II

Ah! quelle fichue idée eut M. Bittermol de venir passer une journée dominicale dans ce séjour hospitalier! Après avoir trouvé l'ordonnance majestueuse du parc quelque peu monotone, blâmé des horizons qui ôtaient de l'intimité à la propriété, raillé les dieux immortels qui poursuivaient, sous les hauts ombrages, leur rêve de pierre, trouvé la pelouse nue et la bordure des allées criardes avec ses notes de velours pourpres et roux, ne proposa-t-il pas à la douairière des Étoupettes, légitime propriétaire de ces lieux, d'égayer un peu tout cela par quelques inventions à la moderne, comme en ont les bonnetiers enrichis dans leurs villas de Bougival ou de Chatou! Et la bonne dinde de douairière,—car, notez que le plus souvent les femmes n'ont pas de goût, en art, que par occasion,—d'accepter cette pitoyable idée, comme si sa propre personne pouvait en être rajeunie. Et, dès le dimanche suivant, ce fut un commencement de métamorphose dans le sens de l'embourgeoisement. Le bel aspect de temple végétal aux colonnes vivantes du parc fut violé par un tas de mesquineries. Le caprice sans fantaisie succéda à l'harmonie, fille de la méditation. A cette belle ordonnance des chemins, à travers bois, on substitua les lacets incohérents d'un fil d'Ariane, dont un chat aurait pris plaisir à embrouiller le peloton. Mais c'est à la pelouse, qui s'étendait devant le jardin, que fut destinée la plus dégradante de ces profanations. Notre infâme Bittermol y installa une boule, une de ces boules de métal très miroitantes et polies qui reflètent tout le paysage ambiant et toutes les personnes qui les approchent, en les déformant hideusement, uniformément convexes et enfantant des monstres et des caricatures dont les modèles, eux-mêmes, s'amusent quelquefois, au lieu de s'indigner, en se voyant un nez plus gros que tout le visage et un ventre de potiron planté sur deux allumettes.

Ah! pour le coup, M. Bittermol dut être content. Il avait bien déshonoré ce magnifique tapis de verdure tendre. Il avait fourré un peu de son âme abominable de vaudevilliste dans ce poème touchant de nature, dans ce virgilien décor fait pour les tendresses précoces ou attardées. Mais jusqu'où alla son crime, vous ne le devinez pas encore, et c'est tout au plus si le courage me demeure de vous le révéler.