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Rambuteau (rue): Elle a pris ce nom en l'honneur de M. Claude-Philibert Berthelot, comte de Rambuteau, préfet de la Seine, lorsque cette voie fut ouverte en 1838.

Rameau (rue): Rameau, compositeur de musique, né en 1683 mourut à Paris en 1764. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur la musique.

Ramponneau (rue de): Elle doit son nom à un certain Ramponneau, cabaretier et comédien à la façon de Gautier Garguille, et qui, vers 1760, attirait la foule dans son établissement par des joyeusetés et des facéties.

Rats (rue des): Cette rue fut bâtie sous la prévôté de Hugues Aubriot, au temps de Charles VI. Guillot nous dit:

..... rue d'Aras
Où l'on rencontre maints gros rats.

Regard (rue du): Elle aboutissait, du côté de la rue de Vaugirard, vis-à-vis d'un regard de la fontaine aujourd'hui supprimée, d'où lui vint son nom.

Reuilly (rue de): Ce nom est dû à un territoire remarquable par son antiquité où se voyait naguère un ancien palais de nos rois de la première race. Ce fut dans ce palais que Dagobert Ier répudia sa femme Gomatrude pour épouser Nanthilde.

Richelieu (rue): Dans notre étude sur le célèbre cardinal (France héroïque, III) se trouve un portrait de Richelieu par Labruyère, portrait tiré des Caractères. Mais il en est un second par le même et illustre écrivain qui nous a paru curieux à reproduire. Nous laissons d'ailleurs au moraliste, devenu si ardent panégyriste, la responsabilité de ses jugements:

«Génie fort supérieur, il a su tout le fond et tout le mystère du gouvernement; il a connu le beau et le sublime du ministère; il a respecté l'étranger, ménagé les couronnes, connu le poids de leur alliance; il a opposé des alliés à des ennemis; il a veillé aux intérêts du dehors, à ceux du dedans; il n'a oublié que les siens: une vie laborieuse et languissante, souvent exposée, a été le prix d'une si haute vertu.

«Comparez-vous, si vous l'osez, au grand Richelieu, hommes dévoués à la fortune, qui, par le succès de vos affaires particulières, vous jugez dignes que l'on vous confie les affaires publiques; qui vous donnez pour des génies heureux et de bonnes têtes; qui dites que vous ne savez rien, que vous n'avez jamais lu, que vous ne lirez point, ou pour marquer l'inutilité des sciences, ou pour paraître ne devoir rien aux autres, mais puiser tout de votre fonds.

«Il savait quelle est la force et l'utilité de l'éloquence, la puissance de la parole qui aide la raison et la fait valoir, qui insinue aux hommes la justice et la probité, qui porte dans le cœur du soldat l'intrépidité et l'audace, qui calme les émotions populaires, qui excite à leurs devoirs les compagnies entières ou la multitude: il n'ignorait pas quels sont les fruits de l'histoire et de la poésie, quelle est la nécessité de la grammaire, la base et le fondement des autres sciences; et que, pour conduire ces choses à un degré de perfection qui les rendît avantageuses à la république, il fallait dresser le plan d'une compagnie où la vertu seule fût admise, le mérite placé, l'esprit et le savoir rassemblés par des suffrages.»

Richepance (rue): Le général Richepance, né en 1770, mourut à la Guadeloupe en 1802.

Roch (église Saint): Construite dans les dépendances et sur l'emplacement de l'hôtel Gaillon, cette église eut pour architecte Lemercier, architecte du roi Louis XIV qui posa la première pierre en 1653.

Plusieurs des hommes illustres du XVIIe siècle y furent enterrés: Pierre Corneille, Le Nôtre, Mignard, le duc de Créquy, etc.

Rivoli (rue de): Ainsi nommée en souvenir de la bataille gagnée par les Français sur les Autrichiens en Italie, le 1er janvier 1797.

Roch (rue de St): S'appelait d'abord rue Michaut Riégnaut, et Michaud Regnaut en 1521. Elle prit plus tard le nom de rue St-Roch parce que la principale entrée de l'ancienne église se trouvait dans cette rue.

Aux nos 10 et 12, dit M. Lazare, était la communauté de Sainte-Anne. Nicolas Formont, grand audiencier de France, résolut de fonder un établissement dans lequel on apprendrait aux pauvres filles de la paroisse Saint-Roch à gagner honorablement leur vie, en multipliant ainsi en leur faveur les instructions religieuses dans le but de les préserver des séductions si nombreuses dans les grandes villes. Cette création, empreinte d'un si noble et si touchant caractère, date du 4 mai 1683, et les lettres patentes d'autorisation accordées par le roi sont du mois de mars 1686. Cette œuvre toute de charité ne devait-elle pas être épargnée par la Révolution qui la supprima cependant en 1790; et la maison de Sainte-Anne fut vendue comme propriété nationale.

