VI

LA PATROUILLE BOURGEOISE

Le soir était venu après cette journée agitée. Les bourgeois paisibles, ceux qui n'ont d'autre souci que de dormir leurs dix heures, s'étaient retirés chez eux.

Il en était de même des ligueurs, qui, déjà émus par la distribution des billets d'absolution, avaient été prévenus amicalement de rester dans leurs logis et de se bien barricader, attendu que les promesses du Béarnais cachaient quelque piège—une Saint-Barthélémy, peut-être.

Toute l'activité belliqueuse des Parisiens se déployait autour des portes. C'était l'heure à laquelle rentraient les retardataires, ceux qui, appelés par la promenade ou le négoce dans la banlieue, reviennent chaque soir avant le couvre-feu.

Et pour un observateur qui eût pu planer sur la ville le spectacle eût été bizarre. Les figures qui rentrèrent ce soir-là par les différentes portes de Paris ne se fussent certainement par hasardées à se présenter au grand jour.

C'étaient des tournures si raides sous l'habit bourgeois, des femmes d'une si prodigieuse hauteur, bien qu'elles marchassent courbées sous un fardeau; c'étaient des meuniers montant de si beaux chevaux de guerre ou des colporteurs manoeuvrant des caisses de formes si étranges, que le défiant Espagnol ne les eût pas laissés passer en plein jour sans un examen approfondi.

Tous ces visiteurs bizarres se dirigèrent par des routes bien différentes vers l'Arsenal, quartier désert, et prirent position en silence, comme des gens qui installeraient un marché, au bord de la rivière, au delà des contrescarpes de la Bastille.

Un marché à pareille heure et dans un pareil endroit, était peu vraisemblable; aussi trouvèrent-ils dès leur arrivée un échevin préposé à l'ordre des subsistances et denrées qui les séparait en petits groupes et les envoyait à une petite maison située en face l'Île Louvier.

Là, chose singulière, ils disparaissaient, et pour chaque groupe de douze hommes ou femmes qui étaient entrés, il sortait, une demi-heure après, une troupe de douze soldats de la garde bourgeoise, vêtus et équipés plus ou moins grotesquement, selon les traditions de cette respectable milice. Ces pelotons avaient chacun leur officier qui les guidait vers un poste quelconque, où ils prenaient position.

Quand l'échevin qui présidait à toutes ces opérations mystérieuses eut achevé sa tâche, il prit avec lui le dernier groupe de douze miliciens, qu'il conduisit à la porte neuve.

Chemin faisant, il regardait marcher au pas ces singuliers soldats qui, malgré eux, imprimaient à leur allure une telle régularité, un tel aplomb que, partis en trébuchant et se marchant sur les talons l'un à l'autre, ils avaient fini, au bout de cinq minutes, par ne plus former qu'un seul corps marchant sur vingt-quatre jambes dont le compas s'ouvrait d'un seul coup, dont le pas donnait d'un seul coup sur le pavé.

Ils étaient pourtant bien ridicules pour marcher si bien! Les uns, maigres, vêtus d'un pourpoint de velours, portaient dessus une énorme cuirasse qui eût tenu deux poitrines comme la leur; les autres, enterrés dans une vaste salade, semblaient n'avoir plus de tête sur le cou; d'autres pliaient sous les brassards et les cuissards d'une armure antique; quelques-uns avaient la rondache du temps de Charlemagne; aucun n'avait su attacher son épée à la longueur voulue; ceux-ci avaient l'arquebuse, ceux-là une hache ou une masse d'armes. Les enfants, s'il y eût eu des enfants à cette heure par les rues, n'auraient pas manqué de suivre cette troupe avec des cris de carnaval.

Mais l'officier surtout était remarquable. Son casque contemporain de la dernière croisade, était orné d'une visière qui, détraquée, retombait perpétuellement sur le nez du patient. Les larges épaules et le ventre rond de ce digne bourgeois faisaient craquer un pourpoint jaune, à noeuds de rubans verts et rouges. Il portait le colletin et le baudrier de buffle brodé. C'était le plus bouffon des ajustements, la plus triviale tournure qui parfois, quand l'homme se redressait sous ce harnais grotesque, s'ennoblissaient soudain par le vigoureux élan des bras, et la fière cambrure de ses reins puissants.

