XI
Le comte de Sussenlippen à Son Altesse Royale le grand-duc de X...
J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse Royale de ma mission à Sauer-Apfel. J'ai trouvé Leurs Altesses Sérénissimes dans un état d'agitation extrême. Je les ai assurées que je venais chargé d'une mission de conciliation. Je ne puis cacher à Votre Altesse Royale que Leurs Altesses Sérénissimes, et en particulier la princesse, me paraissent remplies de prétentions impossibles à soutenir vis-à-vis de Votre Altesse Royale.
Après avoir salué la princesse Adalbert, qui m'a exprimé d'une façon touchante sa satisfaction de voir un envoyé de son auguste parent, j'ai fait demander une entrevue au chambellan de Rothennase; je lui ai alors communiqué le plan que j'ai mûri pendant deux nuits. Je l'ai donc prié de répéter à Leurs Altesses Sérénissimes que pour calmer toutes les susceptibilités, tant celles de la noble famille de X... que celles de la maison Sauer-Apfel, je proposerais que dorénavant toute la famille mange des œufs nº 4; les nos 1, 2, 3, pourraient être offerts, soit au chambellan de service, soit à la chanoinesse de Jungferstieg. Le comte de Rothennase a paru charmé de ma proposition; elle me semblait en effet de nature à tout concilier; mais j'ai le regret d'ajouter qu'en l'entendant, Leurs Altesses Sérénissimes, et spécialement la princesse, ont déclaré que jamais l'électeur de Sauer-Apfel ni son épouse ne s'abaisseraient à l'œuf nº 4. En présence de cette fin de non-recevoir, j'ai conseillé à la princesse Adalbert de garder ses appartements, et je viens d'apprendre, par une longue conversation qu'elle m'a fait l'honneur d'avoir avec elle, que la princesse a été loin de trouver à Sauer-Apfel les égards dus à la nièce de Votre Altesse Royale. Je me suis senti révolté de l'ingratitude de l'ancien électeur que Votre Altesse Royale vient encore de combler de bontés en nommant le prince Adalbert colonel du régiment des cuirassiers oranges. J'ai été frappé également de ne point trouver, excepté dans les appartements particuliers de la princesse Adalbert, de portrait de Votre Altesse Royale.
Je crains que tous les moyens de conciliation ne soient épuisés, et qu'il ne reste qu'à rappeler l'auguste princesse à la cour de Votre Altesse Royale, dont je suis le plus humble et le plus dévoué sujet.
Sussenlippen.
Extrait de la Gazette officielle de X...
Hier une foule énorme et sympathique se pressait sur le chemin que devait parcourir la voiture de S. A. R. la princesse Adalbert de Sauer-Apfel, nièce de S. A. R. le Grand-Duc régnant. La princesse, accompagnée du distingué diplomate, le comte de Sussenlippen, a quitté le château de Sauer-Apfel à la suite d'événements dont la gravité nous est connue, mais que de hautes considérations politiques nous forcent à taire. Le prince Adalbert de Sauer-Apfel cesse d'être colonel du régiment des cuirassiers orange. La rupture entre les deux cours est complète.
[LES PETITS POIS]
A peine de retour après cinq ans de Japon, le baron de Tomy fut nommé conseiller de légation à X...—Au ministère, on lui donna avec obligeance tous les renseignements sur son nouveau chef; justement le petit T... arrivait de X..., en congé, et put éclairer complétement son collègue sur la position qui l'y attendait.—M. de Tomy apprit que sa nomination avait fait verser d'abondantes larmes aux plus beaux yeux du monde, et que sa future cheffesse ne lui voulait aucun bien de venir prendre une place si parfaitement occupée; quant au ministre, en perdant Z..., il perdait son bras droit, et cela au moment critique où se négociait le mariage de la princesse héritière, et que celui des deux prétendants qu'il importait fort à la France de faire agréer semblait en légère défaveur; le rappel de Z..., admirablement au courant de toutes les ficelles de la négociation, paraissait au représentant de la France une de ces balourdises dont un ministère, être impersonnel, est seul capable, et le remplacement de Z... par un monsieur qui arrivait du Japon, et pour qui les méandres de la diplomatie européenne seraient sans doute un mystère, mettait le comble à la maladresse. M. de Tomy constata donc, sans l'ombre d'un doute, qu'il ne serait rien moins que bienvenu: cependant il espéra secrètement que la fortune lui serait moins contraire qu'on ne voulait le lui faire croire. Il écouta avec recueillement et respect les instructions verbales de son auguste supérieur, se chargea de plusieurs missives pour ses collègues, et reçut le dépôt sacré des dépêches à remettre à son chef, la veille de son départ, et le jour en avait été assez difficile à fixer, car il avait rapporté de ses différentes missions plusieurs tendres superstitions à respecter et auxquelles il avait juré d'avoir égard; mais le mercredi et le dimanche lui appartenaient cependant encore sans réserve; aussi un samedi soir flânait-il quasi tristement vers les sept heures, quand, entrant au café Anglais pour son dernier dîner parisien, il fut surpris de se trouver nez à nez avec Z..., qu'il remplaçait.
