ÉCLAIRCISSEMENTS.
[Article Ier]—Sur la Floride et sur le livre de BernardRomans, intitulé: Courte Histoire Naturelle et moralede la Floride Orientale et Occidentale | |
[Art. II.]—Sur l’histoire de Newhampshire, par Belknapp,et sur l’Histoire de Vermont, par Samuel Williams | |
[Art. III.]—Sur Gallipolis, ou la Colonie des Françaisau Scioto, en 1789 | |
[Art. IV.]—Sur diverses Colonies Franco-Canadiennes | |
Art. V.—Observations générales sur les Indiens ousauvages de l’Amérique-Nord | |
[Vocabulaire] de la langue des Miâmis, tribu établie surla rivière Wabash | |
FIN DE LA TABLE. | |
NOTES:
[1] J’avais été dix mois dans les prisons, jusqu’après le 9 thermidor.
[2] Je ferai néanmoins remarquer aux Américains toute l’absurdité du principal grief par lequel on me rendit suspect (car à cette époque le langage et le régime devinrent un vrai terrorisme). L’on me supposa l’agent secret d’un gouvernement dont la hache n’avait cessé de frapper mes semblables: l’on imagina une conspiration par laquelle j’aurais (moi seul Français) tramé en Kentucky, de livrer la Louisiane au Directoire (qui naissait à peine), et cela quand des témoins nombreux et respectables dans ce Kentucky, comme en Virginie et à Philadelphie, pouvaient attester que mon opinion, manifestée à l’occasion du ministre G****, était que l’invasion de la Louisiane serait un faux calcul politique: qu’elle nous brouillerait avec les Américains, et fortifierait leur penchant pour l’Angleterre; que la Louisiane ne convenait sous aucun rapport à la France: que son colonisement serait trop dispendieux, trop casuel; sa conservation trop difficile, faute de marine et de stabilité dans notre gouvernement, lointain, variable, embarrassé, etc., etc.; qu’en un mot, par la nature des choses, elle ne convenait et finalement n’appartiendrait qu’à la puissance voisine, qui avait tous les moyens d’occuper, de défendre et de conserver.—Cette opinion, contraire à celle de la plupart de nos diplomates, m’a attiré leur improbation, presque leur animadversion en Amérique et en France. J’ai néanmoins continué de la défendre dans le temps où il y avait quelque courage à la manifester. Aujourd’hui qu’elle a reçu la plus haute des approbations, il doit m’être permis de m’en faire quelque mérite.
L’on serait bien étonné si l’on savait que la colère de M. John A** à l’époque même où le grand Washington me donnait des témoignages publics d’estime et de confiance, n’avait pour motif qu’une rancune d’auteur, à cause de mes opinions sur son livre de la Défense des Constitutions des États-Unis. Comme homme de lettres, et comme étranger, souvent questionné dans un pays de toute liberté, j’avais été dans le cas de manifester mes opinions, quand leur auteur n’était pas encore au premier poste de l’État. Malheureusement j’avais adhéré au jugement de l’un des meilleurs reviseurs anglais, qui traitant ce livre de compilation sans méthode, sans exactitude de faits et d’idées, ajoute qu’il la croirait même sans but, s’il n’en soupçonnait un secret, et relatif au pays apologisé, que le temps seul pourra dévoiler. Or, en interprétant mon auteur, je prétendais que ce but était de capter, par une flatterie nationale, la faveur populaire et les suffrages des électeurs; quand le fait eut vérifié la prophétie, le prophète ne fut pas oublié.
[3] Toutes les fois que l’on fait remarquer aux Américains quelque imperfection ou quelque faiblesse dans leur état social, dans leurs arts et leur gouvernement, leur réponse est: «Nous sommes un jeune peuple:» ils sous-entendent laissez-nous croître.
[4] Affaire d’Alger, et construction des frégates à 1,700,000 fr. la pièce.
[5] Traité Jay comparé à celui de Paris.
[6] Affaire de M. Lyons en plein congrès.
[7] Scandaleux désordres du collège de Princetown, et nullité des autres.
[8] Depuis l’avénement de M. Jefferson à la présidence, les fédéralistes n’ont cessé de l’assaillir d’invectives dans les papiers publics; et telle est la solidité des principes sur lesquels il opère, qu’il a tout laissé dire sans que son caractère en fût ébranlé dans l’opinion publique: peut-être même s’y est-il affermi.
[9] Voyez la notice des prix de Princetown, en 1797 et 1798.
[10] On a suivi en effet cette méthode dans la première édition. Mais, soit que l’auteur n’ait pu se charger de revoir les épreuves, soit que l’exécution ait présenté des difficultés auxquelles on ne s’était pas attendu, le travail s’est trouvé très-défectueux. Ce système d’imitation, suivi pour quelques mots, ne l’était pas pour quelques autres; de sorte que, loin de se trouver diminuée, la confusion s’est augmentée. Il fallait, ou mettre plus d’unité dans l’exécution ou rétablir l’orthographe anglaise. Nous avons cru devoir prendre ce dernier parti. L’étendue d’une note ne nous permet pas d’exposer les raisons qui nous y ont décidé, nous les exposerons dans le second tirage de la notice sur les écrits de Volney.
(Note des éditeurs).
[11] Le Mississipi, mot altéré de Metchin-sipi, qui signifie grande rivière dans la langue des Miâmis, tribu de sauvages qui habite aux sources des rivières Miâmi et Wabash. Il est remarquable que les premières notions que l’on eut en Canada sur le Mississipi, vinrent de ce côté, et de la part de ces sauvages, qui tous les ans font une excursion guerrière d’ancienne haine contre les Chactâs et les Chikasaws, situés vers le bas du grand fleuve.
[12] Recensement publié à Philadelphie le 21 septembre 1801 (General Advertiser).
[13] J’ai vu dans les mains de M. Jefferson une lettre à lui écrite par Hutchins, en date du 11 février 1784, dans laquelle il reconnaît avoir commis de très-fortes erreurs dans le calcul du North-west territory.
[14] J’appellerai toujours l’état de New-York le New-York, et n’appliquerai point l’article à la ville de ce nom.
[15] J’emploierai ce mot pour répondre au mot anglais cleared, éclairci, c’est-à-dire, nettoyé de tous bois.
[16] Petit moucheron noir, pire que les cousins.
