IV
Dès que Nina et Versillac furent partis, Arnold s'en fut tout droit chez le curé de Belmarre qui avait été un instant son précepteur.
—Mon cher maître, je renonce à Satan, à ses pompes, à ses oeuvres. Je suis éperdument amoureux de Mlle de Saint-Amant. Nos familles sont des Capulet et des Montaigu, il faut effacer ces haines par un mariage qui sauvera ma jeunesse et qui fera la joie de mon coeur.
Le curé, quelque peu surpris, demanda à Arnold où il avait vu Mlle de Saint-Amant. Un peu plus Arnold répondait «au bain», mais il se reprit et dit «à la messe». Ce mot lui regagna le coeur de l'homme en soutane.
—Vous a-t-elle vu?
—Jamais! Mais je sens à mon coeur qu'elle daignera m'écouter; sa mère non plus ne sera pas bien féroce, car vous vous souvenez qu'il y a sept ou huit ans, je l'ai sauvée d'un grand péril en me jetant à la tête de ses chevaux.
—Oui, mais depuis vous avez chassé sur ses terres. Enfin, puisque c'est pour le bon motif, je veux bien me mettre en campagne.
—Vous direz à la jeune fille....
—N'allons pas si vite, vous prenez feu et flamme comme un fagot de la Saint-Jean. Je vous promets d'aller tout à l'heure au château.
—Dites à la mère que je fais mes Pâques.
Le curé ne put s'empêcher de sourire.
—Taisez-vous, profane, ou je ne prêche pas pour vous.
Le soir, le curé de Belmarre vint au château de Montmartel et conta à Arnold que tout n'était pas désespéré. La mère avait jeté de hauts cris et la fille avait dit qu'elle sacrifierait bien tous ses aspirants pour devenir la comtesse de Montmartel. Elle était offensée de la vie endiablée de M. Arnold à Paris, mais elle avait une raison pour vouloir l'épouser. «Quelle raison? avait demandera mère.—C'est mon secret,» avait répondu la fille.
Quelle pouvait bien être cette raison? Arnold y perdit son latin et celui de M. le curé.