IV

On dîna, on fut tour à tour gai et sentimental. Le vin de Champagne mit sa pointe et sa lumière dans l'esprit des amoureux. On continua à se charmer. Ils étaient en face l'un de l'autre. Daniella vint se mettre à côté du colonel. On finit par boire dans le même verre.

—Cela se fait en Ecosse dit-elle en français.

—Tout est bien dans votre pays, dit M. Dieu; mais, quand vous êtes en France, accordez-vous l'hospitalité écossaise de votre chambre à coucher?

La mariée sans mari rougit et dit que non.

—Alors je n'ai plus rien à faire ici, puisque, après vous avoir, adorée, je ne puis pas vous aimer.—J'oubliais! dit le colonel. Pourquoi diable avez-vous lâché un pigeon entre Anisy et Soissons. C'était une manière d'écrire à votre cousin.

—Vous devinez tout.

—Quoi encore.

—Vous devinez que je vous-aime.

—Je ne comprends pas bien le français, mais vous me l'apprendrez, mon colonel.

On se remit au coin du feu, on prit le café, on conta des histoires; de temps en temps, Daniella allait retrouver son nid dans les bras du colonel.

C'était charmant, par la grâce naïve de l'Écossaise et par la douceur, enjouée de l'homme de guerre.