Cet officier marchait sur le flanc de sa colonne et l'échevin venait immédiatement derrière lui. Tout à coup une patrouille espagnole déboucha d'une rue latérale et cria: que viva!

Il eût fallu voir se redresser ces douze bourgeois par un mouvement électrique, et leurs mains saisir l'arme, et leurs poitrines s'effacer, et leurs têtes prendre la fierté rapide du commandement à l'exercice.

Le chef espagnol et le chef bourgeois échangèrent le mot d'ordre, et les deux troupes continuèrent à marcher en sens inverse, non sans que l'Espagnol se fût retourné plus d'une fois pour admirer la tenue si militaire de ces gardes bourgeois.

L'échevin s'approcha vivement de l'officier milicien:

—Oh! monsieur, lui dit-il, prenez bien garde, vous êtes trop noble sous les armes, on vous reconnaîtra.

—Vous croyez, cher monsieur Langlois, répliqua le gros homme.

—Certes, monsieur.—Et vos soldats qui emboîtent le pas comme des gardes du roi! Pour des bourgeois, c'est invraisemblable.

Le gros officier sourit avec satisfaction.

—C'est que les Espagnols se retournent, monsieur, poursuivit l'échevin, et je ne serais pas surpris qu'ils vous fassent suivre.

—Je les défie bien de me reconnaître sous ce bât de bête de somme, murmura l'officier; je dois être abominable à voir.—Et ces malheureux, ajouta-t-il en regardant obliquement sa troupe, sont-ils humiliés!… Vous les avez habillés en Carême-prenant. Je les trouve ignobles.

—Mais non, mais non, dit Langlois.

—Nous sommes bientôt arrivés, n'est-ce pas? continua l'officier. J'ai assez de ma visière; elle me scie le front et finira par me couper le nez…. Je suis tout écorché, harni….

—Chut!… fit l'échevin. Nous y voici.

—Rompez donc le pas! coquins, dit l'officier à voix basse.

Les douze hommes se mirent aussitôt à s'entre-choquer les uns les autres.

—A la bonne heure, dit Langlois.

On était arrivé sur une petite place entre la rue du Coq et la rue
Saint-Honoré.

Là étaient rangés, d'un côté, environ cent hommes de la garde bourgeoise, et de l'autre un bataillon espagnol tout entier, au nombre d'environ deux cents hommes armés de mousquets et d'épées.

Sur le milieu de la place se promenaient le président Lemaître et la procureur général Molé avec don José Castil, capitaine commandant le bataillon.

—J'amène du renfort, s'écria Langlois.

Lorsque parurent les douze miliciens amenés par Langlois, ce fut dans les rangs de ce bataillon un fou rire inextinguible qui gagna même les miliciens bourgeois rangés en face.

Il faut dire que jamais la parodie n'avait été poussée à un si haut degré de perfection. Les files en zigzags, le cliquetis des fourreaux d'épée contre les canons des mousquets, la démarche vacillante, le bruit des cuirasses entre-choquées formaient un spectacle rare qui attira bientôt l'attention de don José.

—En voici de curieux, dit-il.

—Il faut leur pardonner, répliqua l'échevin Langlois, ce sont des apprentis tanneurs et quincailliers que j'ai fait armer pour la première fois et qui ne sont pas encore des Césars.

—Et voilà sur quoi vous comptez pour défendre votre ville? ajouta l'Espagnol avec un sourire de pitié.

Langlois plia humblement les épaules.

—S'il fallait que ces gens-là fissent feu, ils se massacreraient les uns les autres, dit le président Lemaître.

—J'ai donné ce que j'avais de mieux, répliqua Langlois en achevant de placer ses hommes à la suite des cent autres.