—Tiens, vous voilà ici?
—Et vous pas encore parti? Comment cela va-t-il, retour du Japon?
—Mais pas mal. Vous allez me dire un peu, puisque vous voilà, comment on doit se comporter à X...
Ils se mirent à table ensemble. Z..., qui ne pensait qu'au fameux mariage, en fit un cours approfondi et détaillé, sans laisser percer ses regrets qu'on lui eût enlevé l'honneur de pouvoir dire que le succès était son œuvre; il fut bon prince et dit à son collègue qui il fallait flatter, qui craindre, qui tromper, qui flagorner, qui contrecarrer; quant à la jeune princesse, on n'en parlait pas.
Tomy, que le Japon avait barbarisé, demanda si elle avait des préférences; mais Z... lui montra bien clairement que ce qu'il y avait d'important là dedans c'étaient les préférences de la France, c'est-à-dire celles, des deux ou trois gros bonnets qui veillaient à sa destinée.
Tomy crut avoir admirablement compris la question du mariage, et il passa à des questions plus particulières.
—Et Son Excellence?
Z... mangeait des petits pois et en avait la bouche pleine.
—Le meilleur des hommes.
—Et la comtesse? continua Tomy en regardant dans son verre.
—Charmante femme, très-instruite.
Puis Z... ajouta avec une autre intonation:
—Mon Dieu! qu'elle aimerait donc ces petits pois!
—Vous dites, mon cher?
—Je dis que la comtesse adorerait ces petits pois; ils sont tous conservés, là-bas, et comme elle est un peu gourmande, elle les aime mieux frais... Pardon, mon cher, j'en prends encore... Mais quand on en mange depuis trois ans, qui sont durs, secs et racornis, cela vous change.
A partir de ce moment, M. de Tomy fut préoccupé et n'écouta que d'une oreille distraite Z... qui le bourrait d'adresses et d'instructions en tout point contraires à celles dont il était officiellement muni; enfin, Z... lui souhaita bon voyage sans rancune.
—Tous mes hommages à la comtesse.
—Soyez sûr que je n'y manquerai point.
Une fois seul, M. le baron de Tomy oublia promptement le mariage princier, les adresses de fournisseurs, et se posa gravement cette unique question:
—Où trouver ce soir des petits pois?
Il médita quelques minutes, rentra vivement chez lui et ordonna à son domestique d'avoir à lui faire confectionner immédiatement un sac de l'apparence la plus diplomatique.
M. Jean comprit parfaitement ce qu'il fallait à M. le baron, mais s'étonna à part lui de ce que le ministère ne fournît pas le sac avec les dépêches; cependant, comme il était homme de ressource, à onze heures, M. de Tomy était en possession de son sac.
Pour le coup, Jean fut au comble de l'ahurissement quand son maître lui demanda gravement:
—Combien de kilos entreront là dedans?
—Monsieur le baron!...
—Bien, bien... Cette corde est-elle forte, au moins? Je n'ai pas envie que ce sac s'éventre en route.
—Ah! monsieur le baron, c'est un sac de pommes de terre; à cette heure-ci je n'ai pas pu me procurer autre chose; je l'ai fait mettre à la grandeur voulue; j'espère que cela ne contrarie pas monsieur le baron... Quant à la solidité...
Jean se mit à la démontrer à grands coups de poing dans la toile.
—C'est parfait! parfait!
Et M. de Tomy regarda le sac avec une complaisance si visible qu'elle jeta le trouble final dans l'esprit de son valet de chambre.
Enfin Tomy ordonna qu'on le réveillât à quatre heures, et qu'une voiture fût prête à cinq heures précises.
—Monsieur le baron sait pourtant que le train ne part qu'à sept heures et demie.
—Jean, je vous dispense de me donner des conseils.
A cinq heures, M. de Tomy montait en voiture, son sac roulé dans une main, et de l'autre portant son nécessaire de voyage.
—A la Halle!
Mon Dieu! il avait été au Japon, mais il n'avait jamais été à la Halle; il n'était certes pas timide; mais cependant, avec son grand sac vide ballant, son costume de voyage, il sentait qu'il n'avait pas l'air d'un cuisinier, mais qu'il avait l'air drôle.
Avec pas mal de peine, il découvrit la marchande qu'il lui fallait, et fut au comble de la joie quand, à sa question hésitante si elle avait des petits pois en quantité suffisante pour remplir son sac, et il le montrait avec réserve, elle répondit de sa voix la plus sonnante:
—Celui-là et dix autres pareils, mon petit père. Et quels pois! Regardez-moi ça! (Et de ses dents, elle en écossait, puis les faisait sauter sur l'ongle.) Est-ce tendre? est-ce fin? et sucré? Goûtez voir un peu.
