XXXIX

Tu es curieux d'apprendre tout ce que j'ai pensé et fait loin de toi ; et moi je ne t'interroge pas, je ne cherche même pas : le bonheur de ton retour, l'exquis épanouissement de mon cœur en ta présence, le bien-être profond qui m'envahit de te savoir là, dans la maison, absorbent toutes mes pensées ; il me paraît que ce serait me voler moi-même que de te parler des moments où je n'étais pas auprès de toi. Je te vois, tes regards percent les miens, nos lèvres s'unissent ; ni le passé ni l'avenir n'existent plus pour moi, je ne puis être ni jalouse de l'un, ni inquiète de l'autre. Je n'ai que juste assez de vie pour la concentrer dans la joie de l'heure qui m'appartient. Lorsque tu n'es pas là, je puis compatir aux angoisses et aux inquiétudes des autres ; lorsque tu es là, il m'est impossible de souffrir : ton image chasse tous les fantômes.