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La Feuillade (rue de): La Feuillade, de la maison d'Aubusson, gouverneur du Dauphiné, et colonel du régiment des Gardes-Françaises, qui a érigé la statue de Louis XIV à la place des Victoires, a fait sa fortune par mille quolibets qu'il disait au roi.[49] «Il y a des gens qui gagnent à être extraordinaires: ils voguent, ils cinglent dans une mer où les autres échouent et se brisent, dit La Bruyère; ils parviennent en blessant toutes les règles de parvenir; ils tirent de leur irrégularité et de leur folie tous les fruits d'une sagesse la plus consommée; .... ils s'attirent à force d'être plaisants des emplois graves, et s'élèvent par un continuel enjouement jusqu'au sérieux des dignités;... ce qui reste d'eux sur la terre, c'est l'exemple de leur fortune, fatal à ceux qui voudraient le suivre.»
Laffite (rue): On sait la part considérable que ce célèbre banquier prit à la révolution de 1830 et dont pour sa fortune il n'eut pas à se féliciter. Il est mort en 1844.
Lancry (rue de): Ouverte en 1776 sur un terrain appartenant aux sieurs Lancry et Lollot.
Lard (rue au): Ainsi nommée parce qu'on y vendait force lard et charcuterie.
La Reynie (rue): La Reynie (Gabriel-Nicolas) fut le premier lieutenant (préfet de police) de Paris et il rendit dans ce poste de grands services dont Louis XIV le récompensa par le titre de conseiller d'État. Il mourut en 1709.
La Rochefoucauld (rue de): On ne peut refuser à l'auteur des Maximes le mérite d'un style net, incisif et qui met fortement en relief une pensée rarement banale; mais le moraliste chez lui ne vaut pas l'écrivain, car il exagère en calomniant la nature humaine qu'il semble avoir pris à tâche de nous montrer par ses côtés les plus défectueux. De la médaille il ne veut voir et découvrir que le revers. À Dieu ne plaise que l'égoïsme, que l'amour-propre soient les mobiles uniques de nos actions même les meilleures en apparence! Il est (et non par exception) d'humbles vertus, d'héroïques dévouements, de sublimes sacrifices d'autant plus admirables que le motif qui les inspire vient de plus haut, entièrement généreux et désintéressé.
Las Cases (rue de): Ouverte en 1828, elle a pris en 1830 le nom de Las Cases, auteur du Mémorial de Sainte-Hélène. Las Cases est mort en 1842.
Lavoisier (rue): Lavoisier (Antoine-Laurent), célèbre chimiste qui, à l'âge de 23 ans (il était né en 1743), avait remporté le prix proposé par l'Académie des Sciences pour le meilleur mode d'éclairage de la ville de Paris. Il fut l'une des victimes de la Terreur. (8 mai 1794).
Lazare (prison de Saint): Ce monument remonte à la plus haute antiquité puisqu'il est mentionné dans un titre de l'année 1110; c'était alors une maladrerie. Plusieurs siècles après, en 1632, cette maison devint la propriété des Prêtres de la Mission, institués par Saint-Vincent de Paul, qui s'y installèrent en l'agrandissant par de nouvelles constructions; ils l'habitèrent jusqu'au mois de juillet 1789 où l'émeute les en chassa. En 1793, l'établissement devint une prison trop célèbre sous la Révolution. André Chénier, qui la quitta pour marcher à l'échafaud en compagnie de Roucher, l'auteur des Mois (7 thermidor 1794), y composa ses magnifiques iambes:
Quand au mouton bêlant la sombre bergerie
Ouvre ses cavernes de mort,
Et le reste.
Légion-d'Honneur (palais de la): Construit en 1786 par le prince de Salm, cet édifice, devenu propriété nationale, fut affecté par Napoléon 1er à la demeure du grand chancelier de la Légion-d'Honneur et au service des bureaux.
Le Graverend (rue): Jurisconsulte éminent, le Graverend, né à Rennes en 1776, y mourut le 5 novembre 1827.
Cardinal Lemoine (rue du): Jean Lemoine, cardinal, fonda, en 1302, un collége longtemps célèbre à l'intention des pauvres maîtres et écoliers de la rue du Chardonnet, ainsi qu'il les appelait. Cet établissement fut, comme tant d'autres, supprimé par la Révolution et devint propriété nationale.
