VI
Le 14 juillet,—un jour de fête, pour ceux qui travaillent, un jour de travail pour ceux qui ne font rien—je dînais encore dans le jardin du Café des Ambassadeurs.
Ce ne fut pas sans émotion que je vis tout à coup passer le mari, la femme et l'enfant.
Le mari donnait le bras à sa femme et tenait sa fille par la main. Il était grave et pensif, mais presque souriant; on pouvait juger que les blessures du coeur étaient fermées.
La femme, toute rêveuse, me parut, hélas! bien moins jolie. Elle détourna la tête en passant, en proie peut-être aux souvenirs et regrets!
—Maman, lui dit Marguerite en lui montrant les tables pavoisées de dîneuses, maman, te souviens-tu?
Sans regarder, la mère répondit à mots rapides:
—Je ne me souviens pas.
La famille rapatriée allait écouter les chanteuses de l'Alcazar, mais extra muros, promeneurs du dehors qui ne payent pas leur place. Le mari dit à sa femme:
—Nous en sommes pour longtemps encore aux plaisirs qui ne coûtent rien, mais n'y a-t-il pas les plaisirs qui coûtent trop cher!