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Macdonald (rue): Macdonald (Étienne), duc de Tarente, né en 1765, mort en 1840. «Il était de ceux dont les dehors heureux sont, d'une âme pure et généreuse, la digne et fidèle image. Rien en lui ne dissimulait. Son âme ressortait dans tous les traits de sa noble figure.» Ainsi s'exprime M. de Ségur qui n'est point démenti par les faits. Deux épisodes seulement:
À Wagram, avec deux divisions, Macdonald enfonce le centre de l'armée autrichienne couvert par plus de 200 pièces de canon.
«C'est à présent entre nous à la vie, à la mort!» lui dit, en le nommant maréchal de France sur le champ de bataille, l'Empereur qui avait conçu contre le brave général des préventions mal fondées.
Après cette même bataille, Macdonald fut laissé à Gratz avec un corps d'armée. L'ordre et la discipline qu'il maintint parmi ses troupes furent tels que le pays s'aperçut à peine de leur présence. Aussi, les États reconnaissants vinrent offrir au maréchal, lors de son départ, un présent de 200,000 florins. Il les refusa ainsi qu'un magnifique écrin, en disant:
«Si vous croyez me devoir quelque chose, je vous laisse un moyen de vous acquitter par les soins que vous prendrez des 300 malades laissés par nous dans votre ville.»
Lamartine n'est que juste quand il dit dans le Chant du Sacre:
Macdonald, des héros le juge et le modèle,
Sous un nom étranger il porte un cœur fidèle;
Dans nos sanglants revers moderne Xénophon,
La France et l'avenir ont adopté son nom,
Et son bras, dans les champs d'Arcole et d'Ibérie,
En sauvant les Français a conquis sa patrie.
Madame (rue de): Ouverte en 1790 sur un terrain appartenant à S. A. R. Monsieur (depuis Louis XVIII) qui lui donna ce nom en l'honneur de la princesse de Sardaigne, Marie Louise Joséphine, sa femme.
Madeleine, (église de la): Louis XV posa la première pierre de cette église le 3 avril 1764. L'architecte, chargé de la construction, était Coutant d'Ivry auquel succéda, après sa mort arrivée en 1777, Couture qui modifia heureusement le plan un peu mesquin de son prédécesseur. Mais le monument sortait de terre à peine lorsque éclata la révolution qui fit suspendre les travaux. Ils ne furent repris qu'en 1806 par suite d'un décret de Napoléon, daté de Posen. Mais l'église devenait d'après le décret: «un monument dédié à la Grande Armée, portant sur le fronton: L'Empereur Napoléon aux soldats de la Grande Armée.» Ce Temple de la Gloire, comme on l'appelait, et dont Claude Vignon avait tracé le plan, était plus d'à moitié construit, quand les évènements de 1814 et 1815, arrivèrent. Par suite d'une ordonnance royale du 14 février 1816, l'édifice fut rendu à sa destination primitive et redevint l'église de la Madeleine. Claude Vignon néanmoins conserva la direction des travaux jusqu'à sa mort, arrivée en 1828. Il eut pour successeur M. Huré qui put enfin terminer l'édifice consacré au culte le 4 mai 1842.
«L'extérieur de ce monument, dit M. L. Lazare, a toute la noblesse des temples antiques.» Éloge mérité sans doute mais qui pour une église équivaut presque à une critique d'autant plus que l'édifice assez magnifique au dehors «entouré qu'il est de colonnes d'ordres corinthiens, surmontées de chapiteaux d'une richesse remarquable» laisse beaucoup à désirer pour l'intérieur, qu'il s'agisse de la prédication ou des cérémonies du culte. Faute de bas-côtés la circulation est difficile, et il n'y a point à proprement parler de chapelles particulières.
Malebranche (rue): Né à Paris en 1638, mort en 1715, cet illustre métaphysicien fut aussi un éminent écrivain. La nature de nos travaux ne nous a pas permis d'étudier assez longuement les questions philosophiques et les œuvres de Malebranche en particulier pour oser formuler une opinion sur celui-ci. Aussi nous en référons-nous à ce qu'en a dit un Aristarque plus expérimenté à qui nous laissons, d'ailleurs, toute la responsabilité de son jugement, ce semble, un peu sévère:
«Malebranche a fait une méthode pour ne pas se tromper et il se trompe sans cesse. On peut dire de lui, en parlant son langage, que son entendement avait blessé son imagination.... Ce Malebranche est bien hardi à se moquer des hardiesses. Les siennes ont plus d'excès que toutes celles qu'il reprend. Il y a pourtant en lui des choses admirables; mais ce n'est pas ce qu'on a cité... Son indépendance des opinions de Descartes est toute cartésienne. Il est rebelle par fidélité.
«Malebranche me semble avoir mieux connu le cerveau que l'esprit humain.» (Joubert).
Mail (rue du): Ce nom vient d'un grand mail ou jeu de paume, qui se trouvait dans cette rue et disparut en 1633, lorsque la ville commença à s'étendre de ce côté.
Malaquais, (quai): Le bord de la Seine en cet endroit, s'appelait anciennement port Malaquest.
