LXXII

Je t'agite et te trouble en te parlant d'Irène. Tu ne crois pas que Maurice ait oublié la Riva, et tu ne peux comprendre l'ardente espérance qui perce dans les lettres d'Irène ; déjà je m'aperçois que le passé s'efface rapidement dans son esprit ; et à peine paraît-il qu'elle se souvienne de celle qui pendant si longtemps lui a pris Maurice. Son cœur, palpitant d'espoir, s'est redonné plus généreux et plus soumis ; je t'ai lu les cris d'amour qui lui viennent aux lèvres, mais qu'elle n'ose prononcer tout haut, on la sent frémir du désir d'ouvrir grandes les ailes qu'elle tient repliées.

Pourquoi soupçonnes-tu qu'il veuille la tromper encore? N'est-elle pas exquise dans sa jeunesse ardente, et que lui manque-t-il pour donner toutes les joies? Si je pouvais enfin la voir ayant rassasié la grande faim de son cœur!… Pourquoi sa longue patience d'amour ne recueillerait-elle pas son salaire?… Tu m'as dit que sûrement un jour Irène trouverait l'apaisement de son cœur, mais qu'il est impossible que ce soit Maurice qui le lui donne. Penses-tu donc qu'elle puisse en aimer un autre? Ton cœur d'homme peut imaginer cela?… Moi j'imagine qu'elle sera morte auparavant… Tu as peur pour elle ; — de quoi as-tu peur, mon amour?