Il goûta; elle le regardait avec une certaine anxiété:
—Hein! c'est-y de première qualité? Donnez que je vous arrange ça.—Et elle entassa les pois dans le sac.
—Mettez-en le plus possible.
Il fut presque effrayé d'être si bien obéi; le sac, devenu ventru, était énorme; il tâta le poids et fit la grimace.
—Ah! vos douze kilos y sont, vous n'êtes pas volé!
Il en demeura persuadé et ajouta:
—Est-ce qu'ils se conserveront trois jours?
—Et vous m'en direz des nouvelles, encore.
Il porta gravement son sac à la voiture, ouvrit son nécessaire, alluma une bougie et se mit en devoir d'apposer dans tous les sens et aux deux bouts errants de la ficelle les plus gigantesques cachets; tout de suite cela prit bonne mine, et l'apparence de sac de pommes de terre disparut entièrement.
Il fut charmé et se dit:
—Je pourrai parfaitement porter cela sans être ridicule.
Jean ouvrit de grands yeux quand il vit les dimensions du sac, et que M. le baron lui défendit de le toucher, disant qu'il s'en chargerait seul. Néanmoins, il eut le temps de se rendre compte de la lourdeur, et resta convaincu que ce n'étaient pas là des dépêches.
Pendant trois jours et deux nuits, en voiture, en chemin de fer, en bateau, ce sac ne quitta pas l'œil ou la main de M. de Tomy; les grands cachets le firent regarder avec respect par le vulgaire, et Jean alla jusqu'à imaginer qu'il pouvait contenir de l'or en lingots.
Jamais M. de Tomy n'avait vécu sous le poids d'une pareille responsabilité; ce qu'il dépensa de soins, de précautions, presque de tendresse, pour défendre ce précieux sac de l'humidité, du chaud, des secousses, ne s'imagine point; il ne lut, ne mangea, ne dormit qu'autant que son sac était à l'abri de tout danger. Jean n'en revenait pas et pensa que M. le baron était chargé d'une mission qui allait le faire nommer ambassadeur.
Ils débarquèrent à X..., un assez triste matin, à cinq heures, par un jour indécis. Mais tout parut radieux au jeune diplomate; il était arrivé, et son sac était intact.
Comme il portait des dépêches et des lettres particulières, il se présenta à dix heures chez son chef; son sac l'accompagnait, et il le déposa aussi furtivement que cela était possible sous la première chaise à côté de la porte; mais le coup d'œil d'aigle du ministre avait vu.—Le comte de T... accueillit froidement, quoique courtoisement, son nouveau subordonné, devant lequel il posa de son attitude la plus digne, assis dans son fauteuil de travail, le buste renversé, et la main gauche éparpillant les papiers sur la grande table, tandis que la droite et le regard écoutaient. Le pauvre Tomy pensait qu'il n'avait jamais rencontré un pareil glaçon—toujours et toujours un: Parfaitement, parfaitement.—Enfin, la conversation officielle close, le comte de T... dit assez brusquement:
—Ah çà! qu'est-ce que c'est que ce gros sac que vous avez posé dans le coin?
Le malheureux, à qui ce sac pesait de ses trois journées et de ses deux nuits, répondit d'un air dégagé:
—Mon Dieu, monsieur le ministre, c'est tout simplement un sac de petits pois... mais oui, de petits pois. Voici comment cela est arrivé. La veille de mon départ, je rencontre Z... au café Anglais; le hasard fait qu'il me dit que vous n'avez ici que des légumes conservés, et que madame la comtesse aime les petits pois frais; alors j'ai eu l'idée de lui en apporter un sac... et les voilà.
M. de Tomy fut étonné lui-même de l'effet de sa harangue; le ministre se leva, fit le tour de sa grande table, et, paternellement, lui posant les deux mains sur les épaules:
—Mon cher enfant, ceci est tout simplement un coup de maître. Mais sans permettre à Tomy de répondre, il se rassit et écrivit deux billets dont il parut peser chaque mot.
—Veuillez être assez aimable pour sonner!
Tomy sonna docilement, se demanda quel rapport pouvait exister entre ses petits pois et la correspondance du ministre.
—Qu'on porte à l'instant ces lettres à leur adresse, et qu'on fasse demander à madame la comtesse si elle peut me recevoir avec M. le baron de Tomy.
Puis se tournant vers lui de l'abord le plus amical:
—Vous dînez avec nous ce soir, mon cher ami; je viens d'écrire au prince de V... et au conseiller de B...; nous étions légèrement en froid depuis quelques jours, le mariage traînait, je ne savais par où rompre la glace, vos petits pois sont un admirable prétexte... le prince est gourmand en diable... la comtesse va être ravie, le mariage est fait... Parlez-moi de Paris, du Japon, de tout ce que vous voudrez; je vois que nous nous entendrons parfaitement.
