XII
Lorsque tu es loin de moi, je deviens semblable à la cigale : la forme extérieure de mon corps demeure inerte et passive aux endroits où je suis, mais mon âme s'en va aimant et chantant aux lieux où tu respires. Il m'importe peu alors de faire cette chose ou celle-là, d'être ici ou d'être ailleurs. Partout je me sens étrangère à moi-même, et je t'attends. Je ne trouve d'attrait qu'aux spectacles qui, malgré la distance, frappent tes yeux en même temps que les miens. J'épie avec un intérêt passionné le lever de la première étoile, et je la salue à la seconde, où perçant la nue, elle frémit blanche et claire dans l'empyrée. Je reste des heures à contempler ces astres qui palpitent éperdument sans jamais se lasser, comme des cœurs dévorés de tendresse ; je me dis que tu les vois et je les baise de loin.