I

… J'entends le bruit de tes pas… et cependant je voudrais que tu n'entres jamais : t'attendre est une volupté si enivrante! Il me semble alors me sentir soulevée de terre par une force invisible ; mon âme s'élance hors de moi et va à ta rencontre… Puis, comme un événement inattendu qui me fait tressaillir, la porte s'ouvre, tu parais, je te vois, tu t'approches et tes lèvres froides d'émotion s'appuient sur les miennes… O mon amour, on me dit que tu ne m'aimeras pas longtemps, et je le sais : je le sais ; j'ai passé mon midi, et, toi, tu te lèves dans la vie, rayonnant comme la jeunesse… Mais tu m'auras aimée… J'aurai été serrée dans tes bras, et tes mains, tes belles mains, si fortes et si douces, se seront attachées éperdument aux miennes… J'écris ces lettres pour que tu les lises lorsque tu ne m'aimeras plus : peut-être feront-elles courir en toi un léger frémissement de volupté ; peut-être ton visage se revêtira-t-il de cette tristesse qui précède le désir… Tu te souviendras… Lorsque je ne serai plus qu'une pauvre cendre dispersée, je veux que tu te souviennes! Cela et rien de plus! que tu revoies les lieux où nous nous sommes aimés, que tu sentes encore l'odeur de la terre matinale qui montait vers nous des jardins, quand, serrés l'un contre l'autre, nous allions saluer le jour nouveau.