Voici une jolie anecdote racontée dans les mémoires du temps. Après la paix de Vervins, Henri IV, au retour d'une chasse, vêtu fort simplement, et accompagné de trois ou quatre gentilshommes, vint passer la rivière au port de Malaquest, vis-à-vis la grande galerie du Louvre. Assuré que le batelier ne le connaissait pas, il prit plaisir à le questionner et lui demanda en particulier ce que l'on pensait de la paix. L'autre lui répondit:
«Pour moi je ne sais pas de quelle paix vous parlez; mais on a plus de mal que devant et nous payons plus d'impôts que pendant la guerre. Tenez, il n'y a pas jusqu'à ce méchant bachot qui ne paie impôt et pourtant j'ai assez de peine à vivre sans cela.
—Et que dit le roi là dessus? reprit Henri IV, ne parle-t-il point d'y donner ordre?
—Le roi est assez bon homme, et je crois, entre nous, que cela ne vient pas de lui; mais par malheur il a pour amie une certaine dame, comtesse ou duchesse, qui nous ruine tous; car, sous ombre de belles robes et affiquets qu'elle se fait donner tous les jours, le pauvre peuple pâtit; vu que c'est lui qui paie tout, et pour sûr, ce n'est pas un bon emploi de l'argent qui coûte si cher.
—Vous trouvez, mon brave homme? et de vrai, vous n'avez pas trop tort, dit le roi en riant et sautant du bateau qui venait d'aborder. Mais il avait oublié (avec intention sans doute) de payer le pauvre batelier désappointé qui se mit à crier, donnant les passagers à tous les diables.
—Retirons-nous, Messieurs, dit le prince à ses compagnons, et riant plus fort, nous avons cette fois notre charge.
Le lendemain, il fait venir au Louvre l'honnête batelier et lui commande de répéter, devant la duchesse de Beaufort, tout ce qu'il avait dit la veille. Notre homme, sans s'intimider, obéit et répéta sa tirade en n'omettant rien des dures épithètes et des vérités rudes pour l'oreille de la duchesse. Aussi la dame furieuse le voulait faire pendre.
—Eh! doucement, doucement, dit le roi qu'amusait fort la colère de la dame; je prends sous ma protection ce brave homme, qui y va tout de la bonne foi et ne répète que ce qu'il a ouï dire; c'est à nous d'en profiter. Non-seulement il ne lui sera rien fait, mais je veux qu'à l'avenir il ne paie plus d'impôt pour son bateau, car c'est de là qu'est venu tout le tapage.
—Vive le roi, notre bon roi! s'écria le batelier tout joyeux. Sire, grand merci, n'oubliez pas que mon bateau est à votre service et gratis toutes les fois qu'il vous fera plaisir de passer.
Marais-St-Germain (rue des): Ouverte en 1540 sur une partie de l'emplacement dit le Pré aux Clercs. Sa dénomination vient des terrains marécageux qui l'environnaient. Au XVIe siècle, elle était presque tout entière habitée par les protestants et pour ce motif on l'appelait petite Genève. Racine demeurait au nº 21 et il y mourut en 1699.
Marigny (avenue de): Doit son nom au marquis de Marigny, directeur général des bâtiments et jardins du roi Louis XV, grâce à Madame de Pompadour, la trop célèbre favorite, dont il était frère. Triste parenté!
Saint-Marcel ou Marceau (rue): «On rapporte au temps des empereurs Gratien et Théodore le pontificat de saint Marcel, le plus illustre et le plus connu des évêques de Paris depuis saint Denis. Il prit naissance dans Paris même, d'une famille dont il devint le principal ornement. Instruit de bonne heure dans les devoirs de la religion chrétienne, il passa sa jeunesse dans les exercices de la piété la plus exacte; humble, modeste, chaste, mortifié, et d'une maturité au dessus de son âge. Une conduite si réglée porta son évêque nommé Prudence, successeur de Paul, aussi évêque de Paris, à lui donner rang dans le clergé. Il le fit d'abord lecteur, puis sous-diacre, et ensuite prêtre. Il exerça les fonctions de ces différents ordres avec tant d'édification du clergé et du peuple, que nul ne parut plus digne que lui de remplir le siége épiscopal après la mort de l'évêque Prudence. Quelque répugnance qu'il eût à se charger d'un si grand fardeau, il soumit sa volonté à celle de Dieu qui se déclarait trop ouvertement par la voix des hommes. On sait peu de chose du reste du pontificat de saint Marcel. Son historien, Fortunat, s'est bien moins étendu sur ses actions que sur ses miracles selon le génie de son siècle[52].»
Marie (pont): A pris son nom de Christophe Marie, associé avec Poulthier et François le Regrattier, trésoriers des Cents-Suisses, qui le construisirent à leurs frais (1613 à 1635) «à condition que, pour se dédommager des dépenses excessives qu'ils étaient obligés de faire, dit Germain Brice, on leur donnerait des places dans l'île Notre-Dame et sur les bords de la rivière, qui leur appartiendraient en propre, ce qui leur fut accordé.»
Trois-Maries (place des): Ce nom vient d'une enseigne.
Marivaux (rue de): Marivaux (1688-1763) est connu surtout par son théâtre. Le dialogue a de la finesse et de la grâce, mais avec trop de recherche. Aussi la critique, en exagérant peut-être, pour qualifier la manière de l'auteur, inventa le mot: marivaudage.
Marmousets (rue des):
En la rue du Marmouset
Trouvai homme qui m'eut fait
Une muse corne bellourde[53].