[17] Altération du mot français Vert-Mont, que les habitants ont adopté par penchant pour les Français de Canada, et qui est la traduction de l’appellation anglaise, Green-Mountain.
[18] Maine n’est encore qu’un district de Massachusets; mais il ne peut tarder d’être constitué en état.
[19] Les sillons du Kentucky.
[20] White-oak, Great-iron, Bald-mountain, Blue-mountain.
[21] Apalachi-cola, mot double dans lequel cola signifie rivière chez les sauvages Creeks.
[22] Frontière des États-Unis vers les possessions anglaises du Canada.
[23] Rivière considérable de la Virginie occidentale qui verse dans l’Ohio.
[24] Bartram.
[25] C’est néanmoins sur ces sommets que les sauvages, imités en cela par les Américains, avaient établi leurs sentiers ou routes: l’exemple le plus pittoresque que j’en aie trouvé, est la route tracée sur la crête du Gauley (Gauley-ridge) dans les montagnes du Kanhawa; cette crête n’a pas 15 pieds de large en plusieurs endroits de sa longueur, qui est de plus d’un quart de lieue; et l’on a à droite et à gauche une pente rapide de plus de 6 à 700 pas de profondeur.
[26] Il faut aussi remarquer que jadis les lits encombrés d’arbres renversés, et de roseaux, gardaient mieux les eaux, et qu’aujourd’hui nettoyés, ils les laissent écouler trop vite.
[27] Il faut 60,000 ames.
[28] Ces Nihiçaoué forment 10 à 12 tribus établies entre le lac du Cèdre et le Missouri, d’où ils paraissent venir originairement.
[29] Voyez les notes de M. Jefferson, page 49, édition de Paris, 1785. Je préviens le lecteur, que j’ai évalué le pied anglais à raison de 304 millimètres, et que j’ai négligé les petites fractions.
[30] Neveu du docteur Franklin, auteur de plusieurs mémoires de physique, insérés dans l’American Musæum, et dans les Transactions de la société philosophique de Philadelphie.
[31] Transactions of the society of New-York, part. 2, page 128.
[32] Voyez History of Vermont by Samuel Williams, pag. 23, 1 vol. in-8º, imprimé à Walpole, New-Hampshire, 1794. L’auteur observe qu’à ces latitudes la région de la congélation constante est 2452 mètres (8066 pieds anglais): M. Samuel Williams, qu’il faut distinguer de M. Jonathan Williams, a été professeur de mathématiques à Cambridge près Boston, et est un ecclésiastique retiré dans le pays de Vermont.
[33] History of New-Hampshire by Belknap, page 49, tome III. Voyez aussi Samuel Williams, page 23.
[34] Ce n’est pas sans avoir examiné cette question avec soin, que je m’écarte de la projection de M. Arrow-Smith, qui, négligeant totalement le sillon d’Holy-hill et de Flying-hill, détourne au-dessous de Harrisbourg le chaînon de Blue-ridge dans Kittatiny: ce géographe peut avoir eu des notes de voyageurs qui, influencés par l’opinion vulgaire des colons de Pensylvanie, et par le nom de Blue-ridge qu’ils donnent en quelques cantons au Kittatiny, ont adopté ce système. Mais outre que l’autorité d’Évans, de Fry et de M. Jefferson, m’a paru d’un poids supérieur, j’ai moi-même vu, en traversant la Susquehannah sur la route d’York à Lancastre, un chaînon situé un mille au-dessus du bac de Colombia, lequel prolonge évidemment Blue-ridge, que l’on voit long-temps à l’ouest de cette route plus ou moins distant. Ce chaînon, égal en hauteur sur les deux rives, ne laisse à la rivière qu’un étroit passage, sur un rapide; et tout atteste qu’il a été forcé comme le Potômac sous Harper’s-ferry.—Il continue sa route nord-nord-est.—Le lit de la rivière est calcaire au bac de Colombia.
[35] White-oak, Great-iron, Bald, Blue-mountain.
[36] Pâture du veau et de la vache.
[37] Nom du colon primitif ou principal sur la route: presque tous les noms de lieu aux États-Unis ont pareille origine.
[38] On peut voir ces échantillons chez M. la Métherie, rédacteur du Journal de physique.
[39] Les Anglais le désignent sous le nom de Gulph-stream.
[40] Voyages d’Alexandre Mackenzie dans l’intérieur de l’Amérique du nord, traduits par Gastera, 3 vol. in-8º.
[41] Il paraît que le lit de la Mohawk sépare la contrée granitique de la contrée des grès.
[42] Habitation de M. Jefferson en Virginie, sur le chaînon appelé South-west-mountain, que l’on devrait plutôt appeler le Sillon rouge, à cause de sa terre argileuse de cette couleur, absolument semblable au sol d’Alep en Syrie.
[43] Voyez Medical repository, tome 1er, nº 3, imprimé à New-York, 1797.
[44] Voyage de Liancourt, tome 1er, page 10.
[45] Le sol de toute la Haute-Susquehannah est mêlé de schistes, de pierres, de geiss, de schorl, de feld-spath, coupé d’une foule de sillons peu élevés, qui montent par gradins jusqu’à l’Alleghany; là domine le grès. Il y a aussi des veines basaltiques, produits et témoins d’anciens volcans. Partout les arbres sont rabougris et de faible végétation. (Note de M. Guillemard.)
[46] Voyez notes de M. Jefferson, sur la Virginie, page 63.
[47] White river.
[48] A l’habitation de M. Thompson.
[49] A l’habitation de M. Inès, juge.
[50] De retour à Paris, j’ai soumis ces coquillages à l’examen de l’un de nos plus habiles naturalistes dans cette branche de science (M. Lamark), et je ne puis mieux satisfaire la curiosité de mes lecteurs, qu’en leur communiquant le jugement qu’il en a porté.
«Monsieur, j’ai examiné, avec le plus grand soin, les trois morceaux de fossiles que vous m’avez confiés, et que vous avez recueillis dans l’Amérique septentrionale.
«J’ai vu très-clairement, dans chacun d’eux, des térébratules fossiles{*} entassées et sans ordre. Ces térébratules sont presque toutes de la division de celles qui sont cannelées longitudinalement en-dessus et en dessous, comme la térébratule que Linnée a désignée sous le nom d’Anomiadorsata.
{*} Nouveau genre établi dans mon Système des animaux sans vertèbres,
page 138, avec un démembrement du genre anomia de Linnée.