Lions St-Paul (rue des): Cette rue prit son nom du bâtiment et des cours où étaient renfermés les grands et les petits lions du roi. «Un jour que François Ier s'amusait à regarder un combat de ses lions, une dame, ayant laissé tomber son gant, dit à de Lorges: «Si vous voulez que je croie que vous m'aimez autant que vous me le jurez tous les jours, allez ramasser mon gant.» De Lorges descend, ramasse le gant au milieu de ces terribles animaux, remonte, le jette au nez de la dame, et depuis, malgré toutes les avances et les agaceries qu'elle lui faisait, il ne voulut jamais la voir.» (Sainte-Foix.)
Excellente leçon donnée à la coquetterie!
Licorne (rue de la): Ce nom vient d'une enseigne qu'on y voyait en 1297, et qui représentait un unicorne, comme on disait alors, et la rue s'appelait de l'Unicorne. «Cependant j'ai ouï dire que bien des gens prétendaient que ce nom ne lui avait été donné qu'à l'occasion d'une licorne qu'on y montrait autrefois pour de l'argent; pour quoi je serais de leur opinion volontiers s'ils pouvaient nous faire voir une licorne en vie; mais qu'ils ne se mettent point en peine d'en chercher, car il n'y en a jamais eu au monde, si ce n'est en peinture.» (Sauval.)
Lobau (rue): Georges Mouton, comte de Lobau, naquit le 21 février 1770 à Phalsbourg. Engagé volontaire en 1792, sa bravoure à l'armée du Rhin lui valut l'épaulette d'officier. Aide-de-camp de Joubert à Novi, il reçut dans ses bras le général frappé mortellement et qui bientôt expira. Colonel en 1800, général de brigade en 1805, Mouton mérita à la bataille d'Essling (1809) d'être nommé comte de Lobau, «pour avoir sept fois, aux termes du décret, repoussé l'ennemi et par là assuré la gloire de nos armes.»
Quelques temps après, l'Empereur voyant à la Cour arriver la comtesse Lobau, s'approcha d'elle et lui dit: «Votre mari est brave comme son épée et lui aussi méritait d'être prince d'Essling.»
Après 1830, Lobau fut fait commandant en chef des gardes nationales de France. Tout le monde se rappelle le moyen original autant qu'efficace employé par lui pour dissiper, place Vendôme, une émeute sans effusion de sang. Les pompes remplacèrent, et avec un plein succès, les canons. Les Parisiens mis en gaîté par l'expédient ne purent garder beaucoup rancune au vieux brave, mais néanmoins se vengèrent par d'interminables plaisanteries, dont le maréchal[50] riait tout le premier sous sa moustache grise. Lobau mourut en 1838 (27 novembre.)
Lombards (rue des): Elle a pris son nom de certains usuriers et créanciers si impatients que par ironie on disait autrefois à Paris la Patience des Lombards.
Louis-le-Grand (rue): Il est assez curieux de voir le jugement porté sur Louis XIV par Napoléon et les motifs pour lesquels il l'exalte ou le blâme: «Louis XIV fut un grand roi: c'est lui qui a élevé la France au premier rang des nations de l'Europe; c'est lui qui le premier a eu 400,000 hommes sur pied et 100 vaisseaux en mer; il a accru la France de la Franche-Comté, du Roussillon, de la Flandre, etc;.... Mais les 200 millions de dettes, mais Versailles, mais Marly, ce favori sans mérite, mais mademoiselle de Maintenon, Villeroi, Tallard, Marsin, etc! Eh! le soleil n'a-t-il pas ses taches? Depuis Charlemagne, quel est le souverain, roi de France, qu'on puisse comparer à Louis XIV sur toutes ses faces[51]?»
Louis-Philippe (passage): Autrefois rue de Lappe, nom d'un jardinier qui l'habitait en 1635.
Lourcine (rue de): Cette rue dépendait au XIIe siècle du fief de Lourcine (Laorcinis) appartenant à la commanderie de St-Jean de Latran. Elle porte dans certains actes le nom de rue Franchise à cause du privilége dont les artisans jouissaient sur son territoire.
