IV

Il n’est qu’un amour dans la vie, mais un amour fait souvent de plusieurs tendresses.

Nous naissons avec un idéal immuable de la Femme, mais qu’elles se mettent généralement plusieurs à réaliser. C’est comme un fruit vivant que nous portons en nous et qu’il nous faut souvent une douleur pour en arracher, comme l’enfant que la femme avait au ventre. La fable de la côte d’Adam ne veut pas dire autre chose. Oui, nous naissons prisonniers d’une image, esclaves d’un type, et nous sommes, par avance, les vaincus d’une certaine beauté. Toutes les fatalités de l’Amour tiennent dans ce secret.

Nous aussi, nous nous débattons dans un cercle inflexible, nous sommes enfermés dans un monde invisible, comme mystérieusement enchaînés à la sphère d’une planète par l’aveugle loi de nos désirs.

Et nous gravitons, nous gravitons autour de l’idole, avec des litanies de baisers sur la bouche, psalmodiant l’hymne monotone et sublime des caresses dans l’encens vague des extases, tombant souvent aux pieds de faux dieux que nous brisons ensuite avec colère. Heureux celui qui rencontre enfin l’immortelle Divinité de son rêve; celle en qui se réalisent les muettes aspirations de sa pensée antérieure; au front de qui ses anciens désirs, devenus des bonheurs, s’allument resplendissants et clairs comme des étoiles! Il ne se doit plus plaindre d’avoir vécu, d’avoir souffert; il ne se doit plus résigner aux posthumes consolations d’une éternité problématique. Il eut sa part, dès ce monde. Car l’éternité peut tenir, dans une minute, par l’infini des joies. Le temps est une abstraction, une hypothèse, une simple mesure de nos plaisirs ou de nos douleurs. Heureux celui qui a rencontré l’immortelle et immuable Bien-Aimée! C’est une ronde aussi que les pieds ailés des amoureux tracent sur les fleurs qu’ils ne meurtrissent pas, une ronde sans fin dont la musique leur vient du ciel.

Tournez, tournez, cœurs bien épris, sur le chemin sacré de l’Amour!

XIV

Consolations