«On ne voit, de la part de ces coquilles fossiles, que le moule intérieur, c’est-à-dire que la matière pierreuse, dont leur intérieur s’est rempli pendant le long séjour de ces coquilles dans le sein de la terre. Cependant, sur plusieurs d’entre elles, on retrouve encore des portions minces et blanchâtres de la coquille même.
«—Dans le morceau qui vient de Cincinnati, on voit distinctement trois sortes de coquilles fossiles: savoir, une espèce de térébratule à grosses cannelures, et qui approche de celle figurée dans la nouvelle Encyclopédie, pl. 241, fol. 3; une autre espèce de térébratule non cannelée, mais pointillée, nacrée et à oreillettes; enfin, une coquille bivalve à épines rares, dont je ne puis reconnaître le genre, n’en pouvant examiner la charnière.
«—Dans le morceau pris dans le Kentucky, à cents pieds au-dessus du lit des eaux, je remarque des individus de différents âges, d’une espèce de térébratule cannelée, qui paraît se rapprocher de celle figurée dans la nouvelle Encyclopédie, pl. 242, fol. 1, ayant ses cannelures plus fines et plus nombreuses que dans la térébratule cannelée du morceau précédent, et sa valve supérieure ou la plus petite, aplatie. Ce même morceau contient un fragment de belemnite.
«—Enfin, dans le troisième morceau, pris sur les hauteurs ouest d’Onondago, je vois de nombreux débris de deux térébratules cannelées, différentes encore de celles des deux morceaux précédents; l’une d’elles, un peu trigone, offre une gouttière sur le dos de la grande valve, et s’approche beaucoup de celle qui est représentée dans la pl. 244, fol. 7, de la nouvelle Encyclopédie. L’autre térébratule du même morceau est grande, aplatie presque comme un peigne; mais elle présente des fragments trop incomplets, pour qu’il soit possible de la caractériser, et d’en déterminer les rapports avec d’autres espèces.
«Nota. D’après la considération de ces trois morceaux, il me paraît évident que les régions de l’Amérique septentrionale, où ces morceaux ont été recueillis, ont fait autrefois partie du fond des mers{*}, ou du moins qu’elles montrent actuellement à découvert la portion de leur sol qui a fait partie du fond des mers et non de ses rives; car les fossiles qu’on y trouve maintenant sont des coquillages pélagiens (voyez mon Hydrogéologie, pages 64, 70 et 71), qui, comme les gryphytes, les ammonites (les cornes d’Ammon), les orthocératistes, les bélemnites, les encrinites (les palmiers marins), etc., vivent constamment dans les grandes profondeurs des mers, et jamais sur les rivages. Aussi la plupart de ces coquillages et de ces polypiers ne sont-ils connus que dans l’état fossile.
{*} A l’appui de cette opinion, viennent encore les nombreuses salines, dont
est rempli tout le pays d’ouest. On les y désigne sous le nom de licks, que
l’on voit à chaque instant sur les cartes du Kentucky. La source la plus riche
est près du lac Oneïda; elle contient un dix-huitième de sel de son poids. Les
mers du Nord n’en contiennent que 1/32, et celles des tropiques 1/12 environ;
il est remarquable que ces sources salées sont rares sur la côte Atlantique.
(Note de l’Auteur).
«Vos observations, monsieur, déterminent la nature des fossiles que l’intérieur d’Amérique septentrionale laisse maintenant à découvert, et il y a apparence que parmi ces fossiles l’on y chercherait vainement des coquilles littorales.
«Lamarck.»
[51] Voyage de Liancourt, tome II.
[52] Le voyageur suédois Peter Kalm l’appelle glimmer.
[53] On remarque que cet isinglass contient plus de parties de mica dans les pays du sud, et plus de schorl dans les pays du nord de cette côte.
[54] Voyage de Liancourt, tome IV, page 189.
[55] Faute d’instruments et de temps, mon moyen de mesurage fut de choisir, vers le pied du sillon, plusieurs arbres d’une hauteur à peu près connue de 25 mètres, et d’en répéter, d’échelon en échelon, la mesure comparative, ayant égard à la réduction de perspective.
[56] La témérité des navigateurs américains rend ces accidents fréquents dans leurs fleuves comme sur l’Océan.
[57] Cette banquette et les talus sur tout le cours de l’Ohio, sont couverts de l’odieuse plante stramonium, que l’on m’a dit y avoir été importée de Virginie, mêlée par accident à d’autres graines; elle s’est tellement multipliée, que l’on ne peut se promener sur les banquettes sans être infecté de son odeur narcotique et nauséabonde.
[58] Elle est composée d’environ 400 maisons de bois, en planches et en troncs, que l’on a commencée d’y construire à l’époque de la guerre des Sauvages, vers 1791: ce n’était qu’un camp de réserve et parc d’artillerie.
[59] Ruisseau d’argent.
[60] Un colon du Tennessee m’a fait observer que toutes les rivières de ce pays, qui versent immédiatement dans le Mississipi, ont également des banquettes; ce qu’on attribue, a-t-il ajouté, à ce que chaque année, dans le cours du mois de mai, le Mississipi a une crue d’environ 25 pieds anglais, laquelle force tous ses affluens de déborder et de se faire un plus large lit. Mais cette crue fait pour ces rivières office de digue temporaire, et confirme, en ce point, la théorie que j’ai présentée pour d’autres cas. Au reste, je ferai observer à mon tour, que sur sa rive gauche, du côté d’est, le Mississipi est constamment restreint par une chaîne de hauteurs qui lui laissent rarement quatre ou cinq milles de terrain plat pour se déployer, tandis que sur la rive droite, du côté d’ouest, lorsqu’il a franchi sa berge, il perd ses eaux sur un sol plat de plus de 20 lieues de largeur.
[61] Hutchins suppose près de 700 milles; mais il faut remarquer que ce géographe n’eut aucun moyen exact et géométrique de mesurer l’Ohio: il le descendit en bateau, dans un temps de guerre avec les sauvages, calculant sa marche par le courant, sans faire de relevé à terre, dans la crainte de surprises toujours menaçantes: depuis quelques années, la navigation plus libre du fleuve a établi des calculs plus justes, et prouvé que ceux de Hutchins pèchent tous par excès; ainsi, du petit Miami aux rapides, l’on compte 145 milles, au lieu de 184 qu’il portait. Du grand Kanhawa au petit Miami, 207, au lieu de 231; en général, on le réduit d’un septième.
