VII
L'EXTRAIT MORTUAIRE DE VIOLETTE DANS LA CHAMBRE NUPTIALE
Il était deux heures du matin quand une chaise de poste à quatre chevaux emmena les mariés à Parisis. Geneviève n'était accompagnée que de Mlle Hyacinthe.
Ce fut avec un sentiment de fierté et de mélancolie que Geneviève entra—en souveraine, cette fois—dans cette vieille demeure des Parisis. Elle s'appuyait, pour monter l'escalier, sur Octave et sur sa jeune protégée, qui sauvait, par son intarissable gaieté, les embarras charmants de la situation.
Les deux jeunes amies entrèrent seules dans la chambre nuptiale. Geneviève se laissa tomber sur une petite causeuse hospitalière tournée vers la porte; elle vit du premier regard deux pastels de La Tour, son bisaïeul et sa bisaïeule, souriants comme s'ils étaient heureux de la voir. «Oh! mon Dieu! dit-elle tout à coup à Hyacinthe, j'ai oublié dans la voiture, dans le petit panier, la miniature de ma mère.»
La jeune fille ouvrit la porte pour descendre chercher le petit portrait. Dans sa précipitation, elle laissa tomber une lettre qu'on lui avait remise à l'heure du départ et qu'elle voulait achever de lire le soir même.
Il n'y avait plus d'enveloppe à la lettre. Geneviève la prit et reconnut l'écriture de Violette. «C'est singulier, dit elle. Comment cette lettre m'arrive-t-elle ici?»
Elle ne l'avait pas vue tomber des mains de Mlle Hyacinthe.
Geneviève lut rapidement, sans bien reconnaître que la lettre n'était pas pour elle:
«Pour vivre, il fallait que vous fussiez là; pour mourir, pourquoi
ne puis-je vous serrer la main?
«Il me faut mourir seule, dans un coin, comme un chien abandonné.
«Moi aussi, je suis une Parisis, surtout pour la légende. Vous la
connaissez, Hyacinthe:
L'AMOUR DES PARISIS DONNERA LA MORT! L'AMOUR DONNERA LA MORT AUX PARISIS.
«Adieu, mon amie.
«On m'a promis de vous envoyer cette lettre avec mon extrait
mortuaire, pour qu'on puisse là-bas s'occuper de ma succession.
«N'oubliez pas que vous avez cent mille francs en dot. Soyez
heureuse!
«VIOLETTE.»
A cette lettre était joint cet extrait mortuaire:
Don Francisco Santa-Cruz, licenciado en teologia, Caballero de la
Real orden americana de Isabel la Catolica y Cura parroco de la
Iglesia de Santa-Maria de esta ciudad de Burgos, diocesis de la
misma, de la que es Arzobispo el Excelentisimo é Ilustrisimo senor
Don Atanasio Rodriguez Juste.
Certifico: que, en el dia de hoy, ha sido depositado en la boveda de esta Santa Iglesia parroquial el cadaver de la senora dona Luisa Violeta de Pernan Parisis, hija del senor Hedwige Portien la cual nacio en Paris el 17 de april 1846 y fallecio en el de ayer a las cuatro de la tarde, despues de haber recibido los ultimos ausilios espirituales, asistida del Teniente Cura, vicario de esta parroquia D. Florencio Lasala.
I para que conste espido la presente certificacion, cuyo original queda depositado en el archivo de esta parroquia é inscripto al folio 237 con el numero 3,789 en el libro de difuntos.
A Ruegos de los Senores Don Angel Vallejo y Don Laureano de la
Roda-infante, ejecutores testamentarios de la finada, Burgos 13 de
agosto de 1867.
EL CURA PARROCO, L. FRANCISCO SANTA-CRUZ.
Mlle Hyacinthe, en rentrant, surprit Geneviève dans les bras d'Octave. Elle avait jeté un cri de douleur, le duc de Parisis était accouru, il ne comprenait rien à ses désolations.
Celle qui était la duchesse de Parisis depuis midi montra à son mari la lettre de Violette. «Voyez, lui dit-elle, pouvait-on me rappeler plus fatalement la légende des Parisis!»
Octave lut l'extrait mortuaire de Violette. «C'est étrange, se dit-il à lui-même, je ne puis croire à la mort de Violette.»