LIII
Je me retrouve dans cette sérénité annonciatrice qui remplit mon cœur d'un charme si doux : je t'attends avec une certitude qui rend les heures légères, je t'attends comme on espère l'aurore, sûre qu'à sa venue, l'aspect de toutes choses changera. Tu occupes ma pensée et la rassasies parfaitement. Tu sais que j'aime, sur ma terrasse, entre les magnolias, les lauriers-roses et les mandariniers, revenir sans cesse sur mes pas, trouvant à cette promenade resserrée un plaisir et un apaisement que ne me donnent point des courses plus longues : lorsque tu es absent, je retourne de même sans me lasser sur les heures écoulées, j'en respire le parfum, j'en entends la musique ; silencieuse et recueillie, je l'écoute ; l'enchantement de tes paroles me berce, tes regards éclairent ma route, l'embrasement de mon cœur réchauffe ma poitrine. O mon amour, lorsque tu me serres dans tes bras, lorsque ma poitrine s'appuie sur la tienne, lorsque tes mains pressent mes épaules pour rendre notre embrassement plus étroit, un feu rapide court dans mes veines… Me sentir tienne est la somme de mon ambition! Tienne pour être heureuse, ou tienne pour souffrir, mais tienne toujours : voilà ce que nul ne peut me ravir. Ce don absolu, entier, que je t'ai fait de moi-même, me lie à toi à jamais, même si tu cesses d'être mien : tu ne peux faire, toi qui peux tout sur moi, tu ne peux faire que je ne t'appartienne pas, on me transporterait aux extrémités de la terre pour y mourir, que ce serait une âme t'appartenant qui, là-bas comme ici, quitterait mon corps. Dans quelque lieu que tu sois, rien ne peut empêcher ma tendresse de voler vers toi, de franchir les obstacles, de te retrouver par la force de son désir. Aussi longtemps que nous ne serons pas anéantis tous deux, tu seras mien, puisque je serai tienne! Aucune violence ne peut t'arracher de mon cœur : si tu m'appelais pour me tuer, je volerais encore vers toi et j'y trouverais une volupté.