IX

THADÉE DE SÈGNE.

Extrait.

L'aube n'avait pas encore blanchi, ni l'étoile du matin montré son visage, quand les portes de Sègne s'ouvrirent, et il en sortit une petite troupe de trente-quatre compagnons (haïdouks), qui commencèrent à gravir la montagne.

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Iovan de Kotar court vers le berger, et il ramène un bélier de neuf ans, et un fort bouc de sept ans. Thadée de Sègne les écorche vifs tous les deux, puis les lâche parmi les branches des sapins. Au contact des branches le bouc commence à crier, tandis que le bélier reste muet, ne pousse pas une plainte. «O Thadée, chef de notre troupe, dit alors Iovan de Kotar, pourquoi lâcher des animaux écorchés?» et Thadée de Sègne lui répond: «Voyez-vous, mes chers frères, quels tourments endurent ces animaux; eh bien! il en faut souffrir de plus grands aux mains des Turcs, quand ils s'emparent de nos braves. Celui qui peut les supporter, qu'il le fasse en silence, frères, comme ce bélier écorché dans la forêt; celui qui ne croit pas pouvoir les souffrir, je lui pardonne au nom de Dieu; qu'il s'en retourne à Sègne sur la frontière.»