LXXXI
La terre brûle, et peu à peu l'abattement d'Irène devient une langueur ; elle se meut dans la maison assombrie et fraîche, elle cherche à fuir la vision funeste qui reparaît toujours ; je la vois porter ses doigts fins sur ses paupières, et les presser comme pour chasser ce qui trouble ses regards. Toute vêtue de blanc, elle a dans sa fragilité presque l'air d'une enfant, si peu faite pour les douleurs écrasantes! Elle ne parle pas, mais une vie intense éclate dans ses yeux chargés de passion et de tristesse ; elle demeure de longs, longs moments, le menton appuyé sur sa main ployée, dans une contemplation morne, perçant je ne sais quel avenir de son avide inquiétude… Quand je veux revenir sur le passé pour soulager son angoisse muette, elle me fait taire d'un geste, et aujourd'hui elle m'a dit :
— Ne m'en parle plus, Claudia, je commence à le haïr…