire point de débauches, ne manger rien de nuisible, user de viandes legeres: il n'use pas de remedes: il faut user sobrement de la saignée.

User, se dit aussi en morale des maniéres de vivre, de se comporter avec les autres: comment en usez-vous avec cet ami? luy donnez-vous de l'argent ou des presens pour son travail? c'est un homme qui en use fort bien, qui m'oblige gratuitement. Il en a usé en honnête homme, il m'a payé grassement, c'est un ingrat qui en a fort mal usé avec moi. On n'en use pas de la sorte entre gens d'honneur. Ce fanfaron en use cavaliérement avec les Dames; il en use familiérement avec tout le monde. Parmi les Indiens on n'use point de cérémonie, on se met à une table sans y connoître personne.

User, signifie aussi mettre à profit, ménager, se servir. Quand un Chrêtien use bien des graces que Dieu luy fait, cela luy en attire de nouvelles. Ce Ministre use bien de sa fortune, il la sçait bien ménager, il en fait part aux honnêtes gens. C'est user bien de ses richesses, que de faire une dépense honnête & raisonnable, en faire part aux pauvres. Chacun veut user de son droit: il ne faut pas user de force pour se mettre en possession de ses biens.

User, se dit aussi des paroles. Il ne faut pas user de paroles déshonnêtes devant les Dames; user d'équivoque dans les affaires; user de vieux mots dans l'éloquence; user de raillerie dans les choses saintes.

User. s. m. Alteration qui se fait des choses par l'usage. Il y a des draps qui sont plus beaux à l'user, qui s'embellissent quand on les a portez quelque temps. Les Marchands disent en vendant leurs marchandises, c'est un si bon user, qu'on n'en void point la fin.

User, se dit proverbialement en ces phrases: il en use comme des choux de son jardin, pour dire comme si cela luy appartenoit; chacun en use comme il luy plaît, pour dire en fait à sa fantaisie.


Extrait du Privilege du Roy.

Par grace & Privilege du Roy donné à Chaville le 24. Août 1684. Signé, Par le Roy en son Conseil, Junquieres, il est permis au Sieur Antoine Furetiere, Abbé de Chalivoy, l'un des quarante de l'Academie Françoise, de faire imprimer, vendre & distribuer par tout le Royaume, un Livre intitulé Dictionaire Universel, contenant généralement tous les mots François, tant vieux que modernes; & les termes de toutes les Sciences & des Arts, sçavoir la Philosophie, la Médecine, la Jurisprudence, les Mathematiques, l'Astronomie, la Geographie, la Musique & les Instrumens, l'Optique, l'Architecture, la Rhetorique, Poësie & Grammaire, la Peinture & Sculpture, la Marine, le Manége, le Blason, la Venerie, Fauconnerie, Pêche, l'Agriculture, les termes de Commerce & des Arts Méchaniques, plusieurs termes de Relations d'Orient & d'Occident, la qualité des Poids, Mesures & Monnoyes, les Etymologies des mots, l'invention des choses, & l'origine de plusieurs Proverbes, & leur relation avec les autres Langues, & les noms des Auteurs qui ont traité des matiéres qui regardent les mots expliquez, avec quelques curiositez, histoires & sentences morales qui seront rapportées pour donner des exemples des phrases & des constructions, en tels Volumes, marges & caractéres & autant de fois que bon lui semblera, pendant le temps & espace de dix années consecutives, à commencer du jour qu'il sera achevé d'imprimer pour la premiére fois. Avec défenses à tous Libraires, Imprimeurs & autres, d'imprimer, faire imprimer, vendre & débiter ledit Livre, sous quelque prétexte que ce soit, même d'impression étrangere, ou autrement, sans le consentement dudit Sieur Abbé Furetiere, ou de ses ayans cause, à peine de confiscation des Exemplaires contrefaits, de trois mille livres d'amende, & autres peines plus amplement mentionnées dans l'Original dudit Privilege.

Au lecteur.

Ce livre électronique reproduit intégralement le texte original, et l'orthographe d'origine a été conservée. Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été tacitement corrigées, et la ponctuation a été corrigée par endroits.

Le signe s long (ſ ) a été remplacé par le s actuel. La typographie d'origine peut être appréciée dans le document numérisé, à l'URL http://books.google.com.uy/books?id=CtlDAAAAcAAJ.

On remarquera des renvois auxquels ne correspond aucun article du dictionnaire. Il faut se souvenir qu'il s'agit ici d'un «essai», un échantillon du dictionnaire que l'auteur se proposait de publier.