MORALITÉ DE L'ENFANT DE PERDITION.

Le bourgeois ouvre la scène par des plaintes amères contre les déréglemens de son fils—Ma femme! tu l'as trop flatté dans son enfance, etc., etc.—La bourgeoise essaie de calmer les chagrins de son mari. Tous deux vont à la messe pour se réconforter. Aussitôt le théâtre est occupé par les quatre brigands et le fils du bourgeois. On forme un complot pour détrousser des marchands. Le deuxième brigand renchérit sur le complot et engage le fils à tuer son vieillard de père.—Si j'avais un vieillard de père—qui me détînt par vitupère—mon bien si très estroitement,—de mes deux mains villainement—l'estranglerois par grand outrage.—L'avis est soutenu pas les trois autres brigands. Le fils agrée cette monstrueuse proposition; il court droit à son père qu'il aperçoit:—Sus! ribaud père! sçay te quoi—pour avoir paix avec moy?—il te convient bailler argent.—Le père répond par de vifs reproches.—Sus! sus! vieillard, c'est trop presché!—dit un brigand.—Despêche-toy, ajoute le fils.—Las! mon enfant, en bonne foy,—je ne soustiens denier ne maille.—Alors le fils lui met la corde au cou.—Las! mon enfant, prends à mercy—ton pauvre père! veux-tu défaire—cil qui t'a faict?—Despêche-toy!—Las! que dira ta pauvre mère? etc., etc.—Je t'ay nourry en ma maison,—et maintenant faut que je meure.—Despêche-toy.—Las! tu me deusses secourir—et me nourrir—sur ma vieillesse,—et de tes mains me fais périr! etc., etc.—Au moins je te pry supporter—et mieux traiter—ta pauvre mère,—despêche-toy!—Mon cher enfant! las! baise-moy—pour dire adieu au départir, etc.—Adieu, mon fils! mon enfant cher!—Ici le fils pend son père.—Quand ma mère verra cela, dit-il après son parricide, elle criera comme une folle.—Eh bien! reprend un brigand, il ne faut que ton couteau traire—et lui donner dedans le corps.—Le fils consent. Sur ces entrefaites, arrive la mère qui, voyant le cadavre de son mari pendu, se met à crier et à pleurer. Elle interroge son fils, le soupçonne.—Vous en avez menti! coquarde!—O desloyal garçon mauldict! etc., etc.—Allez, voilà vostre payement! dit le fils, et il poignarde sa mère, qui expire en s'écriant: Jésus! Jésus! Et les monstres de courir à la maison pour la dévaliser. Alors le quatrième brigand propose à ses compagnons de se défaire du fils pour avoir plus grosse part du butin.—Non, dit un autre, vaut mieux le piper au jeu.—On joue au dez; le fils perd tout ce qu'il a d'un seul coup, et les brigands le quittent. Sa désespération commence avec sa misère.—O misérable faux truand! se dit-il à lui-même,—où iras-tu? que feras-tu?—Il fait son testament:—A Lucifer premièrement—teste et cervelle je luy donne,—et à Satan pareillement,—la peau de mon corps luy ordonne;—mes bras à Astaroth abandonne, etc., etc., et il finit par ces mots:—A tous les diables me command!—La première moralité est excellente, celle-ci est détestable: enfans des muses, cherchez pourquoi!

[51] On ajoute quelquefois à cette collection plusieurs pièces du même genre qui lui sont étrangères. Notre exemplaire, relié par Lewis, en Angleterre, contient, par exemple, 23 pièces; mais le recueil est complet avec les 12 articles énoncés par M. Brunet, dans son Manuel du Libraire et de l'Amateur.