III

Cependant, dès que Mlle de Saint-Amant avait vu disparaître Arnold, elle s'était hâtée de remettre sa chemise tiède encore et sa robe flottante pour reprendre le chemin du château. Elle était si confuse et si désolée qu'elle passa par les sentiers les plus sombres, presque à travers les aulnaies et les épines, tant elle avait peur de la lumière. Elle n'osa pas se montrer au perron. Elle rentra par la porte de l'office et courut s'enfermer dans sa chambre. La fille de Jephté gravissait la montagne pour aller pleurer sa virginité: Mlle de Saint-Amant, qui se sentait violée par le regard d'Arnold comme Nausicaa par le regard d'Ulysse, cacha sa honte dans le coin le plus obscur de sa chambre.

Au dîner, sa mère fut effrayée de la voir si pâle; Diane parla d'une migraine. Le lendemain, sa figure était plus ravagée encore, car elle n'avait pas dormi. Elle ne pouvait s'habituer à cet effeuillement de sa pudeur. Elle aurait voulu mourir, mais, même dans la mort, il lui semblait que son linceul serait profané, tant elle avait au plus haut degré le sentiment de la splendeur virginale.

Comment avoir raison de cet outrage? Comment se venger de cet homme qu'elle croyait, comme tous les siens, l'ennemi de sa famille? Elle pria Dieu, comme si la justice de Dieu frappait de telles félonies.

Diane avait ses cahiers roses et ses cahiers bleus: des confidents muets de ses joies et de ses peines. Ce jour-là, elle prit un cahier noir. Elle se confessait bien plus à elle-même qu'à son confesseur. Voici une page écrite aux premières secousses de son indignation.

«Je suis exaspérée! j'ai vécu dans la fièvre depuis cette après-midi. Je me croyais dans le parc comme dans une salle de bain; ma mère m'avait pourtant avertie du danger. Un étranger, un ennemi m'a surprise au moment où je descendais dans l'étang. C'en est fait de toutes mes illusions. Je suis empêchée à tout jamais d'être heureuse, car je ne me sens plus dans l'atmosphère virginale des jeunes filles. Je me hais et je hais M. de «Montmartel! O mes larmes! mes larmes!»

Le désespoir de Mlle de Saint-Amant fût si profond qu'un peu plus elle se réfugiait au couvent pour trouver une retraite inaccessible.