[62] Il y a trois Miamis, le petit, au-dessus de Cincinnati; le second ou grand Miami, au-dessous de ce même poste, tous deux versant dans l’Ohio, et le troisième versant dans le lac Érié.
[63] Portage est l’espace de terre qui se trouve entre deux eaux navigables, parce que l’on est obligé de porter le canot pour passer de l’une à l’autre; c’est ce que les anglais appellent carrying place.
[64] Voyage dans les États-Unis d’Amérique, par Larochefoucauld-Liancourt, tome II.
Voyage dans le Haut-Canada, par Isaac Weld, tome II.
Ces deux livres peuvent passer pour une bibliothèque portative des États-Unis.
[65] A un mille et demi de New-Geneva, venant de Canandarké, je me trouvai au bord d’un amphithéâtre d’une pente plus douce et plus longue que celle dont je parlerai bientôt; mais d’une vue encore plus magnifique, car l’on y découvre, sans obstacle et d’un seul coup d’œil, un immense bassin parfaitement plane, composé, au nord-est, du lac Ontario, et à l’est, d’une véritable mer de forêts, parsemée de quelques fermes et villages, et des nappes d’eaux des lacs iroquois.
[66] Déja des colons ont profité de cette pente pour construire des moulins à scie et à farine.
[67] Voyez le voyage de M. Weld, tome II, p. 298, traduit par M. Castera.
[68] La traduction française, dit, un peu sur la droite: oui, quant au fleuve; mais quant au spectateur, c’est incontestablement sur la gauche.
[69] Cette chaleur a réellement lieu dans le dégagement de l’eau des grandes meules de moulins, comme je l’ai éprouvé à Richmond, et elle est assez forte; mais c’est au rejaillissement des eaux, et non à elle, que l’on peut attribuer les cavernes.
[70] Voyez page 304. Je ne pense point d’ailleurs que M. Weld veuille dire, avec quelques voyageurs, qu’il y ait un vide capable de donner passage. En considérant la petite cascade, nous avons remarqué que les nappes supérieures pressent sur les inférieures, et les forcent de s’écouler le long de la paroi du rocher; le raisonnement lui seul indique ce mécanisme, et le passage est totalement impraticable.
[71] Il serait à désirer que le gouvernement des États-Unis, présidé en ce moment par un ami des sciences et des arts, fit dresser le procès verbal le plus précis de l’état de la cataracte. Cet acte deviendrait un monument précieux, auquel, d’âge en âge, on pourrait comparer ses progrès, et apprécier avec certitude les changements qui surviendraient.
[72] Il reste à savoir si les cavernes se trouvent dans cette nature de pierre; l’examen attentif des parois du ravin donnera, à cet égard, des lumières que je n’ai pas eu le temps d’acquérir.
[73] Voyez troisième volume, p. 159, des Mémoires de M. Pouchot, publiés à Yverdun, 1781. Il appelle cette rivière Casconchiagon, ce qui est son nom canadien.
[74] Voyez American Musæum, tome VIII, p. 215: un anonyme, qui paraît avoir eu des notes précises sur Niagara, évalue ainsi toutes les pentes:
| mètres. | pied. ang. | |
| 1º la pente des rapides à | 17½ | 58 |
| 2º la hauteur de la chute à | 47½ | 157 |
| 3º et la pente du ravin jusqu’au Platon, pendant sept milles, à | 20⅓ | 67 |
| Total | 85⅓ | 282 |
[75] Voyez la description détaillée de ces deux chutes dans le Voyage de M. Weld, tome II, p. 86.
[76] Page 60, de l’édition française.
[77] Voyez American Musæum, tomes III et V.
[78] Le mot grec klima ne signifie que degré, échelon.
[79] Voyez Transactions of the philosophical society of Philadelphia, tome Ier, in-4º.
[80] Voyez Ephemerides Meteorologicæ Palatinæ, Manheim.
[81] Voyage de Liancourt, tome II, p. 207.
[82] Le froid moyen de Pétersbourg, depuis 1772 jusqu’en 1792, selon l’académie des sciences de cette capitale, a été de 24° ½; mais cela ne nous dit pas quel a été le maximum; les gelées ont commencé le 27 septembre, et fini le 25 avril (comme à Québec).
[83] Cette circonstance empêche d’y élever l’oranger en pleine terre; mais elle n’empêchera pas d’y cultiver l’olivier, dont M. Jefferson a fait le présent précieux à ce pays; surtout si c’était l’olivier corse; car j’ai vu en 1792, dans les montagnes de cette île, à Corté, qui est élevé de cinq cents toises au-dessus de la mer, j’ai vu, dis-je, les oliviers prospérer, malgré trois et quatre degrés sous zéro. Les Corses même prétendent que huit jours de neige au pied, détruisent les insectes et assurent la récolte.
[84] Voyez American Musæum.
[85] History of Vermont, page 42.
[86] Voyez notes sur la Virginie, page 63.
[87] Humboldt a trouve le même degré dans l’Amérique méridionale.
[88] Voyez les trois Mémoires d’observations de ce savant médecin, sur le climat de Pensylvanie, dans les tomes VI et VII de l’American Musæum.
[89] Je traduis en degrés de Réaumur les degrés de Fahrenheit, usités en Amérique comme en Angleterre.
[90] Voyage de Liancourt, tome IV.
[91] American Musæum, tome VIII.
[92] Fondée par suite des opérations de la compagnie de Scioto qui, en 1789, fit tant de bruit à Paris pour vendre des terres qu’elle n’avait pas, mais dont elle se faisait bien payer. J’aurai l’occasion d’en reparler.
[93] Noix très-oblongues, d’une coquille fine et fragile, et en tout infiniment supérieures aux noix ligneuses (hickorys) de la côte atlantique.
[94] M. le docteur Barton m’a dit qu’il préparait sur ce sujet un mémoire qui ne pourra manquer d’être très-intéressant.
[95] Voyez Medical Repository of New-York, tome Ier, page 530, où se trouve un tableau météorologique dressé par le major Swan.
[96] An account of six years residence in Hudson’s bay, 1 vol. in-8º, London, 1752.