Soudain on entendit un piétinement de chevaux du côté de la rue Saint-Honoré, et le duc de Feria débouchât sur la place, suivi de ses gardes et de plusieurs des seize, qui ne le quittaient pas depuis l'annonce d'une attaque.

Brissac arriva, lui par la Croix-du-Trahoir. Il était à cheval aussi et armé comme pour la bataille. Son premier regard fut pour Langlois, qu'il aperçut devant ses douze hommes.

L'Espagnol, à l'arrivée de Brissac, courut à lui, et d'une voix émue:

—Que viens-je de voir, dit-il, on démolit les remparts de terre qui formaient la porte Neuve, et les ouvriers prétendent que c'est par vos ordres?

—Oui, monsieur, répliqua Brissac. J'en ai averti ce matin le capitaine Castil. Je veux des pierres à la place de cette terre, et vous avez dû voir arriver déjà le ciment et la chaux que MM. les échevins y ont expédiés.

—Je trouverais cette mesure excellente, dit tout bas le duc de Feria à
Brissac, si elle ne venait pas précisément aujourd'hui.

—En quoi aujourd'hui ne vaut-il pas hier ou demain?

—C'est qu'aujourd'hui, à ce que l'on m'annonce, le roi de Navarre doit faire une entreprise contre Paris.

En parlant ainsi, l'Espagnol regardait Brissac jusqu'au fond de l'âme.

Monsieur, lui dit le comte, vous avez une habitude des plus désobligeantes; vous dévisagez les gens avec vos yeux comme un chat ferait avec ses griffes. En France ce n'est pas l'usage; j'excuse votre qualité d'étranger.

—Oh! ne l'excusez pas si vous voulez, dit insolemment le duc.

—Bien, monsieur le duc, nous nous en expliquerons quand j'aurai fini mon service; et je ne serai pas fâché de voir si votre épée entre aussi avant que vos regards, mais ne nous fâchons point pour le présent.

—Monsieur, on commencera par interrompre le travail de l'enlèvement des terres.

—Monsieur, on n'interrompra rien du tout.

—J'ai Paris à garder, monsieur, et j'en réponds.

—J'en réponds bien plus que de vous, répliqua Brissac, puisque j'en suis le gouverneur.

—Et quand je devrais employer la force pour chasser les travailleurs….

—N'y essayez pas, dit Brissac froidement, car je vous avertis que si l'on touche à un seul de mes piocheurs je fais sonner le tocsin et jeter tous vos Espagnols dans la rivière.

—Monsieur!… s'écria le duc blanc de colère.

—Tenez-vous pour averti; et ne vous avisez jamais de me menacer, car si je ne servais la même cause que vous, si je ne redoutais plus que vous l'approche du Béarnais, contre lequel j'ai besoin de votre garnison, il y a déjà longtemps que vous seriez tous enterrés dans les plus vilains endroits de ma ville.

Le duc, grinçant des dents:

—Nous verrons plus tard, dit-il.

—Bah! nous sommes d'excellents amis, et plus tard nous oublierons tout cela. Voyons, pensons au service de nuit, et ne donnons pas à nos hommes qui nous observent, le spectacle d'une querelle entre les chefs. Nous sommes ici à la porte Neuve. Que mettons-nous ce soir pour garder la porte Neuve?

Le duc essuya son front mouillé de sueur.

—Je verrai, murmura-t-il.

—Mettez-y beaucoup de monde, puisque vous avez de l'inquiétude à cause de cet enlèvement des terres.

—J'y mettrai beaucoup d'Espagnols, monsieur le gouverneur.

—Soit. Mais dépêchons-nous. Il y a seize portes à Paris, et si nous allons de ce train, la clôture de nuit ne se fera pas avant le jour.

—Je vais me consulter avec mes capitaines.

—Fort bien. Et moi avec mes bourgeois.

Le duc appela don José et ses officiers; Brissac alla trouver Langlois et les deux magistrats.

—Tout notre monde est-il entré? dit-il.

—Oui, monsieur.

—Sans soupçons nulle part?

—Aucuns.

—À quelle heure le roi viendra-t-il avec ses troupes?

—Vers trois heures et demie du matin.