Roi-Doré (rue): Fut ainsi appelée à cause d'un buste du roi Louis XIII qui se voyait à l'une des extrémités de la rue.

Rollin (rue): Charles Rollin, né le 30 janvier 1661, à Paris, mourut dans cette ville le 14 septembre 1741. Fils d'un coutelier, il obtint une bourse au collége des Dix-huit dont il fut l'un des plus brillants élèves. À peine âgé de 22 ans, il remplaçait Hersan dans la chaire de seconde, puis dans celle de rhétorique et enfin dans la chaire d'éloquence du Collége royal. Après dix années de professorat, il quitta l'enseignement pour se livrer tout entier à l'étude. Le succès de son Histoire ancienne, parue, de 1730 à 1738, dépassa de beaucoup les espérances ou les prévisions de l'auteur. Cet ouvrage avait été précédé par le Traité des Études, publié en 1736, et dont un critique éminent, M. Villemain, n'hésitait pas à dire: «Monument de raison et de goût, livre l'un des mieux écrits dans notre langue après les livres de génie.»

L'Histoire Romaine de Rollin, restée inachevée, fut terminée par Crevier.

Roquette (rue de la): La Roquette est une plante crucifère à fleurs jaunes qui croît abondamment dans les lieux incultes.

La prison de la Roquette, où furent enfermés les otages de la Commune, reste à jamais célèbre par le martyre de six des plus illustres ou des plus vénérables d'entre eux, Monseigneur Darboy, archevêque de Paris, le président Bonjean, l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, les pères Clerc et Ducoudray, jésuites, l'abbé Allard, missionnaire.

Nous connaissons par divers récits, comme par le procès des assassins, les détails de cette horrible tragédie, et l'on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, ou la magnanime attitude des victimes ou la froide et imbécile férocité des bourreaux. Les Iroquois et les Hurons n'auraient rien appris aux Peaux-Rouges de la Commune.

Rossini (rue): De cet illustre maëstro dont la mort récente a causé tant de regrets, Scudo, critique si compétent mais sévère parfois pour les contemporains, disait, il y a quelques vingt ans: «C'est au milieu de ces idées et de ces formes musicales sonores, tendues et un peu creuses, qui ne sont pas sans analogie avec ce que nous appelons en France la littérature de l'Empire, que s'éleva Rossini, plein de jeunesse et d'audace, prenant son bien partout où il le trouvait parce qu'il savait s'approprier tout ce qu'il dérobait. Son œuvre, aussi considérable que varié, se fait remarquer par l'éclat de l'imagination, par l'abondance et la fraîcheur des motifs, par la puissance des accompagnements et la nouveauté des harmonies, par la véhémence, la splendeur et la limpidité qu'il donne au langage de la passion. Génie éminemment italien, tout empreint de l'esprit bruyant et sensuel de son époque, Rossini rompt violemment avec les maîtres qui l'ont précédé. Il débouche du huitième siècle comme d'une vallée ombreuse et paisible, et s'avance vers l'avenir en dominateur.»

Ailleurs le critique dit encore, comparant l'auteur de Guillaume Tell avec Mozart: «Homme de son temps et de son pays, pressé de vivre et de jouir des progrès accomplis, Rossini flatte la foule, il marie l'instrumentation allemande à la mélodie italienne dont il développe les proportions et retrempe la vigueur. Il excelle à peindre le choc des passions, l'irradiation de la gaîté et de la jeunesse, les agitations infinies de la vie, mais d'une vie qui ne doit pas avoir de lendemain. Jamais le rayon de l'invisible ne descend sur cette musique pleine de sang et de lumière qui respire la volupté. Le règne de Rossini est de ce monde, tandis que Mozart chante l'amour qui, faute de la terre, aura le ciel pour récompense[62]

Roule (faubourg du): A pris son nom de l'ancien village de Roule que Paris, en s'étendant, a complètement absorbé. Ce village, d'après l'opinion de plusieurs savants, aurait été le Criolum dont il est parlé dans la vie de St-Éloi. Des actes du XIIIe siècle nomment ce hameau Rolus, Rotulus, dont on fit Rolle et enfin Roule.