[97] Present state of Hudson’s bay, 1 vol. in-8º, London, 1790. Les mêmes faits se répètent dans le continent asiatique, et confirment l’analogie de climat et de sol que j’ai indiquée. Les savants russes, Gmelin, Pallas, Georgi, attestent que passé le 65°, et même dès le 60° de latitude, en Sibérie, l’on trouve des marais éternellement gelés au fond, dont la glace conserve, depuis une antiquité inconnue, des ossements, et même des peaux d’éléphants, de rhinocéros, de mammouts. (Voyez le Nord littéraire, nº Ier, page 380.)
Le célèbre voyageur américain Ledyard atteste également qu’à Yakoutsk, par moins de 62° de latitude, l’on n’a pu établir de puits, attendu que les fouilles faites jusqu’à 60 pieds de profondeur ont appris que la terre était gelée de plus en plus ferme. (Voyez American Musæum, tome VIII, lettre de Ledyard, août 1790.) Le capitaine Phips dit également que le 20 juin 1778, par 66° 54´, l’eau de la mer, puisée à 780 brasses de profondeur, marqua 2° ⅔ sous glace (R). Parmi nous, M. Patrin, naturaliste instruit, qui a voyagé plusieurs années en Sibérie, rapporte que même, par les 54°, étant descendu, en juin 1785, dans un puits récent de la mine d’Ildikan en Daourie, il remarqua, à la hauteur de 40 pieds, des gerçures remplies de glaçons (et cependant c’était une mine métallique); ce qui prouve, ajoute-t-il, que le feu central n’a pas beaucoup d’activité en Daourie (Journal de physique, mars, 1791, page 236). Mais, comme désormais la saine physique, aidée de tous ces faits et des expériences ingénieuses de M. de Saussure, a relégué au rang des vieux contes mythologiques cette vieille rêverie d’un foyer central, et même la théorie hasardée sans preuves suffisantes, d’une température moyenne de 10°, l’on a droit d’en conclure contre les hypothèses de Buffon et de divers autres physiciens, que le globe est une masse cristallisée essentiellement froide, dont la superficie seule est échauffée par les rayons du soleil, en raison de la force et de la continuité de leur action. De là vient que sous la zone torride l’on trouve, pour terme moyen, le sol impregné d’environ 14° de Réaumur, à une profondeur qui probablement ne pénètre pas plus de trois ou quatre mille toises: à mesure que l’on s’éloigne de ce grand et principal foyer, vers le nord, la chaleur diminue par proportion inverse des latitudes 11° en Virginie, 9° à Philadelphie, 7° en Massachusets, 5° en Vermont, 4° en Canada, et finalement zéro et moins de zéro sous le pôle: en sorte que si jamais le soleil abandonnait notre pauvre planète, elle finirait par n’être qu’un amas de glaçons, et par n’avoir, pour derniers habitants, que des ours blancs et des Esquimaux.
[98] Depuis octobre 1795, jusqu’en juin 1798.
[99] Voyez notes sur la Virginie, page 7.
[100] Les tables du docteur Ramsay à Charlestown confirment pleinement cette assertion; car sur quatre années, depuis 1791 jusqu’en 1794, elles n’offrent que huit jours où le nord ait soufflé: il ne souffla pas un seul jour en 1792, et la même rareté a lieu à Québec.
[101] Le lecteur peut avoir déja vu, ou peut consulter une esquisse de cette théorie, dans le chapitre XX de mon Voyage en Syrie (publié en 1787). Novice alors dans cette branche de science, j’ignorais que de grands maîtres, tels que Halley et d’Alembert, s’en fussent occupés. A mon retour d’Amérique, lorsque j’ai voulu reprendre le cours de mes idées et leur donner un développement conforme aux nouveaux faits que j’avais rassemblés, j’ai dû me mettre au niveau des connaissances acquises, et j’ai trouvé qu’un mémoire intitulé: Théorie des Vents, par le chevalier la Coudraye, avait rempli la tâche que je me proposais. Ce mémoire, couronné dès 1785 par l’académie de Dijon, est un traité complet sur cette matière, et je ne puis mieux faire que d’en conseiller la lecture à ceux qui veulent se former un tableau sommaire du jeu des courants de l’air: ce n’est pas qu’il ne reste encore beaucoup à dire sur le système général des vents par tout le globe, et qu’il n’y ait beaucoup d’expériences et de calculs à établir sur le foyer, le lit, la vitesse de chaque courant d’air: sur les directions diverses et souvent contraires qu’ils suivent dans l’océan aérien; sur l’épaisseur de leurs couches; sur la formation, la composition, la dissolution des nuages; sur les causes et les effets des dilatations et des condensations plus ou moins subites qui accompagnent les orages, etc. Mais, parce qu’un tel travail veut la réunion des connaissances combinées d’un navigateur, d’un physicien et d’un chimiste, et qu’elle exigerait des recherches longues et même dispendieuses, dirigées sur un plan méthodique, ma tâche se trouve naturellement réduite à fournir mon contingent de matériaux pour cette opération; et c’est ce que je vais faire, en jetant dans les chapitres suivants les faits qui m’ont paru les plus importants et les plus certains.
[102] Voyez à l’appendice une lettre sur le système des vents de ces deux contrées.
[103] Boeotium crasso jurares aere natum, a dit un poëte philosophe.
[104] Les Italiens disent d’un plat ouvrage, c’est une composition de scirocco.
[105] Je tiens ces notes de M. Power, américain naturalisé sujet d’Espagne, à la Nouvelle-Madrid, qui a observé le pays en homme éclairé.
[106] Voyez la carte générale.
[107] Voyez Annuaire de la république, an 6, p. 59.
[108] Insérée dans le supplément de la gazette de Mexico, 29 octobre 1795.
[109] L’amiral Anson observe également que par les 30 et 32°, le dominant est l’ouest, doux et agréable; mais que vers les 40 et 45°, il devient plus vif et plus constant.
[110] Dissertation déja citée.
[111] Histoire naturelle et civile des Florides, 1 vol. in-12, imprimé à New-York, déja très-rare à trouver.
