II

Hier, en ouvrant les yeux, j'ai vu derrière les vitres le brouillard, si doux, si triste ; il semblait nous envelopper, toi et moi, et nous cacher à tous… Je me suis levée, j'ai regardé à la fenêtre qui donne sur la plaine, ensuite à celle qui domine les collines… Tout était clos : la vapeur blanche, impalpable, dérobait tout à mes yeux. Oh! que j'ai aimé ce silence, cette prison légère! Il m'a semblé que nous vivions parmi les nuages, ces nuages mystérieux qui roulent sur le ciel bleu… Je suis retournée près de toi et me suis blottie sur ton cœur… Tout se taisait ; seule la flamme du foyer s'élançait de temps en temps, vive et subite comme des cris de volupté. Tu m'as regardée sans même me donner un baiser ; et cependant j'ai senti mon cœur fondre d'amour ; la langueur éternelle des désirs assouvis remplissait mon être! Qu'il aurait fait bon mourir là, côte à côte…

Plus tard je suis allée au bord de l'eau ; j'aime, tu le sais, toutes les choses qui sont dans le ciel et sur la terre, mais, au-dessus de toutes, j'aime l'eau. Le fleuve m'appelle, il m'attire invinciblement ; il me semble toujours qu'il fuit avec tant de regrets!… L'eau courait hâtivement, comme pressée par l'inexorable fatalité. Je marchais sur la berge verte, et, de l'autre côté, les ramures dépouillées des peupliers inégaux se profilaient sur le ciel clair, et semblaient former une vaste harpe, faite pour les doigts des anges. Entre les troncs d'arbres quelques brebis paissaient, se mouvant d'une allure lente et insensible, créatures de paix et d'amour…