«C'est de temps immémorial, dit le vieux du Breuil[54], que le bruit a couru qu'il y avait en la cité de Paris, rue des Marmousets, un pâtissier-meurtrier, lequel avait occis en sa maison un homme, aidé à ce par un sien voisin barbier, feignant raser la barbe, de la chair d'icelui faisait des pâtés qui se trouvaient meilleurs que les autres d'autant que la chair de l'homme est plus délicate, à cause de la nourriture, que celle des autres animaux. Et que cela ayant été découvert, la Cour du Parlement ordonna qu'outre la punition du pâtissier, sa maison serait rasée, et outre ce, une pyramide ou colonne, érigée au dit lieu, en mémoire ignominieuse de ce détestable fait, de laquelle reste encore part et portion en la dite rue des Marmousets.»
Une maison, dite des Marmousets, existait dans cette rue en 1206 et lui donna son nom. Était-ce la maison dont «la démolition avait été faite pour grand crime commis en ïcelle» ainsi qu'il est déclaré, sans autrement spécifier, dans les lettres patentes octroyées par François Ier à Pierre Belut, conseiller au Parlement, pour rebâtir la place étant demeurée vague pendant plus de cent ans.»
Bien qu'on ne trouve nulle part ni procédure ni arrêts relatifs à ce crime horrible, il ne s'ensuivrait point forcément qu'il ne fût pas commis et que des écrivains soient fondés à le déclarer purement légendaire, un conte à la façon de ceux de Barbe-Bleue ou Croquemitaine. «On sait que, dans les crimes atroces et extraordinaires, il a toujours été d'usage, et même dans les derniers temps de la monarchie, dit Saint-Victor, de jeter au feu les informations et la procédure pour ne pas la rendre croyable.»
Quoique ce système soit condamné par la pratique actuelle, on se demande si la manière de nos pères n'était point préférable, et si le silence, en certains cas, n'avait pas moins d'inconvénient que cette publicité bruyante, excitant fatal pour les imaginations malades et cause peut-être de nouveaux crimes.
À propos de cette même rue, voici une anecdote assez curieuse que nous aurions regret d'oublier. Bien que sous Philippe-Auguste on eût pavé la plupart des grandes voies de Paris, ce bienfait ne s'étendit point immédiatement à tout le reste de la ville, et même par le malheur des temps, sous les successeurs du vainqueur de Bouvines, après saint Louis surtout, soit l'entretien, soit l'exécution des travaux, fut souvent négligé. Il n'y eut enfin pour la voirie de police régulière que sous le règne de Louis XIV. «Or, dit à ce sujet, un contemporain, le commissaire Delamarre, ceux d'entre nous qui ont vu le commencement du règne de Sa Majesté, se souviennent encore que les rues de Paris étaient si remplies de fange que la nécessité avait introduit l'usage de ne sortir qu'en bottes; et quant à l'infection que cela causait dans l'air, le sieur Courtois, médecin, qui demeurait alors rue des Marmousets, a fait cette petite expérience par laquelle on jugera du reste. Il avait, dans sa salle sur la rue, de gros chenets à pomme de cuivre et il a dit plusieurs fois aux magistrats et à ses amis que, tous les matins, il les trouvait couverts d'une teinture épaisse de vert de gris, qu'il faisait nettoyer pour faire l'expérience du jour suivant; et que, depuis l'an 1663, que la police du nettoiement des rues a été rétablie, ces taches n'avaient pas reparu.»
Depuis cette époque pareillement «on n'a plus vu à Paris de contagions et beaucoup moins de ces maladies populaires dont la ville était si souvent effrayée dans les temps que le nettoiement des rues était négligé.»
Une anecdote encore: Louis, fils du roi Philippe Ier, avait fait abattre, de son autorité, partie d'une maison de cette rue des Marmousets près de la porte du cloître qui appartenait au chanoine Duranci: elle saillait trop à son gré et rendait peut-être le passage incommode. Le chapitre de Notre-Dame réclama en invoquant ses priviléges et immunités. Louis reconnut son tort, promit de ne plus rien attenter de semblable et consentit à payer l'amende qui fut fixée d'un commun accord.
Ainsi le souverain, dans ce temps qu'on nous représente parfois sous d'aussi étranges couleurs, donnait le premier l'exemple en témoignant de son respect pour le droit.
Marsollier (rue): Compositeur de musique, né à Paris en 1750, Marsollier est mort à Versailles, le 22 avril 1817.
Martignac (rue de): Jean-Baptiste-Sylvère Gaye, vicomte de Martignac, né à Bordeaux (20 juin 1770), est mort à Paris, le 3 avril 1832. On voit au père La Chaise la tombe de cet homme d'État, l'un des ministres de la Restauration. Orateur éloquent, par la noblesse de son caractère et ses qualités privées, il avait su se concilier de nombreuses sympathies.
Saint-Martin (porte): Elle fut élevée en 1674, d'après les dessins de Pierre Bullet, élève de Blondel, et en l'honneur de Louis XIV victorieux, comme la porte Saint-Denis.
Saint-Martin (rue):
Et en la rue St-Martin
Là ouïs chanter en latin
De Notre-Dame moult de chants.
La rue St-Martin a pris son nom de la grande abbaye à laquelle elle conduisait et du Saint qui est une des grandes gloires de l'église de France.
