LX

Souffrir est donc le cri qui se lève de la terre : voici encore qu'Irène m'appelle pour la soutenir dans de nouvelles épreuves. Je ne puis lui refuser le faible appui de ma présence. Je vais donc quitter le lieu de mon repos et, pour un temps, aller habiter le vieux palais abandonné ; puis, quand les jours trop lents se seront écoulés, je penserai à venir t'attendre. Déjà tu me parles de retour, déjà tu soulèves doucement la pierre du tombeau, et j'aperçois un premier rayon de jour : car, bien-aimé, comment te dirai-je jamais la lourdeur et le vide des heures depuis que tu m'as quittée, l'espèce de nuit qui enveloppe ma pensée, l'égarement de douleur qui me bouleverse pendant ces secondes affreuses où l'idée me vient que peut-être, à ce moment déjà, tu es perdu pour moi?… Pourtant je sais que tu ne l'es pas ; j'entends de loin battre ton cœur ; et je crois, puisque tu me le dis, que tu désires encore dormir sur le mien… Oh! viens donc!… l'ombre arrive, le jour décline… laisse-moi jouir encore de la lumière!