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La Sablière (rue de la): Madame de La Sablière fut la généreuse protectrice de La Fontaine (1636-1693) qui l'immortalisa dans ses vers dont nous citerons quelques-uns seulement:
Iris, je vous louerais; il n'est que trop aisé:
Mais vous avez cent fois notre encens refusé
En cela peu semblable au reste des mortelles
Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles.
...............
Ce breuvage vanté par le peuple rimeur,
Le nectar, que l'on sert au maître du tonnerre,
Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre,
C'est la louange, Iris, vous ne la goûtez point;
D'autres propos chez vous récompensent ce point:
Propos, agréables commerces.
Où le hasard fournit cent matières diverses;
Jusque là qu'en votre entretien
La bagatelle à part: le monde n'en croit rien (etc.)[63].
Sabot, (rue du): Ce nom vient d'une enseigne. Dans le terrier de l'abbaye de Saint-Germain des Prés, de 1523, on lit: «Maison rue du Four, faisant le coin de la rue Copieuse où pend le Sabot.» Le mot Sabot remplaça celui de Copieuse qui sait par quel caprice populaire?
Sablon (rue du): Au temps de Sauval servait d'égout: «Elle est toute puante des immondices qu'on y jette de la salle de l'Hôtel-Dieu et des maisons de la rue Neuve-Notre-Dame. Deux portes de bois treillissées et armées de fichons de fer la ferment par les deux bouts. On les fit, en 1511, pour empêcher que la rue du Sablon ne servît de retraite aux vagabonds et aux voleurs.»
À la bonne heure! mais par l'entassement des immondices qui y séjournaient indéfiniment, l'impasse devenait un foyer permanent d'infection, ce qui ne valait certes pas mieux.
Sandrié (passage): Ce nom lui vient d'un certain François-Jérôme Sandrié, à qui le terrain sur lequel fut ouvert plus tard le passage, avait été loué à bail emphytéotique par les religieux Mathurins. La Révolution cassa le bail en dépossédant les propriétaires.
Santé (rue et boulevard de la): Cette rue s'appelait primitivement chemin de Chantilly. Ce nom fut changé en celui de la Santé parce que la voie conduisait à la maison de Santé ou hôpital fondé par la reine Anne d'Autriche.
Sartine (rue): Antoine-Raymond-Jean-Guilbert-Gabriel de Sartine fut lieutenant-criminel de police à Paris en 1774, puis ministre. Forcé au moment de la Révolution de quitter la France, il mourut dans l'exil à Tarragone (7 septembre 1801).
Saussaies (rue des): S'appelait d'abord des Carriers, puis de la Couldraie des Saussaies, en raison des Coudriers, des saules qu'on voyait en grand nombre près de cet emplacement.
Sauval (rue): Sauval (Henri), reçu avocat au parlement de Paris, abandonna l'exercice de sa profession pour se consacrer aux études historiques. Quoiqu'il eût employé plus de vingt années à ses recherches comme à la rédaction de son grand ouvrage: Histoire et Recherches des Antiquités de Paris, 3 vol. in-fº, ce livre, à sa mort, n'était pas entièrement terminé. Il ne put être publié qu'en 1724, par l'ami de Sauval, le conseiller Rousseau qui avait pris soin de combler les lacunes. On regrette çà et là quelques détails de mœurs sur lesquels mieux eût valu glisser, parfois aussi de la prolixité et des répétitions; l'auteur d'ailleurs fait preuve d'érudition et de sens critique; assez souvent même il se montre écrivain.
Scipion (rue): Ce nom lui fut donné, non pas, comme on pourrait le croire, en l'honneur de l'illustre Romain, vainqueur d'Annibal, mais à cause d'un certain Scipion Saldini, gentilhomme italien, qui y fit construire un hôtel, sous le règne de Henri III.
Scribe (rue): Eugène Scribe (1791-1861), auteur dramatique contemporain des plus féconds, mais d'ailleurs aidé par de nombreux collaborateurs. Il dut à des mérites réels quoique d'un ordre inférieur, une vogue prodigieuse; aujourd'hui son nom a presque disparu des affiches. On peut critiquer dans son œuvre souvent le manque de style, le terre à terre des idées et la sentimentalité bourgeoise qui n'a pas peu contribué, ce semble, à l'énervement des caractères.