Martyrs (rue des): Elle doit son nom à une chapelle érigée à l'endroit où l'on croit que saint Denis et ses compagnons furent décapités.
Masséna (rue): Masséna, prince d'Essling, et maréchal de France, s'illustra pendant les guerres de la République et de l'Empire. On sait que le constant bonheur, qui l'accompagna sur tant de champs de bataille, lui avait fait donner par ses soldats le surnom envié de: l'Enfant chéri de la Victoire.
Massillon (rue): Ce prédicateur célèbre, né à Hyères en Provence (1663), mourut à Paris en 1742. Son Petit Carême est dans toutes les mains. On lui reproche d'être plus enclin à la sévérité qu'à l'indulgence malgré les fleurs dont il émaille volontiers son style. On cite de lui ce mot fameux, début de l'Oraison funèbre de Louis XIV: Dieu seul est grand, mes frères. Mais il s'élève à une bien autre éloquence dans cette page sublime à l'adresse des conquérants, exhumée récemment avec tant de bonheur et d'à-propos par M. de Beauchesne[55] et que Bossuet aurait signée des deux mains. Il faut ici se taire et admirer:
«Sire, si le poison de l'ambition gagne et infecte le cœur du prince; si le souverain, oubliant qu'il est le protecteur de la tranquillité publique, préfère sa propre gloire à l'amour et au salut de ses peuples; s'il aime mieux conquérir des provinces que régner sur les cœurs; s'il lui paraît plus glorieux d'être le destructeur de ses voisins que le père de son peuple; si le deuil et la désolation de ses sujets est le seul chant de joie qui accompagne ses victoires; s'il fait servir à lui seul une puissance qui ne lui est donnée que pour rendre heureux ceux qu'il gouverne; en un mot, s'il n'est roi que pour le malheur des hommes, et que, comme le roi de Babylone, il ne veuille élever la statue impie, l'idole de sa grandeur, que sur les larmes et les débris des peuples et des nations, grand Dieu! quel fléau pour la terre! quel présent faites-vous aux hommes dans votre colère, en leur donnant un tel maître! Sa gloire, Sire, sera toujours souillée de sang. Quelque insensé chantera peut-être ses victoires; mais les provinces, les villes, les campagnes en pleureront. On lui dressera des monuments superbes pour immortaliser ses conquêtes; mais les cendres encore fumantes de tant de villes autrefois florissantes; mais la désolation de tant de campagnes dépouillées de leur beauté; mais les ruines de tant de murs sous lesquels les citoyens paisibles ont été ensevelis; mais tant de calamités qui subsisteront après lui, seront des monuments lugubres qui immortaliseront sa folie et sa vanité. Il aura passé comme un torrent pour ravager, et non comme un fleuve majestueux pour y porter la joie et l'abondance; son nom sera écrit dans les annales de la postérité parmi les conquérants; mais il ne le sera pas parmi les bons rois; on ne se rappellera l'histoire de son règne que pour rappeler le souvenir des maux qu'il a faits aux hommes... Et tout cet amas de gloire ne sera plus à la fin qu'un monceau de boue, qui ne laissera après elle que l'infection et l'opprobre[56]».
Mathurins (rue des): Son nom lui vient d'une chapelle dédiée à St-Mathurin. Les religieux de la Trinité, dont les fondateurs furent Jean de Matha et Félix de Valois, et qui se dévouaient au rachat et à la rédemption des captifs, étant venus s'établir dans l'aumônerie dont la chapelle dépendait, ajoutèrent à leur nom celui de Mathurins. Rutebœuf, si malveillant dans son poème des Ordres de Paris, épargne cependant ces moines humbles autant que dévoués:
Ci gît le léal Mathurin,
Sans reproche bon serviteur,
Qui céans garda pain et vin,
Et fut des portes gouverneur.
Paniers ou hottes, par honneur,
Au marché volontiers portoit;
Fort diligent et bon sonneur;
Dieu pardon à l'âme lui soit.
Matignon (rue): Doit son nom à Jacques de Matignon, maréchal de France, qui l'habitait. «Mais je prévois, dit Sauval, qu'elle s'appellera bientôt la rue Maquignon, parce que le peuple commence déjà à prendre ce nom là pour l'autre comme lui étant plus connu, ce qui lui est ordinaire.»
Maubert (place): Altération du mot Aubert. C'était le nom du second abbé de Ste-Geneviève qui, au XIIe siècle, avait permis de construire des étaux de boucherie sur ce terrain compris dans la censive de l'abbaye.
Maubuée (rue): Existait dès le XIIIe siècle. La dénomination n'est pas à son honneur, car Maubué en vieux langage signifie mal propre.
Mauconseil (rue): Ce nom lui vient, d'après Cenalis, du mauvais conseil qu'on tint, en 1407, dans l'hôtel de Bourgogne, qui s'y trouvait, conseil où fut résolu l'assassinat du duc d'Orléans. D'autres auteurs pensent que ce nom vient plutôt de quelque seigneur de Mauconseil qui aurait demeuré dans cette rue. Mauconseil était un château en Picardie dont il est fort parlé dans les Chroniques de Froissart.
Dans Le Dit des Rues de Paris se lisent ces vers:
.... Et puis en la rue Mauconseil,
Une dame vis sur un seil (seuil),
Qui moult se portait noblement.
Je la saluai simplement,
Et elle, moi, par saint Louis.