L'accueil de la comtesse fut encore plus réservé et plus digne que ne l'avait été celui du ministre; mais en un instant le sac se trouva placé sur la table, et, l'explication faite, Tomy vit s'éclairer et sourire le charmant visage qui le regardait assez sévèrement une seconde auparavant.
—Ah! mais c'est une idée délicieuse: donnez-moi donc des ciseaux... Monsieur de Tomy, prenez garde à mes pois; sont-ils assez frais, assez verts!
Et elle les écrasait entre ses dents, tout comme la marchande de la halle.
—Comment! vous avez eu le courage de vous charger de ce sac depuis Paris! mais c'est admirable! Mon cher ami, vous avez là un homme précieux; je ne savais pas qu'au Japon l'on apprît de si jolies manières... Comment! vous savez aussi faire la cuisine? Je vois que vous avez tous les talents.
Enfin on permit à Tomy d'aller se reposer, et on lui recommanda de dormir ferme afin d'avoir beaucoup d'esprit à six heures.
Lui parti, la comtesse pensa: C'est donc ce pauvre garçon que je détestais sans le connaître; comme il faut se méfier des jugements téméraires! Certes, le départ de Z... change ma vie, et, dans ce pays, elle n'est pas toujours gaie. Mais, enfin, il est parti, je ne peux plus le faire revenir; ce petit baron a sans nul doute infiniment d'esprit; cette idée des pois est lumineuse; je suis sûre qu'il aura une carrière brillante; je crois qu'on pourra en tirer parti. Allons, j'ai eu tort de tant pleurer; cela ne sert qu'à rendre fort laide.
Le ministre eut, sur la façon d'accommoder les pois, une longue conférence avec sa femme et le cuisinier, et il fut décidé qu'on en servirait à l'anglaise et à la française; le maître queux reçut les plus pressantes adjurations de donner à ces bienheureux pois ses soins les plus particuliers.
A six heures moins un quart, Tomy était dans le salon de la ministresse; elle le reçut comme un vieil ami.
—Vous allez goûter nos pois, dit-elle.
Puis, en quelques mots, elle lui donna tous les éclaircissements sur les nouveaux visages qu'il allait rencontrer. M. de Tomy fut présenté à chacun, par son chef, avec une sollicitude toute particulière: il était de la maison.
Le dîner fut exquis; le prince de V..., de l'humeur la plus joviale; le conseiller de B..., galant et assidu auprès de la comtesse; Tomy, plaisanté et l'objet de l'attention générale.
—Comment! c'était dans un sac à dépêches!
—Mais oui, avec d'immenses cachets; trois jours et deux nuits, et un poids de douze kilos, mon cher prince.
Le prince de V... le regardait avec aménité. Le conseiller de B... lui adressa plusieurs fois la parole.
En sortant de table, le prince dit à son hôte:
—Mon cher ministre, j'avoue que M. de Tomy me paraît un jeune homme remarquable.
Et le conseiller ajouta:
—Vous avez là un garçon qui fera parler de lui.
Le ministre répondit avec sérieux:
—Je l'avais demandé, connaissant son mérite.
Et ces messieurs de la légation constatèrent, avec une pointe de jalousie, le succès du nouveau collègue qui d'emblée avait conquis la confiance de son chef et la bienveillance de la comtesse.
Un mois après on célébrait à X... le mariage de la princesse avec le prétendant patronné par la France.
A quoi tient la destinée des hommes et des princesses!
[PAUVRE THÉODORE!]
Le vicomte de Raffinay s'ennuyait prodigieusement. Il avait beau, grâce à un intérim prolongé, jouir, lui, simple deuxième secrétaire, de toutes les grandeurs de la position de chargé d'affaires, il s'ennuyait. Déjà plusieurs fois il avait pesé sérieusement s'il ne conviendrait pas de mettre la clef sur la porte et de laisser la boutique se tirer d'affaire toute seule. La simple pensée de laisser la «Légation» seule faisait frémir d'horreur l'excellent chancelier, qui craignait sans doute que la «Légation» ne fût prise de mélancolie. Raffinay avait déjà écrit trois magnifiques dépêches au sujet de la peste bovine qui s'était déclarée à X..., et son gouvernement se trouvait parfaitement informé sur ce sujet; il avait aussi médité une quatrième dépêche sur les relations du grand-duché de X... avec la France, mais il avait conclu de s'en tenir à l'intention; heureusement que la chancellerie était ornée de fauteuils fort confortables; on y dormait à ravir, on y jouissait du calme le plus favorable pour fumer poétiquement un nombre illimité de cigarettes. La cire rouge, d'ailleurs, est une source de loisirs très-innocents: aussi Raffinay s'exerçait à l'étude des grands cachets, et était arrivé à une perfection remarquable; il espérait devoir à cette spécialité un avancement rapide.