Saint-Séverin, église fort ancienne dans la rue de ce nom. «Quant à Saint-Séverin dont saint Cloud fut le disciple, comme on n'a aucune histoire de ce saint, tout ce qu'on sait, c'est qu'il s'enferma dans une cellule ou monastère dans les faubourgs de Paris; qu'il y vécut reclus pendant plusieurs années, tout occupé des exercices de la contemplation et que sa haute piété, qui porta saint Cloud à se ranger sous sa discipline, lui mérita aussi la vénération des peuples pendant sa vie et après sa mort[64].»
Le patron de l'église cependant ne paraît point avoir été le saint solitaire, mais un autre Séverin qui fut abbé d'Ayanne et dont la fête se célèbre le 24 novembre, jour de sa mort.
C'est dans le cimetière de cette église qu'eut lieu la première opération de la pierre. «Au mois de janvier, dit Sainte-Foix, les médecins et chirurgiens de Paris représentèrent à Louis XI que «plusieurs personnes de considération étaient travaillées de la pierre, colique, passion et mal de côté; qu'il serait très-utile d'examiner l'endroit où s'engendraient ces maladies; qu'on ne pouvait mieux s'éclairer qu'en opérant sur un homme vivant et qu'ainsi ils demandaient qu'on leur délivrât un Franc-Archer qui venait d'être condamné à être pendu pour vol et qui avait été souvent fort molesté des dits maux.»
«On leur accorda leur demande et cette opération qui est, je crois, la première qu'on ait faite pour la pierre, eut lieu publiquement dans le cimetière de l'église Saint-Séverin. «Après qu'on eut examiné et travaillé, ajoute la Chronique, on remit les entrailles dans le corps du dit Franc-Archer qui fut recousu et par l'ordonnance du roi très-bien pansé; et tellement qu'en quinze jours il fut guéri et eut rémission de ses crimes sans dépens et il lui fut même donné de l'argent.»
Sévigné (rue): C'est à madame de Sévigné que La Bruyère, quoiqu'il ne la nomme pas, pensait sans doute lorsqu'il écrivait dans son chapitre des Ouvrages de l'Esprit: «Je ne sais si l'on pourra jamais mettre dans des lettres plus d'esprit, plus de tour, plus d'agrément, et plus de style que l'on en voit dans celles de Balzac et Voiture. Elles sont vides de sentiments, qui n'ont régné que depuis leur temps, et qui doivent aux femmes leur naissance. Ce sexe va plus loin que le nôtre dans ce genre d'écrire. Elles trouvent sous leur plume des tours et des expressions qui souvent en nous ne sont que l'effet d'un long travail et d'une pénible recherche: elles sont heureuses dans le choix des termes qu'elles placent si juste, que, tout connus qu'ils sont, ils ont le charme de la nouveauté, et semblent être faits pour l'usage où elles les mettent. Il n'appartient qu'à elles de faire lire dans un seul mot tout un sentiment, et de rendre délicatement une pensée qui est délicate. Elles ont un enchaînement de discours inimitable, qui se suit naturellement et qui n'est lié que par le sens. Si les femmes étaient toujours correctes, j'oserais dire que les lettres de quelques-unes d'entre elles seraient peut-être ce que nous avons dans notre langue de mieux écrit.»
Sainte-Avoie (rue): Reçut son nom d'un couvent de religieuses fondé, sous ce titre, par saint Louis pour les femmes infirmes. «On nommait auparavant ces religieuses Béguines dit G. Brice parce qu'elles suivaient quelques constitutions données par sainte Bègue dont la règle est fort connue dans les Pays-Bas.»
Sèvres (rue de): Ce nom vient du village auquel la rue conduit.