Maures (rue des Trois): Il existait dans cette rue, au XVIe siècle, une auberge très achalandée et qui avait pour enseigne aux Trois Maures.
Mazarine (rue): Doit son nom à l'ancien collége Mazarin aujourd'hui palais de l'Institut dont les dépendances bordent une partie de cette voie. On sait le rôle considérable qu'a joué dans notre histoire le célèbre cardinal, successeur au ministère de Richelieu.
Mazagran (rue): Elle doit son nom à l'un des épisodes les plus glorieux de nos guerres d'Afrique: «123 braves de la 10e compagnie du 1er bataillon d'infanterie légère d'Afrique, à peine couverts par une faible muraille en pierres sèches ébréchée par le canon ont repoussé pendant quatre jours les assauts de plusieurs milliers d'Arabes... Le capitaine Lelièvre, commandant cette garnison, a été promu chef de bataillon... La 10e compagnie est autorisée à conserver dans ses rangs le drapeau criblé de balles qui flottait sur le réduit de Mazagran dans les journées des 3, 4, 5 et 6 février 1840, et à chaque anniversaire de cette dernière journée, le présent Ordre du jour sera lu devant le front du bataillon.»
Mazas (rue, boulevart, place): Ce nom fut donné au boulevart, en souvenir du colonel Mazas, qui commandait le 41e de ligne et fut tué à Austerlitz.
Méchain: Astronome célèbre, né à Laon en 1744, mort en 1805.
Médecine (École de): Construite sur l'emplacement de l'ancien collége de Bourgogne et de «quatre maisons y contiguës» d'après un arrêt du conseil du 7 décembre 1768. L'exécution du monument, confiée à l'architecte Gondouin, marcha rapidement et la nouvelle École s'ouvrit aux élèves et professeurs. Le grand amphitéâtre peut contenir au moins 1,200 auditeurs. Dans la cour on voit la statue de Bichat, mort si jeune, au commencement du siècle, et cependant déjà illustre.
Mégisserie (quai de la): Doit son nom aux mégissiers qui s'y étaient établis anciennement et l'habitèrent jusqu'en 1673, où l'on parvint à les reléguer dans un quartier moins central. C'est sur ce quai, comme sur le quai voisin dit de la Ferraille, que se tenaient, avant la Révolution, les trop fameux racoleurs. Quelques-uns d'entre eux ne se bornaient pas à pérorer sur une chaise ou sur une table. Installés en permanence, ils avaient des boutiques à la façon des baraques en toile et en bois de la foire. Au-dessus de la porte flottait un drapeau semé de fleurs de lis. Mercier, dans son livre sur Paris, affirme avoir lu sur une de ces boutiques le vers célèbre de Voltaire:
Le premier qui fut roi fut un soldat heureux!
C'était là assurément le pire mode de recrutement pour l'armée et l'on comprend que, dans notre langue, ce mot de racoleur soit marqué d'une flétrissure et se prononce comme une injure. Combien de malheureux autrefois, dupes d'impudents mensonges et conscrits par surprise, furent les victimes de cet odieux négoce, qui pouvait aller de pair avec la Traite des Nègres!
Merri ou Méderic (église saint): Il existait de toute ancienneté en cet endroit une chapelle dédiée à saint Pierre. Vers 697, Merry ou Méderic vint habiter, avec Frodulfe, son disciple, une cellule bâtie près de la chapelle, et il y mourut trois années après en odeur de sainteté. Vers 936, l'édifice fut reconstruit aux frais d'un certain Odon le fauconnier, Odo Falconarius, qui y reçut la sépulture. L'église actuelle, construite sur de plus vastes plans, et commencée sous le règne de François Ier, fut achevée seulement en 1612.
Mesnil-Montant (rue): Autrefois Mesnil-Maudan. Anciennement on appelait Mesnil une maison de campagne et l'on se servait aussi de ce mot pour désigner un village ou un hameau. Si l'on a corrompu le nom primitif de Mesnil-Maudan, en celui de montant, la position l'explique et le justifie.
Mignon (rue): A pris son nom du collége Mignon, créé en 1343, par Jean Mignon, archidiacre de Blois, et maître des comptes à Paris.
Militaire (École): Dans le préambule de l'édit du roi du mois de janvier 1751, pour la création de cette École, on lit entre autres choses: «Nous avons résolu de fonder une École militaire et d'y faire élever sous nos yeux cinq cents gentilshommes, nés sans biens, dans le choix desquels nous préfèrerons ceux qui, en perdant leurs pères à la guerre, sont devenus les enfants de l'État. Nous espérons même que le plan qui sera suivi dans l'éducation des cinq cents gentilshommes que nous adoptons servira de modèle aux pères qui sont en état de le procurer à leurs enfants; en sorte que l'ancien préjugé, qui a fait croire que la valeur seule fait l'homme de guerre, cède insensiblement au goût des études militaires que nous aurons introduit, etc., etc.»
Voilà un langage vraiment royal. La construction de l'édifice commença, dès l'année suivante, sous la direction de Gabriel, architecte du roi. L'École Militaire aujourd'hui sert de caserne à plusieurs régiments de la garnison de Paris, infanterie et cavalerie.
Miroménil (rue de): Elle a pris son nom de Armand Thomas Hue de Miroménil, nommé garde des sceaux en août 1774, deux années avant l'ouverture de la rue.