Un matin qu'il bâillait avec plus d'entrain que d'habitude,—il venait de passer une heure à la fenêtre dans l'espoir d'apercevoir quelque collègue errant qui serait venu partager sa solitude,—il fut tiré de sa torpeur par la perception très-distincte d'une voix féminine discutant avec le cerbère de la légation, et d'un frou-frou de jupes des plus harmonieux. Le chargé d'affaires sonna violemment, mais au même instant le frou-frou et la voix firent une invasion violente dans le sanctuaire de la diplomatie française à X...
—Monsieur, oh! monsieur!
Et l'aimable personne qui apparaissait d'une façon si inattendue tomba sur une chaise et se mit à sangloter.
Raffinay la regardait avec une sorte de terreur respectueuse: les larmes d'une femme avaient le don de le rendre parfaitement stupide; cependant il répondit au Monsieur si expressif par un Madame bien senti; puis, observant mieux l'extrême jeunesse de sa visiteuse: Mademoiselle.
—Non, non, madame, oh! monsieur!... seulement depuis quatre jours...
Et un nouveau déluge de larmes.
Quand on est nourri des mystérieuses traditions de la diplomatie, on sait que, pour arriver à se bien comprendre, rien n'égale une attitude conciliante; et comme Raffinay ne comprenait rien à la présence inopinée, mais agréable, de la dame inconnue, il répéta après elle et avec la même conviction:
—Seulement depuis quatre jours?...
Mais au lieu de la calmer comme il l'espérait par cette concession, elle parut saisie d'un nouveau paroxysme, et s'emparant des mains de Raffinay, sur lesquelles elle courbait sa jolie tête, elle se mit à répéter presque avec des cris:
—Vous me le rendrez, monsieur, n'est-ce pas, vous me le rendrez?... Ah! Théodore!...
Puis, comme suffoquée par le même souvenir:
—Depuis quatre jours, quatre jours, ah! mon Dieu!...
Raffinay sentit la nécessité d'éclaircir la situation, qui devenait ridicule; il fit rasseoir la belle éplorée, car elle était positivement très-jolie et mise comme un ange qu'aurait habillé le bon faiseur; puis, prenant son attitude la plus officielle, il se mit en devoir de l'interroger:
—Pardon, madame, mais je n'ai pas parfaitement compris la situation. A quoi dois-je l'honneur de votre présence ici?
—Mais on l'a arrêté, monsieur, oui, les monstres l'ont arrêté! Et elle se leva comme prête à saisir à la gorge les monstres évoqués; le visage impassible du jeune secrétaire la fit retomber anéantie à sa place.
—Maintenant, madame, je continue et vous prie de me dire qui a été arrêté?
—Mais lui, mais Théodore, mon mari; ah! mon cher mari!
—Ainsi, madame, votre mari a été arrêté; à cela, il y a certainement une raison.
Raffinay arriva peu à peu à la faire s'expliquer; elle le fit avec une éloquence, une fougue, une abondance de paroles qui lui plurent singulièrement, car elles le transportaient bien loin des us et coutumes de X...
—Oui, monsieur, ils l'ont arrêté, un ange... notre voyage de noces. Ah! si ma pauvre maman savait... lui, lui... des faux billets; ah! ce changeur à Strasbourg! ce voleur! ce tigre! Lui, monsieur, c'est un homme qui lui a donné les billets. Est-ce que nous connaissons les billets de ce vilain pays? Et il en avait pris pour quatre mille francs. En pleine gare, oui, monsieur, en pleine gare, on a emmené mon mari, mon cher Théodore. Je suis sûre qu'ils l'ont jeté dans un cachot. Est-ce que vous croyez qu'ils vont le fusiller? Ah! ah! ah! ah! je me tuerai. C'est Théodore qui m'a dit de venir ici, car il a montré un sang-froid... Ah! mon Théodore... et seulement depuis quatre jours... rendez-le-moi, mon mari... oh! je vous aimerai tant!...
Cette péroraison parut douce au jeune diplomate. Il garda pendant quelques secondes un silence olympien; elle le regardait la lèvre émue, l'œil brillant, oppressée par sa vive émotion, tout son être suspendu à la réponse qu'elle attendait.
—Vraiment charmante, pensa-t-il; comme elle vous a une drôle de petite mine! Il prit une feuille de son grand papier officiel, caressa sa moustache de la main gauche, de la droite sa plume, puis, de sa voix la plus mesurée: Le nom de M. votre mari, madame?
—Théodore Jacob...
Le lorgnon du vicomte de Raffinay tomba avec un petit bruit sec sur la table, et il regarda madame Jacob avec un sourire aimable.