[112] J’ai long-temps refusé de croire à l’existence de ces grêlons pesans des onces et des livres, dont parlent trop souvent les gazettes et les voyageurs; mais l’orage du 13 juillet 1788 m’a convaincu par mes propres sens. J’étais au château de Pontchartrain, à quatre lieues de Versailles. A six heures du matin, étant allé visiter un parc de moutons, je trouvai les rayons du soleil d’une chaleur insupportable; l’air était calme et étouffant, c’est-à-dire, très-raréfié: le ciel était sans nuage, et cependant je distinguai quatre à cinq coups de tonnerre: vers sept heures et un quart parut un nuage au sud-ouest, puis un vent très-vif. En quelques minutes le nuage remplit l’horizon, et accourut vers notre zénith avec un redoublement de vent alors frais, et tout à coup commença une grêle, non pas verticale, mais lancée obliquement comme par 45°, d’une telle grosseur, que l’on eût dit des plâtres jetés d’un toit que l’on démolit. Je n’en pouvais croire mes yeux; nombre de grains étaient plus gros que le poing d’un homme, et je voyais qu’encore plusieurs d’entre eux n’étaient que les éclats de morceaux plus gros; lorsque je pus avancer la main en sûreté hors de la porte de la maison, où fort à temps je m’étais réfugié, j’en pris un, et les balances qui servaient à peser les denrées, m’indiquèrent le poids de plus de cinq onces: sa forme était très-irrégulière; trois cornes principales, grosses comme le pouce et presque aussi longues, proéminaient du noyau qui les rassemblait. Des témoins dignes de foi m’assurèrent qu’à Saint-Germain l’on avait pesé un grêlon de plus de trois livres, et je ne sais plus quel poids l’on peut refuser de croire.
[113] Voyez le Voyage en Syrie, tome Ier, page 179, troisième édition; en rapportant l’opinion des anciens à cet égard, j’ai insisté sur sa probabilité, motivée par la pente générale du sol et du cours du fleuve, et par l’action que les vents exercent sur les surfaces aqueuses. Le fait a constaté mon aperçu.
[114] Les marins disent: Quand on est hors des écueils en mer, fond de quinze brasses, et que du haut du mât d’un sloup, l’on voit juste le cap Hatteras, l’on va entrer dans le Gulph-stream, et de suite l’on perd les sondes.
[115] Le savant voyageur Humboldt, à qui nous devrons tant d’observations neuves et importantes, a aussi trouvé que sur les bas-fonds, son thermomètre a baissé de 3° de R..... M. Lalande, qui a publié ce fait comme une découverte, n’a pas sans doute connu ceux dont je parle.
[116] Voyez Transactions philadelphiques, tome X, page 396, tome XIX, page 298.
[117] Au moment où cette feuille s’imprime, je reçois des États-Unis le cinquième volume des Transactions de la société de Philadelphie, et j’y trouve, page 90, un Mémoire de M. Strickland qui, par une série d’observations faites en 1794, allant et revenant d’Europe, confirme tout ce que j’ai exposé sur les indications du thermomètre. L’auteur ajoute qu’il a reconnu une branche du Gulf-stream dans la direction de l’île Jaquet, et il insiste sur la probabilité du transport des fossiles tropicaux de la côte d’Irlande, par les eaux de ce même courant: ses observations me confirment dans l’opinion que le banc de Terre-Neuve est la barre de l’embouchure de ce grand fleuve marin qui, avant de l’avoir créée, marchait droit au nord-est sur l’Irlande, et qui ne s’est dévié vers l’est que par suite de l’obstacle de cette barre grossie et accumulée de siècle en siècle. Il faudrait comparer ses graviers à ceux de la côte atlantique.
[118] C’est l’expression canadienne pour désigner tout le pays.
[119] Selon le capitaine Meares, c’est le vent de nord qui est le dominant de ces parages.... Pour donner une idée du refroidissement que les surfaces glacées occasionent dans l’air, il me suffira de citer une observation de Charlevoix. Ce missionnaire rapporte que, traversant le banc de Terre-Neuve, par un temps d’ailleurs doux, son vaisseau fut tout à coup assailli d’une brise si glaciale, que tous les passagers furent contraints de se réfugier dans l’entre-pont; bientôt l’on aperçut une de ces îles de glaces qui, à chaque printemps, viennent du nord flotter dans l’Atlantique, et tant que l’on resta sous le vent de cette île, longue d’un quart de lieue, l’air resta insupportable. Cette expérience se renouvelle presque chaque année pour les navigateurs de Terre-Neuve.
[120] History of Vermont, page 48.
[121] Ces versements d’air froid de la région, soit moyenne, soit supérieure, sont attestés par Belknap, qui cite, dans le New-Hampshire, un lieu où le vent semble toujours tomber d’en haut comme l’eau d’un moulin: moi-même je pourrais en citer en France un exemple remarquable sur le chaînon du Forez qui sépare le bassin du Rhône de celui de la Loire: en plusieurs endroits, mais surtout au local du château de la Farge, entre Belleville et Roanne, six à sept lieues au-dessus de Tarare, l’on éprouve habituellement, que tandis que l’on monte ou descend du côté du Rhône la pente rapide de ce chaînon, l’on ne sent aucun vent; mais à peine a-t-on atteint la crête du sillon, et surtout à peine commence-t-on de descendre le revers du côté de la Loire, que l’on sent un vent d’une vivacité extrême, versant de l’est à l’ouest, c’est-à-dire du bassin de Rhône, dans celui de la Loire; et si de suite l’on revient sur ses pas, et que l’on redescende la pente d’est vers le Rhône, l’on ne trouve plus de vent: la raison en est, que le bassin de Rhône est un grand lac d’air frais et dense, qui communique avec l’atmosphère des Alpes, tandis que le bassin de la Loire est un lac d’air plus léger et plus chaud, qui vient de l’Océan par les vents régnans d’ouest: le chaînon de Forez est une digue qui les sépare, et qui les tient l’un et l’autre calmes jusqu’à sa hauteur; mais par-dessus cette digue, le trop-plein du bassin de Rhône se verse comme de l’eau, et se montre d’autant plus froid et plus rapide, qu’il est l’écoulement de la région moyenne d’air qui vient des Alpes et tombe en glissant sur le lac.
[122] Nom que se donnent les sauvages.
[123] De même aux sources de la Wabash et des deux grands Miâmis, il pleut par tous les vents; à Gallipolis, sur l’Ohio, il pleut surtout par ouest sud-ouest, tandis que plus bas, à Cincinnati, l’ouest est sec, et il pleut par nord-ouest.
[124] En Massachusets la brise commence dès huit et demi ou neuf heures du matin au mois de juin, tandis qu’en Caroline elle ne commence qu’à dix et onze; comparez les distances respectives des sillons à la côte, et vous en voyez de suite la raison.