Minimes (rue des): Cette rue tire son nom de l'ancien couvent des Minimes qui s'y trouvait. Ces religieux, établis en France, en 1609, avaient pour fondateur François de Paule, le saint ermite de la Calabre. Il avait voulu que ses religieux s'appelassent Minimes, c'est-à-dire les plus petits, les plus humbles de tous.
Supprimé en 1790, l'établissement devint propriété nationale et sert aujourd'hui de caserne.
Molay (rue): Fut nommée ainsi en l'an IX, à cause de la proximité du Temple et en souvenir de Jacques Molay, dernier grand maître dont nul n'ignore la fin tragique.
Monnaies (hôtel des): La première pierre du monument fut posée, le 30 avril 1777, par l'abbé Terray au nom et comme ministre du roi Louis XV. Ce vaste établissement, tant pour ses aménagements intérieurs que pour son organisation et l'excellence de son outillage, est regardé comme le premier de son genre en Europe.
Monsieur (rue de): Ouverte en 1779 sur un terrain appartenant à Monsieur, depuis roi sous le nom de Louis XVIII.
Monsieur le Prince (rue): Ce nom lui vient du prince de Condé dont l'hôtel s'étendait par les jardins jusqu'à cette voie publique.
Monsigny (rue): Célèbre compositeur de musique, Monsigny, né en 1729, est mort en 1817.
Montaigne (rue): Montaigne (Michel de) naquit au château de Saint-Michel de Montaigne, le 29 février 1533 et il y mourut en 1592. Douze années auparavant, avait paru à Bordeaux la première édition du livre des Essais. Si Montaigne s'y montre écrivain des plus remarquables, joignant la vigueur de la pensée à l'originalité de l'expression, il laisse fort à désirer sous d'autres rapports. On regrette, dans son ouvrage, plus encore peut-être que la tendance au scepticisme, une liberté de langage que lui-même il confesse, ce qui ne l'en rend que plus blâmable: «Moi qui ai la bouche si effrontée!» dit-il en propres termes au livre III des Essais. Ailleurs, il parle du suicide comme un païen et un stoïcien. Et pourtant on trouverait dans son livre plus d'un passage par lequel il se refute éloquemment lui-même et témoigne d'une âme naturellement chrétienne, selon l'expression de Tertullien. Sa mort non plus ne fut pas celle d'un impie d'après le récit d'un témoin oculaire, Étienne Pasquier.
Montfaucon (rue de): Bernard de Montfaucon, religieux célèbre de la congrégation de St-Maur, né en 1655, mourut en 1741, à l'abbaye St-Germain des Prés. Il est auteur de savants ouvrages, entre autres les Antiquités expliquées, et une Collection des Pères.
La rue ne doit donc pas son nom, comme on pourrait le croire, au fameux gibet de Montfaucon, sur lequel on nous saura gré d'ailleurs de donner quelques détails. Il fut construit ou plutôt reconstruit par Enguerrand de Marigny, suivant les uns, suivant d'autres, par Pierre Rémy, seigneur de Montigny. Ce qui est certain, c'est qu'il devint fatal à tous deux et qu'ils y furent pendus.
«Montfaucon, dit Sauval, est une éminence douce, insensible, élevée entre le faubourg St-Martin et celui du Temple, dans un endroit que l'on découvre de plusieurs lieues à la ronde. Sur le haut, est une masse accompagnée de seize piliers où conduit une rampe de pierre assez large, qui se fermait autrefois avec une bonne porte. Les piliers, gros, carrés, hauts chacun de trente-deux à trente-trois pieds, et faits de trente-deux ou trente-trois grosses pierres refondues ou rustiques, posées sur des assises faites de gros quartiers de pierres bien liées et cimentées, étaient rangés en deux files sur la largeur et en une sur la longueur. Pour les joindre ensemble, et pour y attacher les criminels, on avait enclavé dans leurs chaperons deux gros liens de bois qui traversaient de l'un à l'autre, avec des chaînes de fer, d'espace en espace. Au milieu était une cave où se jetaient apparemment les corps des criminels quand il n'en restait plus que les carcasses, ou que toutes les chaînes et les places étaient remplies. Présentement cette cave est comblée, la porte de la rampe rompue, ses marches brisées; des piliers à peine en reste-t-il sur pied trois ou quatre... En un mot, de ce lieu patibulaire si solidement bâti, à peine la masse est-elle encore debout.... Maintenant, la Grève, la Croix du Tiroir, la Porte de Paris et l'Estrapade sont les lieux d'exécution les plus ordinaires de la ville.»
Entre les personnages célèbres pendus au gibet de Montfaucon, mais cette fois avec toute justice, il faut citer le fameux Olivier le Dain, dit le Diable, barbier et ministre de Louis XI. «Après la mort du roi, comme il était chargé de grands méfaits et que d'ailleurs les princes lui en voulaient à cause de son insolence, il fut livré à la justice et pendu au gibet de Montfaucon.»
On y pendit aussi le corps de l'amiral de Coligny assassiné, dans la nuit de la Saint-Barthélemy, par les ordres du duc de Guise, dit le Balafré.