Louvre (palais du): La véritable origine de ce château est ignorée et l'étymologie de son nom n'est pas mieux connue; la plus vraisemblable est celle qu'on tire du mot saxon louer qui en français signifie château. Presque tous nos historiens font honneur de sa fondation à Philippe-Auguste; mais il n'est pas difficile de prouver que ce prince n'a fait que le réparer et l'augmenter. Le Louvre, habité par nos rois, fut par eux continuellement agrandi et embelli. François Ier commença, en 1528, un nouveau bâtiment qui ne fut achevé que vingt ans après, sous le règne de Henri II. Louis XIII le fit augmenter aussi et posa la première pierre des nouvelles constructions au mois de juillet 1624. Sous Louis XIV, les augmentations furent plus considérables encore; c'est alors que s'éleva la magnifique colonnade exécutée d'après les dessins de Perrault qui de médecin devint architecte. Napoléon Ier donna une impulsion nouvelle aux travaux que la Révolution avait interrompus, et, de notre temps, nous avons vu se réaliser le projet longtemps ajourné de la réunion du Louvre aux Tuileries, projet dont le premier, dit-on, Henri IV eut la pensée.
Dans les Mémoires de Tavannes, on lit un passage singulièrement curieux pour l'époque et relatif à l'achèvement du Louvre: «... Mais à la vérité, pour faire de tels bâtiments, dit le contemporain de François Ier, il faudrait que le roi de France fût au moins seigneur de tous les Pays-Bas, en bornant son état de la rivière du Rhin, en occupant les comtés de Ferrette, de Bourgogne, Franche-Comté et Savoie qui seraient les limites devers les montagnes d'Italie, et d'autre part le comté de Roussillon et ce qui va jusqu'au proche des Pyrénées.»
La galerie des tableaux, ou Musée du Louvre, est une des plus riches de l'Europe. Toutes les grandes écoles Italienne, Flamande, Espagnole, Française y sont représentées par d'admirables chefs-d'œuvre, peinture et dessins.
Dans le Louvre se voient également le Musée des Souverains, le Musée de la Marine, la galerie Sauvageot, etc.
Lune (rue de la): Ce nom vient d'une enseigne.
Luxembourg (palais et jardin du):
J'aime du Luxembourg la pose solennelle:
Aux quatre points du ciel il élargit une aile;
Sous une Médicis, le ciseau florentin
Voulut donner ce Louvre au vieux quartier latin;
Le temps, qui ronge tout de ses dents incisives
N'a pas encor mordu sur ces pierres massives;
Vierge d'impur ciment, fort de son unité,
Ce compacte château vit pour l'éternité.
Il étale au dehors de ses murs granitiques
La colonne toscane aux bracelets antiques,
Et semble dédaigner dans son style grossier
Ces frêles ornements que cartonne Percier,
Ces colonnes d'un jour qui, pour être immortelles,
Coiffent leurs chapiteaux de bonnets de dentelles,
Ces feuillets de sculpture où, par quatrains égaux
L'architecte galant écrit ses madrigaux.
J'aime surtout ses bois, terrestres élysées;
Ses pelouses de fleurs par des talus brisées;
La mousse en relief sur les murs décrépits;
L'allée où le gramen déroule ses tapis;
Ses autels où la fable a sculpté ses idoles;
Les cygnes du bassin, gracieuses gondoles;
Et les lacs de gazon qu'un balustre épineux
Borde, en faisant courir ses losanges de nœuds.
Là, toujours indocile au goût systématique,
Quelque plan imprévu rompt les lignes d'optique;
Là, rien n'attriste l'œil, car un heureux dédain
Au compas de Lenôtre enleva ce jardin.
Ces vers du poète de la Némésis, écrits en 1831, et si remarquables au point de vue historique et descriptif, étaient plus vrais alors qu'aujourd'hui, surtout en ce qui concerne le jardin si malheureusement mutilé et diminué en dépit des réclamations les plus instantes. La suppression de la Pépinière en particulier, en vue de mesquins calculs financiers, a été un acte véritable de vandalisme qui ôte beaucoup au jardin de son caractère pittoresque. Espérons maintenant que les terrains, distraits par un plan malencontreux du Luxembourg, lui seront rendus, plantés à nouveau d'arbres et d'arbustes pour l'agrément des promeneurs et de la nombreuse population enfantine du quartier à laquelle c'est un devoir comme un bonheur de penser.
[ [49] La Feuillade d'ailleurs, brave jusqu'à la témérité, avait des talents militaires.
[ [50] Il avait été nommé en 1831.
[ [51] Gourgaud et Montholon: Mémoires dictés à Sainte-Hélène, T. VII.