Sorbonne (rue de la): Elle doit son nom à Robert dit de Sorbon, d'un village près de Rhétel qui fut le lieu de sa naissance. Robert fut le fondateur du collége si célèbre depuis: «Le benoît Roi, dit le confesseur de la Reine Marguerite, fit acheter maisons qui sont en deux rues assises à Paris, devant le palais des Thermes, èsquelles il fit faire maisons bonnes et grandes pour ce que les écoliers, étudiant à Paris, demeurassent là toujours.»
Richelieu fit rebâtir le collége et l'on voit son tombeau dans l'église.
Suger (rue): Cette rue existait dès la seconde moitié du XIIe siècle (1179) et s'appelait alors rue aux Sachettes, parce qu'il s'y trouvait une maison des dites sœurs, ainsi nommées à cause de leur costume composé d'une robe en forme de sac. Ces religieuses vivaient d'aumônes et tous les matins elles se répandaient à cet effet dans les rues de Paris:
Ça du pain por Dieu aux Sachesses!
Par ces rues sont granz les presses,
lit-on dans les Crieries de Paris. Cette congrégation supprimée vers 1350, la rue s'appela des Deux Portes, puis du Cimetière St-André des Arts. Ce n'est que récemment, par une ordonnance du 5 août 1844, qu'elle a pris le nom de Suger, le sage ministre de Louis VI et Louis VII.
Sully (rue): Maximien de Béthune, duc de Sully, le fidèle ministre et ami de Henri IV, naquit à Rosny en 1560, et mourut à Villebon en 1641. (Voir la France héroïque.)
Sulpice (église Saint): Elle existait comme paroisse dès le commencement du XIIIe siècle. L'église actuelle ne date que du XVIIe siècle. Anne d'Autriche en posa la première pierre en 1646, mais les circonstances contraires firent plus d'une fois interrompre les travaux, et plusieurs architectes, Christophe Gamard, Louis le Veau, Daniel Gittard et Gille-Marie Oppenord concoururent à sa construction. Le portail tout entier est de Servandoni, qui l'avait presque terminé en 1745, lors de la consécration solennelle de l'église.
En 1793, l'église St-Sulpice devenait le Temple de la Victoire; et, sous le Directoire, elle se vit profanée par les parades des Théophilanthropes dont la Reveillère-Lépaux s'était constitué le grand pontife. Le ridicule suffit d'ailleurs pour faire justice de ces sottises.
Devant l'église se trouve la place St-Sulpice, ornée d'une fontaine monumentale d'un bel effet. À gauche s'élève le séminaire de St-Sulpice[65], qui a donné et donne encore à l'église de France tant de prêtres instruits, zélés, vertueux et saints. Des noms par centaines se pressent sous ma plume, je n'en citerai qu'un seul resté entre tous populaire, celui du prêtre intrépide qui, prisonnier lui-même, fut en quelque sorte l'aumônier des prisons pendant la Terreur, l'abbé Émery dont Feller nous fait ce portrait admirable autant que fidèle:
«Il savait combiner l'attachement aux règles avec les tempéraments que nécessitaient les circonstances. Il n'était point ami des mesures extrêmes, et se défiait de l'exagération en toutes choses; quelques-uns lui ont même reproché d'avoir poussé trop loin la condescendance et la modération; mais dans tout le cours de la Révolution, il marcha constamment sur la même ligne. Il ne fut point ardent dans un temps, et modéré dans un autre; il n'allait pas chercher l'orage, il l'attendait sans crainte; il ne bravait pas l'injustice des hommes, mais il ne s'en laissait pas intimider; l'intérêt de la religion le guidait toujours. Ceux qui ne jugent que d'après l'impulsion du moment lui trouvèrent trop de fermeté, quand ils en manquaient eux-mêmes, ou trop de mollesse quand ils étaient exaltés; mais c'étaient eux qui changeaient. Pour lui, il fut toujours le même, sage, égal, mesuré; sachant céder lorsqu'il le croyait utile: sachant aussi résister quand il le jugeait nécessaire[66]».
[ [63] Fables, livre Xe: Discours à Madame de la Sablière.
[ [64] Félibien et Lobineau.
[ [65] Il eut pour fondateur le vénérable M. Olier, curé de St-Sulpice, dont il est parlé plus haut.
[ [66] Feller.—Dictionnaire historique.