[125] Le chaînon qui sépare Saint-Ildephonse de l’Escurial, sépare tellement l’atmosphère de ces deux lieux, que quoique rapprochés à six ou sept lieues, ce sont deux climats différents.
[126] Par exemple, Udine où il tombe 62 pouces, et Garfagnana, 92 pouces: aux Antilles, il tombe plus de 100 pouces par an.
[127] Selon Chalmers, cité par Ramsay, ibid.
[128] Jefferson, page 6.
[129] S. Williams, History of Vermont, page 51.
[130] Idem.
[131] Idem.
[132] Docteur Rush, observations sur la Pensylvanie, American Musæum, tome VII.
[133] Mais en récompense j’ai vu un journal météorologique manuscrit, où le nombre des jours pluvieux à Brest est de 349 jours par an, tandis qu’à Marseille le nombre des jours clairs est de 352.
[134] C’est un étrange livre que les Recherches de M. Paw sur les Américains. A mon retour d’Amérique, j’ai voulu le lire pour profiter de tant de lumières dont on lui fait honneur; mais lorsque j’ai vu avec quelle confiance il adopte des faits faux; avec quelle hardiesse il en tire des conséquences chimériques, établit et soutient des paradoxes divergents, et avec quelle acrimonie il attaque d’autres écrivains, j’avoue que le livre m’est tombé des mains. Je ne conçois pas comment du fond d’un cabinet on ose écrire avec assertion sur des faits qu’on n’a pas vus, sur des témoignages insuffisants ou contradictoires; pour moi, plus j’ai vu le monde et multiplié mes observations, plus je suis convaincu que rien n’est plus délicat et plus rare que de saisir les objets, surtout compliqués, sous leurs véritables faces et sous leurs vrais rapports: qu’il est presque impossible de parler raisonnablement du système général d’un pays ou d’une nation sans y avoir vécu: qu’il en est de même, et encore pis, pour les temps passés; et que le plus grand obstacle aux progrès des lumières est l’esprit de certitude, qui jusqu’ici a fait la base de l’éducation chez presque tous les peuples.
[135] Transactions of the American philosoph. society.
| Pouc. | Lig. | |
| On a observé que l’eau mise une fois par mois dans les vases, évaporait | 4 | 10 |
| Et que mise une fois par semaine elle évaporait | 6 | 35 |
| Sans doute parce que dans le premier cas le vent n’atteint pas bien au fond du vase; | ||
| 2º Sur une rivière, un vase a évaporé | 1 | 15 |
| En local sec il a perdu | 1 | 50 |
3º Quatre plantes pesant 118 grains, mises en caisse de pur sable et bien arrosées, ont évaporé 10,944 grains, qui sont plus que n’eût donné une surface de dix pouces carrés dans le même espace de temps.
[137] Ils remarquent en même temps que les habitants, et surtout les femmes, y sont d’une extrême irritabilité.
[138] Dans plusieurs pays chauds, entre autres dans l’île de Cuba, lorsqu’il pleut, les paysans qui travaillent en plein air ôtent leurs vêtements, les tiennent à l’abri et ne les reprennent que quand le corps est sec; alors ils ne prennent pas la fièvre; si au contraire ils laissent mouiller et sécher leurs vêtements sur leurs corps, jamais ils ne manquent d’en être saisis.
[139] Plusieurs physiciens géographes croient que le vent nord-ouest au Bengale vient des montagnes situées au vrai nord-ouest du pays: mais, outre qu’elles sont trop éloignées, le jeu des deux côtés des Gâtes est tellement correspondant, que l’on ne peut lui admettre d’autre source: c’est l’inclinaison de la pente orientale, caractérisée nord-ouest et sud-est par le cours des fleuves, qui détermine le reversement du vent; de même que c’est à raison de cette inclinaison, que le soleil échauffant cette pente avant d’avoir échauffé le revers des Gâtes, y cause un mouvement premier et antérieur par lequel l’air des Gâtes est attiré, et à sa suite l’air du Malabar.
[140] Depuis l’équinoxe d’automne jusqu’à celui du printemps, saison d’été pour l’hémisphère austral.
[141] Ils viennent du quart entre l’ouest et le pôle: la qualité sèche et froide de ces vents sur la côte du Chili, jointe à leur fréquence, est un indice de la non-existence d’aucune grande terre vers le pôle austral, et de la quantité des glaces qui y sont amoncelées.
[142] Molina, Italien, auteur d’une bonne Histoire géographique, naturelle et civile du Chili, traduite en espagnol, par Mendoza. Madrid, 1788, grand in-8º, belle impression.
[143] A Paris j’ai remarqué pendant nombre d’années, que les premières feuilles des marronniers-d’Inde se montraient entre le 24 mars et le 5 avril, aux Tuileries, et que celles des chênes se déployaient presqu’un mois plus tard dans les forêts.
[144] En 1798, je goûtai à Philadelphie et à New-Castle, les premières cerises avant le 6 juin, et je goûtai à Bordeaux les dernières le 6 juillet: je pus constater l’opinion de tous les Français, qui trouvent aux cerises américaines un acide mordant que les nôtres n’ont pas, et qui se manifeste habituellement par des coliques. L’on en peut dire autant des fraises.
[145] Quelques matières, telles que le charbon broyé fin avec de la limaille et du soufre, de l’huile de chenevis avec du noir de fumée et autres semblables, sont susceptibles d’inflammation spontanée à certains degrés d’humidité et de chaleur si de tels mélanges se trouvent dans les marais, il est réellement possible que l’inflammation ait lieu.
[146] History of Vermont, pag. 64 et suiv.
[147] Voyez plusieurs Mémoires de ce médecin, dans l’American Musæum, tome VI et VII. Dans ce même tome VII, un Mémoire sur le climat de New-York, confirme pour ce pays les mêmes résultats.
[148] History of Vermont, pag. 61, 62, 63.
[149] Je pense qu’il y a erreur d’impression ou de traduction: ce doivent être les brises de l’est et de sud-est.
[150] Si depuis 1795 l’on éprouve en France une nouvelle altération dans la température des saisons et dans la nature des vents qui la produisent, j’oserais dire que c’est parce que les immenses abattis et dégâts de forêts, causés par l’anarchie de la révolution, ont troublé l’équilibre de l’air et la direction des courants?
