III

Comme ils se sentaient très petits, ils se sont gonflés pour paraître plus considérables.

Comme ils ne se sentaient pas d’ailes aux flancs pour monter vers le ciel de la pensée, ils se sont emplis, comme des ballons, en tirant parti de leur vide même pour engloutir plus de fumée. La politique est un gaz qui fait cette double merveille de rendre majestueuse la sottise humaine, en l’arrondissant, et de lui donner une envolée superficielle dont s’amuse la curiosité des badauds. Ils composent ainsi un peuple de petites outres, un microcosme de vessies qui ballottent, comme on en voit aux longs bâtons des paillasses dans les foires. Les imbéciles les prennent pour des lanternes et s’imaginent qu’ils en sont éclairés. Aucun de ces Icares du Louvre ne sera jamais brûlé au soleil; ils ne peuvent guère monter plus haut que le vol des oies, ce qui suffit à la foule pour les charger de sauver les Capitoles en détresse. Seulement les oies, qui vont également en troupes, fendent vraiment l’espace de leur vol triangulaire et y enfoncent un réel chemin. Eux font seulement semblant de se mouvoir vers un but; mais, au demeurant, ils flottent seulement; ils flottent, tout en tournant, comme d’aériennes toupies, avec un bruit ronflant qui est la musique du creux. C’est dans un cercle de mots, chrysalides ouvertes d’idées envolées, qu’ils font ce travail de hannetons. Cela ne les empêche pas de tenir, dans la société, une place considérable, bien que les hannetons, les autres, y soient détruits. A eux s’en vont droit les honneurs, comme les chardons semblent se dresser d’eux-mêmes, devant le nez rose des baudets. Leur seul tort, est, au fond, de prendre ces chardons pour des palmes et de croire qu’ils broutent le sol de l’Immortalité. Ils prennent pour les hauteurs de leur front celle de leurs oreilles. Ah! mes petites outres chéries, mes mignons petits ballonnets. Si vous saviez comme le firmament où plane l’âme des amants, des artistes et des poètes est loin du plafond de papier bleu où se collent vos modestes chimères et vos ambitions essoufflées, en attendant qu’elles y crèvent comme des bulles de savon!

Tournez, tournez, pauvres ambitieux, vers le chemin de l’Oubli!