—Pas avant?

—Il ne part de Saint-Denis qu'à deux heures.

—Il suffit.

Brissac se retourna au bruit d'un commandement militaire. Le duc de Feria venait de désigner le détachement chargé de garder la porte Neuve.

—Soixante hommes, compta Brissac.

—Commandés par don José, dit Langlois.

—Hors les rangs, soixante hommes! s'écria Brissac à ses bourgeois.

Le duc de Feria s'approcha vivement.

—Monsieur, dit-il, c'est trop.

—Vous avez mis soixante des vôtres, monsieur le duc.

—Mais je vous prie de me laisser la supériorité du nombre. Cette porte aura un grand service à faire.

—Raison de plus pour que j'y envoie autant d'hommes que vous.

—Tenez, monsieur, dit l'Espagnol, cédez-moi sur ce point.

—À cause de votre défiance éternelle, monsieur le duc. Eh bien! soit, je n'enverrai que quarante hommes.

—C'est encore trop; il n'en entre que soixante-douze dans le poste de la porte Neuve.

—Eh! monsieur de Brissac, dit Langlois présent à ce colloque, prouvons à M. le duc toute notre sincérité: n'envoyons que douze hommes, puisqu'il le désire.

—Je choisis les derniers venus, s'écria don José en désignant avec un rire moqueur la troupe amenée par l'échevin.

—Va pour les derniers venus, dit Langlois en poussant le coude à Brissac au moment du défilé de ces douze hommes.

En effet, l'officier au gros ventre souleva sa visière en passant devant Brissac, et le comte, à l'aspect de ce visage, ne put retenir un tressaillement de surprise.

—Peste! dit-il à don José qui épluchait au passage chaque tournure et chaque accoutrement de ces douze bourgeois, vous avez eu la main heureuse, mou cher capitaine.

—N'est-ce pas, répliqua Castil, qu'il n'y en a pas de pareils dans tout
Paris?

—Ni ailleurs, dit Brissac.

Les douze hommes, suivis du capitaine espagnol, entrèrent dans le poste de la porte Neuve, dont les grilles se fermèrent sur eux.

Langlois et les deux magistrats échangèrent avec Brissac un coup d'oeil furtif qui voulait dire aussi que don José avait eu la main bien heureuse.

À peine cette opération était-elle achevée que la duchesse de Montpensier apparut sur la place; elle faisait piaffer un cheval ardent, et traînait après elle une armée de serviteurs et d'officiers de toute espèce.

—Eh bien! dit-elle à Brissac, partage-t-on la garde comme je l'avais ordonné?

—C'est fait pour la porte Neuve, répliqua le comte, et nous allons passer aux autres.

—Vous savez qu'on parle d'une alerte pour cette nuit?

—On dit tous les jours la même chose.

—Comment sommes-nous avec le duc?

—Au mieux.

—À propos, comte, si j'avais quelque message à vous transmettre, je vous enverrais mes aides de camp. En voici un nouveau; regardez-le bien pour le reconnaître.

—Qui est monsieur?

M. de la Ramée, un gentilhomme qui vient de perdre son père, et m'est arrivé tantôt avec un zèle et une foi admirables pour la Ligue.

—Très-bien, dit Brissac.

—Il était aussi recommandé aux Entragues, mais il paraît que les Entragues sont devenus plus royalistes que le roi. M. de la Ramée a donc préféré venir me trouver à Paris, au centre de l'action. C'est d'un bon augure.

—Nous donnerons de l'ouvrage à monsieur, répliqua Brissac, dont le coup d'oeil observateur avait toisé le nouveau venu des pieds à la tête.

—Surveillez bien l'Espagnol, dit tout bas la duchesse au comte; j'ai ouï dire qu'il voulait vous jouer un tour.

—Merci, répliqua Brissac.

La duchesse caracolant disparut dans la rue Saint-Honoré, au milieu d'un tourbillon de canailles qui criaient à s'étrangler: Vive Guise!

—Elle s'enivre avec ce gros vin! murmura Brissac en dirigeant son cheval du côté de la porte Saint-Denis.

