LXVII
Je m'épuise à lutter contre l'effroyable agitation d'Irène ; son âme est pleine d'un trouble profond, son esprit paraît s'égarer entre ce qu'elle souffre pour Maurice, et ce qu'elle souffre pour elle-même. — Sa pensée se rejette avec désespoir sur l'enfant perdue qui serait en ce moment sa force :
— Ma fille à moi, si belle, si douce, qu'il chérissait…, elle est morte… O malheureuse!…
Puis elle s'imagine que Maurice ira rejoindre la Riva :
— Et je te disais, Claudia, qu'elle ne l'aimait pas, et c'est pour elle que je suis torturée depuis si longtemps!…
La résignation apparente dont elle s'était enveloppée la soutenait comme une armure, qui blesse mais protège ; son âme passionnée est aujourd'hui désemparée, et sa violence par instants m'épouvante… Elle me dit qu'elle partira, et je sens que je n'aurai pas le courage de l'en empêcher… Il y a en moi un égoïsme presque cruel qui me fait supporter avec impatience que des pensées étrangères à toi, étrangères à mon amour, dominent dans mon esprit : le contact avec ces cœurs dévastés semble consumer ma vie ; reviens, mon bien-aimé, reviens me rendre la joie d'aimer ; les yeux les plus beaux deviendraient ternes à demeurer dans la nuit — et tu es ma lumière.