III
MARKO KRALIEVITCH ET LE FAUCON.
Marko Kralievitch se sent malade sur le grand chemin; près de sa tête il plante sa lance, et à la lance il attache Charatz, puis il se prend à dire: «Qui me donnerait de l'eau à boire, qui me procurerait un peu d'ombre, celui-là assurerait à son âme une place en paradis.» Alors s'abat d'en haut un faucon gris, portant dans sa serre de l'eau, dont il abreuve Marko, puis au-dessus de lui il étend ses ailes et lui fait ainsi de l'ombre. «O faucon, mon oiseau gris, lui demande le héros, quel bien t'ai-je donc fait pour que tu viennes m'abreuver d'eau et que tu me procures de l'ombre?»—«Ne plaisante point, Marko Kralievitch, répond l'oiseau, lorsque nous combattions à Koçovo et que nous soutenions l'attaque furieuse des Turcs, ceux-ci me prirent et coupèrent mes deux ailes; toi tu me relevas, Marko, et me mis sur un vert sapin, afin que les chevaux turcs ne pussent m'écraser; tu me nourris de la chair des héros et tu m'abreuvas de sang vermeil; voilà le bien que tu m'as fait.»