II

OCTAVE A PARISIS

Mademoiselle de La Chastaigneraye écrivit à la marquise de Fontaneilles:

«Ma chère Armande,

«Je suis désespérée plus que jamais. Je reçois une lettre de
Violette, et cette lettre c'est l'adieu d'une femme qui va mourir.

«Cette fois, si tu ne viens pas tout de suite, je pars pour
l'Abbaye-au-Bois. Je t'embrasse.

«GENEVIÈVE.»

Mlle de La Chastaigneraye avait un trop noble coeur pour songer à épouser Octave devant le tombeau de Violette.

La marquise de Fontaneilles pria par un mot le duc de Parisis d'aller la voir. «Mon cher duc, lui dit-elle, ne perdez pas une heure; cette pauvre Violette est morte, c'est par un dévouement sublime pour Geneviève et pour vous-même. Partez de suite pour Champauvert, dites que j'y serai demain avec le marquis. Il faut que dans quinze jours Mlle de La Chastaigneraye soit la duchesse de Parisis.»

Octave partit une heure après, non sans avoir tenté d'entraîner avec lui la marquise. Il arriva la nuit à Parisis; le lendemain, à midi, il descendait de cheval dans la cour de Champauvert, quelque peu surpris de ne pas voir apparaître Geneviève, car dès qu'on voyait poindre une figure dans l'avenue, on avertissait la jeune châtelaine.

Un domestique s'avança sur le perron. «Monsieur le duc ne sait donc pas que mademoiselle est partie!—Partie! Depuis quand?—Depuis hier?—Elle est allée à Paris?—Oui, monsieur le duc.—Quand doit-elle revenir?—Oh! pour cela! ni moi non plus, répondit le domestique dans la mode de son pays. On a parlé ici du couvent, presque toute la maison a été remerciée et je vais rester seul ici avec ma femme. On a donné l'ordre de vendre les chevaux.—C'est sérieux, pensa Parisis.»

Il remonta à cheval. Il voulut repartir pour Paris, mais il se ravisa et se contenta d'écrire à la marquise de Fontaneilles:

«Chère marquise,

«Nos destinées jouent aux quatre coins. Pendant que je viens à Champauvert, Geneviève va à Paris. Faut-il que je rebrousse chemin ou qu'elle revienne sur ses pas? Jugez. J'attends!

«PARISIS.»

Le lendemain, Parisis reçut un télégramme qui ne renfermait qu'un mot:

Attendez.

Octave attendit. Il ne craignait pas de trop s'ennuyer, car il y avait au château une armée d'ouvriers. Le spectacle du travail des autres est une vive récréation pour l'esprit, surtout quand le travail des autres est pour soi-même. En l'absence de l'architecte, Parisis pouvait donner de bons conseils pour les détails de la restauration du château. Il n'était pas né artiste, mais il avait le sentiment de l'art dans toutes ses faces, peinture, sculpture, architecture, art antique, art chrétien, art de la Renaissance, art rococo, art moderne; supérieur en cela à Monjoyeux lui-même, qui était absolu dans son style, qui n'aimait pas Louis XII et qui eût massacré les plus jolis motifs pour métamorphoser à son gré le caractère du château.

Octave ne croyait pas que Violette fût morte. Toutefois son souvenir attristait encore la solitude de Parisis.