Montesquieu (rue): Doit son nom à Charles de Secondat, baron de Bréda et de Montesquieu (1689-1755), l'auteur célèbre du livre de l'Esprit des Lois, qu'un malicieux critique qualifiait: De l'Esprit sur les lois. «La tête de Montesquieu, dit Joubert, est un instrument dont toutes les cordes sont d'accord, mais qui est trop monté et rend des sons trop aigus. Quoiqu'il n'exécute rien contre les règles, il a, dans ses vibrations trop contenues et trop précipitées, quelque chose d'au-delà de toutes les clefs d'une belle et sage musique.
«Montesquieu fut une belle tête sans prudence.»
Montgolfier (rue): Montgolfier (Joseph-Michel) fut, avec son frère Étienne, non pas précisément l'inventeur mais le propagateur en France de la navigation aérienne au moyen des aérostats, vulgairement ballons, que Joseph de Maistre se plaint de ne pas entendre appeler Montgolfières. Le problème si important de la direction des ballons est encore à trouver. Le sera-t-il jamais? Et pourtant que d'essais restés infructueux en dépit de la réclame! Montgolfier, né à Vidalon-lez-Aunay, mourut en 1810.
Montholon (rue): De Montholon, qui a donné son nom à cette rue, était conseiller d'état avant la Révolution. De lui descendait le général comte de Montholon, exécuteur testamentaire de Napoléon et qui, après l'avoir soigné avec un absolu dévouement, pendant de longs jours et de plus longues nuits, lui ferma les yeux.
Montmartre (rue): Son nom lui vient de la montagne à laquelle elle conduit; mais celle-ci doit-elle son nom à un temple de Mars ou de Mercure, qui s'y élevait ou bien au martyre de saint Denis et de ses compagnons? Sur ces opinions longtemps et vivement controversées, Jaillot hésite d'abord à se prononcer; il adopte cependant la première ou plutôt l'une et l'autre; car il croit que saint Denis et ses compagnons furent décapités sur le mont que dominait le temple de Mars.
Mont-de-Piété (hôtel du grand): Le grand Mont-de-Piété fut établi ou autorisé par lettres patentes du 9 décembre 1777, signées du roi. On peut douter que les résultats actuels, par le taux élevé de l'intérêt, répondent pleinement aux intentions bienveillantes du monarque qui disait d'une façon si admirable: «Ce moyen nous a paru le plus capable de faire cesser les désordres que l'usure a introduits, et qui n'ont que trop fréquemment entraîné la perte de plusieurs familles.... Nous avons cru devoir rejeter tous les projets qui n'offraient que des spéculations de finances pour nous arrêter à un plan formé uniquement par des vues de bienfaisance et digne de fixer l'attention publique, puisqu'il assure des secours d'argent peu onéreux aux emprunteurs dénués d'autres ressources.»
Montorgueil (rue): Très-anciennement il y avait en cet endroit un chemin appelé: Vicus superbiæ, le chemin de l'Orgueil. Pourquoi? nul ne le dit. Dans certains actes on lit: Vicus montis superbi: Le chemin du mont orgueilleux.
Mont-Parnasse (rue): Sur un monticule voisin de l'ancienne barrière, les étudiants de l'Université avaient coutume autrefois de se réunir pour discuter sur la poésie ou l'éloquence et lire sur ces divers sujets leurs élucubrations d'où cette butte prit le nom de Mont-Parnasse.
Maintenant on ne voit plus là de joyeux ébats d'étudiants, mais tout au contraire les corbillards se rendant au cimetière du même nom.
Morgue (la): Autrefois placée sur le quai dit du Marché-Neuf, la Morgue se cache en quelque sorte maintenant derrière le square Notre-Dame, et, ce dont il faut se féliciter, les curieux, loin de la trouver sur leur passage, doivent l'aller chercher. «S'il faut en croire Vaugelas, dit M. Lazare, Morgue serait un vieux mot français qui signifie visage. À l'entrée des prisons, on trouvait autrefois un endroit portant le nom de Morgue où l'on retenait quelques instants les prisonniers au moment où on les écrouait pour que les gardiens pussent bien voir leur morgue ou visage afin de les reconnaître en cas d'évasion. Plus tard, on exposa dans les morgues les cadavres que la Justice voulait faire reconnaître.» L'exposition s'étendit ensuite à toutes les victimes (n'importe la cause de l'accident) dont les corps étaient relevés sur la voie publique ou retirés de la rivière. Les filets de Saint-Cloud à ce sujet sont célèbres. Un poète a dit:
Et la Morgue au teint vert qui jette chaque nuit
Son hameçon dans la rivière.
La Mothe-Picquet (rue de): La Mothe-Picquet, marin célèbre pendant la guerre d'Amérique, mourut lieutenant-général à Brest en 1791. Il était né en 1720.
Mouffetard (rue): Altération du mot Montcétard, nom qu'on donnait à cette voie dans le XIIIe siècle.
Moulins (rue des): Elle doit son nom à deux Moulins situés sur la butte Saint-Roch et qui furent détruits lorsqu'après avoir aplani la butte, on couvrit de maisons l'espace qu'elle occupait.