—D'après ce que j'ai cru comprendre, marié depuis quatre jours?
Elle fit un signe affirmatif.
—Cette catastrophe me semble évidemment désolante.
—Ah! monsieur, je le connais, il va mourir dans cette prison,—et bien naïvement,—séparé de moi.
—Je le conçois parfaitement.
Comme la jeune femme était encore très-petite fille, elle se crut forcée d'ajouter, tout en baissant les yeux:
—C'est qu'il m'aime beaucoup!
Une seconde fois, le monocle, qui avait repris sa place, retomba sur la table, et le vicomte de Raffinay prononça, avec un sourire qui sembla impitoyable à madame Jacob:
—Le cas est très-grave!
—Très-grave, ah! ah! ah!... Elle hésita un instant entre une attaque de nerfs et un évanouissement, et finit par sangloter.
Raffinay ne broncha pas.
—Oui, madame, car, enfin, M. votre mari avait en sa possession et essayait de mettre en circulation des billets faux.
—Mais on les lui avait donnés. Nous... nous sommes riches, monsieur.
Elle comprenait que, dans ce cas-là, c'était une bien meilleure défense que de dire: Nous sommes honnêtes.
—Mais, madame, quant à moi, je ne doute point de l'innocence de M. Théodore Jacob, mais il faudra la prouver, il faudra télégraphier en France, prendre des renseignements; cela peut durer trois... quatre jours... une semaine...
—Une semaine, monsieur! une semaine sans voir Théodore! jamais! Je veux partager sa prison, je le veux!
—Ceci est impossible, madame; vous resterez sous la protection de votre légation.—Et Raffinay releva noblement la tête, en pensant qu'il était lui-même cette légation.—M. votre mari sera rendu à la liberté.
Madame Théodore Jacob ne paraissait point parfaitement satisfaite et rassurée par la perspective d'être protégée par la légation; cependant elle avait séché ses larmes, ce qui la rendait infiniment plus jolie.
Le vicomte de Raffinay constata mentalement qu'il ne s'ennuyait plus.
—Madame, il y aura des démarches à faire.
—Oui, monsieur.
—Votre présence sera indispensable.
—J'irai au bout du monde pour mon cher Théodore!...
—Nous allons d'abord nous rendre chez le directeur de la police.
Pour la première fois, madame Théodore Jacob envisagea franchement le vicomte de Raffinay: il lui fit un peu peur; elle se demanda si Théodore trouverait bon qu'elle sortît seule avec ce jeune homme. Puis, la pensée de son mari étendu sur la paille humide d'un cachot lui rendit tout son courage, et s'armant de sa dignité la plus sérieuse:
—Je suis prête, monsieur...
—Vous me permettrez, madame, d'envoyer chercher une voiture, car il s'agit de ne pas perdre un instant.
—J'en ai une en bas...
—Alors, madame, je suis à vos ordres.
Dans la voiture, la jeune femme eut de nouveau recours aux sanglots; Raffinay sentit qu'il y allait de son honneur d'apaiser un peu son chagrin.
—Mon Dieu, madame, permettez-moi de vous dire que vous vous affligez trop; cette aventure est désagréable, pénible, ennuyeuse, et voilà tout; un jour ou deux de patience, et M. votre mari sera rendu à la liberté; je me mets jusque-là tout à votre disposition, et si je puis vous être bon à quelque chose, j'en serai charmé, croyez-le bien.
—Ah! monsieur, je vous remercie; mais songez qu'il y a seulement quatre jours que nous sommes mariés... Ah! si l'on m'avait prédit une chose pareille!
—Croyez-en ma vieille expérience, madame: quand vous aurez dix ans de mariage, une séparation de deux ou trois jours vous semblera moins effrayante.
Madame Théodore Jacob leva une seconde fois vers le vicomte de Raffinay son joli visage attristé: cela lui semblait drôle, ce jeune homme qui parlait de vieille expérience; elle ne savait point que MM. les diplomates se piquent d'en être pétris, après deux ans de chancellerie; elle demanda tout bonnement:
—Quel âge avez-vous, monsieur?
—Madame, j'avoue vingt-neuf ans.
—Tiens! c'est l'âge de Théodore; seulement, il est blond.
Cela fit plaisir au diplomate, qui était brun.
—Madame, vous voici chez M. le directeur de la police...
—Ah! j'ai peur!
—Pensez à M. votre mari, madame; n'ayez aucune crainte, je suis là...
—Qu'est-ce qu'on va me demander?...
—Soyez sûre, madame, qu'on vous ménagera infiniment...
Je ne vous quitterai pas, poursuivit-il. Veuillez vous appuyer sur mon bras...