Mais il fut rejoint par le duc de Feria, qui guettait tous ses mouvements et lui barra le passage.

—Qu'y a-t-il encore? demanda Brissac.

—Deux mots, comte. Est-il bien nécessaire que nous nous promenions tous deux dans Paris, lorsque le danger est à la fois dedans et dehors?

—Non, dit Brissac, il y a de la besogne pour de bons chevaux.

—D'autant plus, ajouta l'Espagnol, qu'il court un bruit très-grave.

—Bah! lequel?

—On assure qu'on a vu force cavalerie ennemie du côté de Saint-Ouen et de
Montrouge.

—Voilà des chimères!

—L'homme que voici, dit froidement le duc en désignant un soldat wallon, a vu cette cavalerie.

Le soldat affirma.

—C'est différent, répliqua Brissac, et la chose mériterait examen.

—Voilà pourquoi je vous ai consulté, monsieur le comte. La chose mérite examen, et il faudrait l'examiner.

—Vous avez raison, monsieur le duc.

—Eh bien! dit vivement l'Espagnol, est-ce que vous auriez de la répugnance à pousser une reconnaissance autour des remparts extérieurement?

—Moi? répliqua Brissac un peu troublé, car il voyait clairement le piège de cette proposition. Je n'ai jamais de répugnance à faire ce qu'il faut pour le service.

—Eh bien! monsieur, soyez donc assez bon pour faire cette ronde.

—Très-volontiers.

—Je ne vous dissimulerai pas ce qu'on dit.

—On dit encore quelque chose?

—On assure que nous sommes trahis.

—C'est moi-même qui vous en ai averti tantôt, monsieur le duc.

—Et si réellement il y a de la cavalerie ennemie dans la campagne, c'est que la trahison existe, n'est-il pas vrai?

—Assurément.

Le duc écouta attentivement cette réponse, et parut la faire écouter aux hommes qui l'environnaient.

—Il n'y a pas de temps à perdre, continua-t-il, et puisque vous avez l'obligeance de faire cette ronde en personne, il est l'heure de partir, je crois.

—Partons, dit Brissac, dont le coeur battait. Mais je ne la ferai pas tout seul, je suppose, et il faut que j'aille chercher une escorte.

—Voici huit hommes sûrs que je vous donne, monsieur le gouverneur.

—Huit Espagnols!

—Castillans, tous gentilshommes, tous d'une bravoure et d'une fidélité dont je réponds; tous gens qui ont la trahison en horreur.

Brissac examina ces huit physionomies assombries par le soupçon, ces huit regards tout brillants du feu d'une résolution inébranlable.

—Diable! murmura-t-il, mais le vin est tiré, il faut le boire.

On était arrivé à la porte Saint-Denis, les huit hommes attendaient leur nouveau chef pour sortir derrière lui. La nuit était noire et pluvieuse. Un mauvais falot du corps de garde éclairait seul les figures d'un reflet rougeâtre.

—Eh bien! adieu, dit Brissac au duc; faut-il que je vous dise au revoir?

Le duc conduisit la troupe hors des murs, et là s'étant arrêté dans l'obscurité, le silence et la solitude:

—Au revoir, dit-il, si vous ne rencontrez pas en chemin la cavalerie du roi de Navarre; autrement, adieu.

—Ah! ah! fit Brissac, je comprends, c'est-à-dire que si je la rencontre….

—Ces huit gentilshommes vous tueront, répliqua froidement le duc en revenant vers la ville.

Brissac, après trois secondes do réflexion, haussa les épaules et poussa résolûment son cheval dans la campagne. La troupe sinistre l'escorta sans prononcer une parole.

La cloche de Notre-Dame sonna lugubrement douze coups que le vent portait dans la plaine sur ses ailes humides.

—C'est égal, pensa Brissac, si l'armée du roi n'est pas disciplinée comme une phalange macédonienne, ou si l'horloge de Sa Majesté avance sur celle de Notre-Dame, mon bâton de maréchal de France est bien aventuré.