Mozart (rue): Un critique distingué de notre temps a caractérisé admirablement en peu de lignes, le talent de ce maître illustre: «Mozart est aussi grand musicien que poète sublime. Il chante la grâce et les sentiments exquis des natures supérieures, les douleurs mystérieuses de l'âme qui entrevoit des horizons infinis, les tristesses et les voluptés d'une civilisation avancée. Il a l'élégance, la profondeur et la personnalité des patriciens. Son génie dédaigne les appétits grossiers de la foule; jamais il n'emploie de formules banales pour capter l'approbation du vulgaire. Il dit ce qu'il veut dire sans se préoccuper du public qui l'écoute, et ses cadences s'arrêtent où s'arrête sa pensée. Il est le musicien des nuances, mais des nuances qui réfléchissent la délicatesse de l'âme, et non pas de celles qui expriment les raffinements de l'esprit. Il a la piété d'un enfant, la tendresse et la pudeur d'une femme; et son langage passionné, mais chaste et religieux, ne s'adresse qu'à ces natures d'élite qui sont toujours en minorité sur la terre..... «Ah! disait-il un jour à un protestant de ses amis, vous avez votre religion dans la tête et non dans le cœur; vous ne sentez pas comme nous ce que veulent dire ces mots: «Agnus Dei qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem»; mais lorsqu'on a été comme moi introduit dès sa plus tendre enfance dans le sanctuaire, que, l'âme agitée de vagues désirs, on a assisté au service divin où la musique traduisait ces saintes paroles: Benedictus qui venit in nomine Domini! oh! alors, c'est bien différent. Plus tard, lorsqu'on s'agite dans le vide d'une existence vulgaire, ces impressions premières, restées ineffaçables au fond du cœur, se ravivent et montent à l'esprit comme un soupir qui se dilate.»
«On voit que Mozart avait le secret de son génie[57].»
Murillo (rue de): Bartholomé-Esteban Murillo (1608-1682), l'un des maîtres les plus célèbres de l'École Espagnole. Son talent sans doute est grand, mais ne saurait justifier l'engouement prodigieux qui, depuis un temps, donne à ses tableaux une plus value exagérée. Peintre naturaliste, admirable dans le Petit Mendiant par exemple, Murillo, malgré la facilité de sa touche et la magie du coloris, nous paraît, dans les sujets élevés, chrétiens, surtout, le plus souvent au-dessous de sa tâche. Ses types manquent de grandeur bien loin de réaliser notre idéal, témoin cette Immaculée Conception du Louvre, acquise à la folle enchère (oh! vraiment folle!) et payée dix fois sa valeur. Que de chefs-d'œuvre de maîtres divers et qui nous manquent on aurait eus pour les six cents et quelques mille francs si légèrement donnés!
Nous avons vu de Murillo, l'élève de Velasquez, des portraits splendides, le sien en particulier.
Musée de Cluny: Grâce à l'acquisition faite par l'État de l'ancien hôtel de Cluny et à la cession par la ville de Paris du vieux Palais des Thermes, ce Musée, avec ses jardins et ses bâtiments d'une architecture aussi variée que curieuse, offre aux visiteurs tous les genres d'attrait. La collection, donnée par M. du Sommerard, fut le noyau de cet important Musée archéologique, dont les richesses se sont accrues successivement soit par des dons soit par des acquisitions intelligentes.
L'hôtel de Cluny, tel que nous le voyons aujourd'hui, fut construit ou reconstruit par Jacques d'Amboise, l'un des neuf frères du célèbre ministre de Louis XII. Cet hôtel servait d'habitation aux abbés de l'Ordre.
Petit-Muse (rue du): Corrozet la nomme de la Petite Puce. «En 1358, dit Sauval, elle s'appelait la rue du Petit-Muce, la rue du Pute-y-Muce et la rue du Pul-y-Muce à raison peut-être que c'était alors une voirie et un lieu où chacun faisait son ordure.» D'après Germain Brice, elle aurait dû s'appeler la rue Petimus (nous demandons) parce que, dans l'espace que cette rue occupe à présent, se trouvait autrefois l'hôtel des quatre maîtres des requêtes que l'on nommait l'hôtel Petimus, sur ce que les requêtes que l'on présentait alors en langue latine ainsi que tous les actes judiciaires commençaient toujours par le terme Petimus.»
Piganiol a relevé cette erreur en prouvant que l'hôtel des maîtres des requêtes s'élevait dans la rue Saint-Paul.
Musset (rue Alfred de): Poète et auteur dramatique, Alfred de Musset, né en 1810, est mort en 1857. Quel dommage de voir un pareil talent se dévoyer aussi misérablement! Musset semble se complaire dans ce scepticisme absolu qui cependant le torturait et le faisait s'écrier dans une heure de désespoir:
..... L'Infini me tourmente.
Au point de vue moral, il n'est pas moins dangereux pour les jeunes gens parce que sa corruption raffinée ôte au vice la laideur qui repousse et pare la débauche de toutes les élégances de la poésie. L'absinthe avec laquelle, dit-on, Musset s'empoisonna n'était rien auprès des philtres mortels qu'il composait trop bien et nous offrait dans des vases ciselés avec un art des plus savants, merveilleux parfois.
[ [52] Félibien et Lobineau:—Histoire de Paris.
[ [53] Homme qui me fait une cornemuse.
[ [54] Théâtre des Antiquités de la Ville de Paris.
[ [55] L'historien de Louis XVII adressait, le 4 novembre 1870, ce fragment au roi Guillaume, avec une lettre d'envoi remarquable et qui conciliait tout à la fois le respect et la fermeté.
[ [56] (Massillon. Mémoires de la minorité de Louis XV, page 9.)
[ [57] Note manquante