Elle était tremblante comme la feuille, pâlissait et rougissait sous son voile. L'abord imposant du directeur de la police la terrifia; ses grandes lunettes, sa barbe en broussaille, tout, jusqu'à la poussière qui couvrait son bureau chargé de paperasses, lui sembla indiquer une horrible sévérité. Elle admira l'aisance de son introducteur:
—Mon cher directeur, comment traitez-vous mes nationaux? on les empoigne dans les gares; nous venons vous demander justice.
—Monsieur le chargé d'affaires, je suis plus désolé que vous; c'est un cas très-difficile, très-difficile; je pense que madame va nous expliquer; mais les billets étaient faux, monsieur le chargé d'affaires, et alors, vous comprenez...
—Non, mon cher directeur, je ne comprends rien du tout; on n'a jamais vu arrêter les gens pendant leur voyage de noces.
—Je suis désolé, vraiment désolé, madame!...
—Il y a là une erreur étonnante...
La jeune femme se jeta à la rescousse.
—Monsieur le commissaire de police, c'est le changeur à Strasbourg, je vous le jure. Ah! rendez-moi mon mari.
—Je veux bien... je veux bien... madame.
Ici, Raffinay reprit son rôle.
—Permettez, madame, que j'explique la chose à M. le directeur de la police...
Et les deux hommes se reculèrent jusqu'à l'embrasure de la croisée. La pauvre petite femme épiait leurs regards, voyait leurs sourires et pensait:
—Ah! Théodore, qu'est-ce qu'on va lui donner pour son déjeuner? Et lui qui s'ennuie s'il reste une heure sans m'embrasser... Comme ce monsieur est bien! Je savais que les diplomates étaient tous distingués... (et un petit soupir, car Théodore est dans les châles en gros)... Jamais Aglaé ne voudra croire que je me suis promenée toute seule avec un jeune homme; il est vicomte! comme il a été bon pour moi, je le dirai à Théodore.—Qu'est-ce qu'ils disent?—Ah! mon Théodore chéri, je pense à toi, va! (Un nouveau soupir.)
Raffinay revint vers elle.
—Madame, je vais être admis à voir M. votre mari.
—Ah! monsieur, ah! où l'a-t-on mis?... Pas dans un cachot?
L'excellent directeur de la police se sentait déjà plein d'intérêt pour cette pauvre jeune femme, quoiqu'il fût persuadé, jusqu'à preuve du contraire, que M. Théodore Jacob était un filou.
—Un cachot! non, non, madame, n'ayez pas peur!... Je regrette beaucoup, croyez, madame, beaucoup, beaucoup, mais il est impossible d'éviter une détention préventive, n'est-ce pas, monsieur le chargé d'affaires?
—Impossible, en effet, d'éviter une détention préventive... et même de quelque durée... ajouta Raffinay, qui commençait à entrevoir une charmante aubaine.
Le directeur de la police les accompagna jusqu'à la seconde porte, toujours en répétant:
—Croyez, madame, que je regrette beaucoup, beaucoup.
Et comme, malgré sa barbe hérissée, M. le directeur de la police était bonhomme au fond, il ajouta:
—Que M. le secrétaire de la légation veuille bien repasser dans une heure; j'aurai examiné l'affaire d'ici là, et nous aviserons tous les deux aux moyens d'une solution prompte.
Dès qu'ils furent dehors, la première parole de Raffinay étonna étrangement madame Jacob.
—Si j'ose vous le demander, madame, vous ne devez pas avoir déjeuné?
Elle avoua, en pleurant, qu'elle avait très-faim.
—Eh bien! madame, les circonstances sont telles, si particulières et si impérieuses à la fois, que je vais vous proposer de venir déjeuner chez un garçon; à l'hôtel, on ferait attendre; dans un restaurant, cela serait d'un effet fâcheux, tandis que, chez moi, vous déjeunerez tranquillement, et un temps précieux ne sera pas perdu.
Elle restait devant lui, effarouchée et craintive, ne sachant pas s'il fallait dire oui ou non.—Il lui en épargna la peine.
—J'étais persuadé, madame, que votre bon sens vous ferait dire oui, tout simplement, et je vous en remercie.
Comme elle était encore très-sérieuse, il ajouta en souriant:
—Ce sera, sans doute, le premier ménage de garçon avec lequel vous ferez connaissance?
—Ah! non, j'ai été avec maman voir l'appartement de Théodore.
—Vraiment? eh bien, vous constaterez si nous avons les mêmes goûts. M. votre mari aime-t-il le bric-à-brac?
—Lui! Oh! c'est un homme tout à fait sérieux et établi; il n'a pas le temps de s'occuper de ces choses-là.
—C'est toujours regrettable pour une femme.
Nouveau silence rempli de méditation de part et d'autre; car, au bout de quelques secondes, elle dit d'une voix tremblante:
—Comme vous êtes bon pour moi, monsieur!
Raffinay souhaita du fond du cœur que M. Théodore Jacob passât plusieurs jours en prison.