Roule (rue du): Ce nom lui vient de l'ancien fief du Roule dont le chef-lieu était situé à l'angle des rues du Roule et des Fossés Saint-Germain l'Auxerrois.

Rousseau, (rue J. Jacques): Elle s'appelait d'abord rue Plâtrière, à cause d'une fabrique de plâtre qu'on y voyait au XIIIe siècle. À une certaine époque de sa vie, l'auteur de la Nouvelle Héloïse, de l'Émile, et autres livres fort goûtés du XVIIIe siècle, habita un petit appartement au 4e étage de la maison nº 2. La municipalité, de Paris, en souvenir de cette circonstance, sur la motion d'un de ses membres plus ou moins lettré, vota d'enthousiasme le changement de nom, et la rue Plâtrière s'appela rue J. Jacques Rousseau au lendemain de cette glorieuse séance. (4 mai 1791).

Rien n'est nouveau sous le soleil. Au nº 20 de cette même rue, était établie la communauté de Ste-Agnès, fondée, en 1681, par Léonard de Lamet, curé de Saint-Eustache, et qui avait pour but de procurer aux jeunes filles pauvres du quartier des moyens d'existence en leur apprenant un état, couture, broderie, tapisserie, etc. C'était, à bien dire, ce qu'on appelle aujourd'hui une École professionnelle, pour laquelle les dames de la paroisse vinrent à l'envi en aide au bon curé. Aussi moins de quatre années après, la maison qui, au début, se composait de trois sœurs seulement, comptait quinze sous-maîtresses et plus de deux cents élèves ou apprenties. Confirmé et consolidé par des lettres patentes du roi Louis XIV et doté par Colbert, sur sa fortune particulière, d'une rente de 500 livres, cet établissement, de plus en plus prospère, rendit d'immenses services à la classe indigente. Il n'en fut pas moins supprimé en 1790, par de prétendus amis du peuple, et tous les bâtiments se trouvèrent confisqués.

Pour en revenir à Rousseau, voici le jugement porté sur lui par Joubert: «Une piété irreligieuse, une sévérité corruptrice, un dogmatisme qui détruit toute autorité; voilà le caractère de la philosophie de Rousseau. Donner de l'importance, du sérieux, de la hauteur et de la dignité aux passions, voilà ce que J. J. Rousseau a tenté. Lisez ses livres: la basse envie y parle avec orgueil; l'orgueil s'y donne hardiment pour une vertu; la paresse y prend l'attitude d'une occupation philosophique et la grossière gourmandise y est fière de ses appétits. Il n'y a point d'écrivain plus propre à rendre le pauvre superbe. On apprend avec lui à être mécontent de tout, hors de soi-même. Il était son Pygmalion.»

Rousselet (rue): S'appelait au XVIe siècle chemin des Vaches, nom qui fut changé, vers 1721, en celui de Rousselet, l'un des propriétaires riverains.

Royer-Collard (rue): Pierre-Paul Royer-Collard, homme d'état célèbre sous la restauration, membre de l'Académie Française, était né en 1773, à Sompuis, près Vitry-le-Français: il mourut à Paris le 2 septembre 1845.

Rubens (rue): Pierre-Paul Rubens, né en 1577, est mort en 1640. Un maître et un grand maître que ce Flamand, pour les jeunes gens plus à admirer qu'à imiter et dont il faut un peu se défier, mais pas au point que voulait feu Ingres qui rondement l'excomunie en le déclarant hérétique. D'ailleurs quelle palette plus riche pour l'éclat et la fraîcheur des tons, encore que la couleur de Pierre Paul n'ait pas la solidité de celle du Titien! On peut regretter sans doute, dans ces pages étonnantes par l'ampleur de la composition et la vigoureuse exécution, l'abus de certaines formes qui pèchent, même et surtout chez les femmes, au point de vue de l'élégance. Mais pourtant les têtes de ces corpulentes viragos sont rarement vulgaires; on dirait autant de reines. Puis quelle vie dans ces personnages! Comme tout chez eux semble d'accord, l'expression ainsi que le geste encore que l'un et l'autre se sentent de l'art décoratif! Il faut l'avouer, malgré notre admiration pour ce maître, Rubens est le peintre des corps bien plus que des âmes, et si la lumière ruisselle à flots sur ses toiles étincelantes et met admirablement en relief les personnages, rarement elle les transfigure en faisant rayonner l'âme à travers la splendide enveloppe.

[ [62] Critique et littérature musicales, par Scudo.