III

Vint l'hiver. On donna une fête dans l'hôtel de Georges. Tout Paris y alla, et Mme de Marcy ayant voulu être de la fête, il fallut bien inviter son mari. Reconnaîtrait-il sa femme? Elle était bien sûre que non, car, selon elle, il ne l'avait jamais regardée, ce en quoi elle se trompait. Quoiqu'il ne fût pas un dilettante, il avait fait, sans trop y prendre garde, quelques études dans la géographie lumineuse de ce beau corps.

—C'est étonnant, dit-il à une dame de ses amies qui le retenait comme par malice devant la Femme couchée.

—Oui, lui dit-elle, cette femme couchée ressemble à la vôtre. Est-ce que Mme de Marcy est aussi belle?

—Pourquoi pas?

—Est-ce qu'elle a aussi un grain de beauté sous le sein?

Le marquis tressaillit.

—Je ne me souviens pas.

Mais M. de Marcy se souvenait très bien. Une secousse de jalousie l'emporta vers sa femme; dans sa colère, il ne pouvait plus parler.

—Madame....

—Monsieur....

Il l'entraîna sous la Femme couchée.

—C'est vous qui êtes là?

—Moi. Vous êtes fou.

Sa main tenaillait la main de sa femme.

—Ce grain de beauté?

Ce maudit grain de beauté s'était accentué peu à peu dans la blancheur du sein, quoique le peintre l'eût à peine indiqué.

—Est-ce que j'ai un grain de beauté? demanda Mme Marcy en jouant la surprise: C'est sans doute votre maîtresse qui a un grain de beauté?

Le soir même, le mari commença son enquête, oubliant un peu trop qu'il avait scandalisé le monde parisien avec une traînée, une mafflue, une déplumée des Folies-Bergères.

Le lendemain, cet homme qui ne se croyait pas jaloux se réveilla un Othello, décidé à se venger cruellement s'il apprenait que sa femme eût posé pour la galerie.