Ce déjeuner fut une surprise et un plaisir tels que le pauvre Théodore, dans son cachot, fut légèrement oublié. Le jeune homme fut respectueux, galant, empressé, et cela fit trouver les bons baisers sonores de M. Jacob un peu vulgaires. Elle qui, toute sa vie, n'avait vécu que dans des intérieurs cossus, il est vrai, mais strictement simples et bourgeois; elle dont le nouvel appartement, qui lui avait paru délicieux avant de quitter Paris, était meublé sans l'ombre d'une prétention au bon goût, se trouva soudain parfaitement à l'aise, au milieu de ce fouillis riche et élégant; les gravures, les tableaux, les livres, les armes, les potiches, les soies diverses, les portières baroques lui parurent les accessoires les plus naturels. Son chez elle lui sembla hideux en souvenir, et elle se jura que son appartement ressemblerait à celui qu'elle voyait; on lui en fit connaître tous les trésors; il remua, bouleversa, lui montra tout ce qui pouvait l'amuser; elle y allait avec la bonne foi d'une pensionnaire, répétant naïvement:—Je n'ai jamais rien vu de si joli. Et elle commença à comprendre qu'il y avait des raffinements d'existence que Théodore ne connaîtrait jamais.—Pauvre Théodore! elle ne l'oubliait cependant pas, car, à chaque pause, elle hasardait:
—Mon mari, monsieur, mon mari, n'oubliez pas que dans une heure.....
—Soyez sans crainte, madame, il faut nécessairement attendre les réponses à nos dépêches; vous êtes moins inquiète, j'espère: vous voyez que rien n'est épargné pour arriver au résultat que vous désirez; mais, en attendant, il faut vous distraire... La tristesse pourrait vous rendre malade, et ce n'est pas ce que désire M. votre mari. Certainement cette séparation est pénible, mais elle ne durera pas, tandis qu'il y en a d'autres qui peuvent être bien douloureuses..., et dont il n'est pas donné de voir la fin...
Cette délicate allusion ne fut pas perdue, mais madame Théodore Jacob n'avait encore lu que les romans du Journal des demoiselles, et elle ne sut comment la relever; elle comprenait seulement très-clairement qu'il fallait être triste et malheureuse quand on a son mari en prison et au secret.
—Une promenade à la campagne vous ferait du bien, madame.
—Oui... mais...
—Ce sera absolument comme vous voudrez.
La jolie créature commençait à se trouver mal à l'aise, et pourtant elle n'eût voulu pour rien offenser ce monsieur si aimable.
—Vous aurez la bonté de demander à mon mari ce qu'il veut... ce qu'il désire: je dois lui obéir.—Et prenant courageusement son parti, elle se leva.—Je crois qu'il faut que vous alliez le trouver maintenant, monsieur... Elle avait ressaisi son courage, et sa gaieté commençait à l'embarrasser. Pourtant, M. de Raffinay était bien charmant!... Et comme il la regardait!... Avec quel feu contenu par le respect!... Décidément, madame Théodore ne savait plus trop où elle en était, et il lui fallut un grand effort pour se diriger vers la porte:
—J'irai vous attendre à l'hôtel, monsieur.
Il vit qu'elle le voulait, et l'y ramena avec toute sorte d'égards.
A quoi bon, d'ailleurs, brusquer un dénoûment? N'avait-il pas tout le temps devant lui?...
Madame Théodore supporta assez bravement la curiosité de son retour, les chuchotements sur son passage; il lui serra la main en la quittant.
—Dans une heure, madame, je suis ici. Courage, courage, je vous en prie; il faut que je dise à M. votre mari que vous n'êtes pas triste.
—Oui, monsieur, oui.
Raffinay sauta en voiture, le cœur léger et l'esprit courant les rêves. Tout en allumant son cigare, il répétait: Pauvre Théodore! pauvre Théodore!...
Comme on pense, il se garda bien de retourner chez M. le directeur de la police.
Ayant bien ruminé son plan, une heure après, il revenait à l'hôtel; il aurait trouvé inutile de pénétrer jusqu'à M. Jacob; il y aurait eu des empêchements... des formalités... mais le soir, il espérait... Et, en attendant, il venait proposer une promenade en voiture...
Le garçon lui ouvrit la porte du nº 33 d'un air allègre... Une jeune femme était assise sur les genoux d'un monsieur quelle embrassait en pleurant; au bruit, elle sauta sur ses pieds.
—Ah! monsieur, merci, merci! Voilà dix minutes que Théodore est là. Ah! nous sommes si heureux! mon mari est si reconnaissant de votre amabilité!
M. de Raffinay fit bonne contenance.
—Je venais vous féliciter, madame... Monsieur, je suis ravi...
Pauvre Théodore, il ne saura jamais tout ce qu'il a dû, ce jour-là, à M. le directeur de la police de X... pour l'avoir mis en liberté sans autre forme de procès.