LXXXII
Par ce clair matin, je pleure avec Irène ; l'air est doux comme le miel, une illumination joyeuse rayonne de la terre et du ciel : à de pareilles heures, la souffrance apparaît comme un phénomène intolérable. Irène, dans sa douleur taciturne, semble perdue au milieu du triomphe de la nature en fleur…
Au dernier printemps, j'ai ramassé, un jour, une hirondelle blessée : elle était tombée à terre et y gisait dans une souffrance humaine ; je l'ai couchée dans la paume de ma main, et, lui effleurant l'aile je lui ai arraché des cris ; puis, doucement, j'ai baigné sa tête fine d'eau fraîche ; ses paupières frémissantes, toutes blanches, se sont entr'ouvertes sur ses yeux noirs comme l'onyx ; — as-tu jamais vu des yeux d'hirondelle, si mystérieux et profonds? — ils me troublaient comme me troublent ceux d'Irène ;… puis cette hirondelle est revenue à la vie, et, toute meurtrie, laissant soigner son aile blessée, elle est demeurée dans mon giron, où je la tenais en la caressant ; mais elle regardait vers le ciel où volaient ses compagnes, et, au bout d'un peu de temps, elle a pris son essor. — Irène me fait penser à cet oiseau des grands horizons jeté brutalement à terre : elle mourra, si aucune main secourable ne la relève et la soutient.