[151] Tome III, page 339.
[152] Par exemple, c’est eux qui font que certains cantons sont constamment affectés de grêles ou de tonnerres, tandis qu’à une demi-lieue de là, le pays en est habituellement exempt.
[153] Voyez American Museum, tome V.
[154] J’ai éprouvé sur moi-même la justesse de cette théorie à mon retour d’Égypte. Au Kaire, je prenais sans inconvénient cinq ou six tasses de café par jour. Lorsque je fus sédentaire à Paris, il me devint impossible, dès le mois d’octobre, d’en supporter même une tasse à jeun sans ressentir un mouvement fébrile et nerveux. J’ajoute que pendant les trois ans que j’ai passés en Syrie et en Égypte, je n’ai eu de toute maladie que l’influenza de 1783; tandis qu’aux États-Unis, en trois ans aussi, j’ai eu deux fièvres malignes très-graves, cinq ou six gros rhumes, et des affections rhumatiques devenues incurables; et cela en me conformant en chacun de ces pays au régime suivi par les habitants.
[155] Par exemple, la plaine de Trappes, près Versailles, quoique élevée et découverte, est infestée de fièvres par les étangs de Saint-Cyr.
[156] Un médecin américain, en présence de quatre médecins anglais a fait à la Martinique, en 1796, des expériences dont il a conclu que l’air atmosphérique contenait en cette île soixante-sept parties d’oxygène sur cent. J’ai communiqué cette expérience à M. Fourcroy, qui pense que quelque erreur s’est introduite dans l’expérience; et que la vie ne pourrait se soutenir long-temps à cette proportion. Les expériences de Humboldt, dans l’Amérique méridionale confirment celles d’Europe.
[157] M. Jean de Vèze, ancien chirurgien distingué et accrédité au Cap-Français.
[158] Voyez Recherches et Observations sur la maladie épidémique qui a désolé Philadelphie, depuis août jusqu’en décembre 1793, en anglais et en français, in-8º, 145 pag. Philadelphie, 1794.
[159] C’est ainsi que toute la ville de Philadelphie a été persuadée que l’épidémie de 1793 vint de l’île de la Grenade, où elle avait été, disait-on, apportée de Boulam (côte d’Afrique), par le vaisseau le Hankey. Un médecin anglais, qui se trouvait dans cette île, avait donné à cette seconde portion de l’histoire un caractère imposant d’authenticité dans un écrit qu’il publia: et cependant trois ans après, M. Noah Webster et le docteur E. H. Smith, ont publié à New-York un journal de toute la navigation du Hankey, dressé par l’un des plus respectables témoins oculaires, lequel rassemble une si grande masse de preuves, et porte un cachet si particulier de candeur et de véracité, que l’on demeure convaincu avec MM. Webster et Smith, que le médecin C. s’est complètement trompé. De même M. Richard Bayley, dans son excellent Rapport au gouverneur de New-York, prouve que les inculpations des vaisseaux l’Antoinette et le Patty, étaient des rumeurs de peuple absolument dénuées de fondement, etc. Voyez New-York repository, tom. 1er, pag. 470 et 127.
[160] Voyez le Rapport des médecins de Philadelphie au gouverneur de Pensylvanie: celui de M. Richard Bayley au gouverneur de New-York; le Mémoire du docteur Valentine Seaman de New-York, sur les causes de la fièvre jaune à New-York.—Les Recherches du docteur Benjamin Rush sur la même maladie, à Philadelphie, en 1793 et 1794. Lettre de G. Davidson, sur le retour de la fièvre jaune à la Martinique en 1796. Origine de la fièvre pestilentielle qui ravagea la Grenade en 1793, 1794, par E. H. Smith. Thèse sur la fièvre maligne à Boston, par Brown. Récit des fièvres bilieuses avec dyssenterie à Sheffield, par W. Buel: enfin la collection très-intéressante de Lettres sur les fièvres de divers lieux, par Noah Webster de New-York.
[161] L’on en pourra juger par la doctrine de l’un des professeurs les plus influents de Philadelphie, dans un discours de clôture, dont quelques auditeurs me firent immédiatement le récit. Après avoir récapitulé les méthodes enseignées pendant l’hiver de 1797-1798, et entre autres celle de la saignée à cent onces de sang, en divers cas de la fièvre jaune: «Messieurs, dit-il à ses élèves, nous allons nous séparer, et vous allez vous disperser sur la vaste surface des États-Unis: répandez-y de toutes parts les vérités que vous avez entendues ici; vous trouverez des contradicteurs, des ennemis! résistez-leur avec courage, et soyez persuadés qu’avec de la fermeté et de la constance, vous ferez triompher la véritable doctrine.» Ite et evangelizate.
Certes, s’il est une doctrine dangereuse, surtout en médecine, c’est celle qui exclut le doute philosophique, sans lequel l’esprit demeure fermé à toute instruction, à tout redressement; et cette doctrine est surtout pernicieuse pour les jeunes gens, en qui le désir de savoir et le besoin de croire s’associent au besoin d’aimer, et qui s’attachent aux opinions par suite d’attachement pour les maîtres. Aussi l’une des plus fécondes sources d’erreur, de fanatisme et de calamités, a été et est encore ce funeste principe d’éducation musulmanique, adopté dans tous les genres d’éducation.
[162] De 10 à 15 degrés, selon la sensation du malade.
[163] Voyez à ce sujet un très-bon Mémoire de M. Edouard Miller, New-York repository, tom. 1er, pag. 195.
[164] Graces aux talents de l’ingénieur Latrobe-Bonneval, Philadelphie, depuis mon départ, jouit d’une pompe à feu qui lui procure les eaux du Schuylkill; pareille entreprise a été faite à New-York, et il est à désirer que les habitants des autres ports imitent un si salutaire exemple.
[165] Je fais cette remarque, parce que la seule bonne méthode que je connaisse, consiste à traduire d’abord le plus littéralement et le plus près possible du sens et de la valeur des mots.—Or, comme dans cette opération il arrive ordinairement que les expressions et les constructions de la langue étrangère écartent celles qui sont propres à notre langue naturelle, il faut laisser reposer ce premier jet, et ne le reprendre que lorsque l’on a presque oublié l’original; alors relisant ce mauvais français, les formes naturelles du style viennent se présenter d’elles mêmes, et l’on peut faire un excellent travail. Ce serait déja beaucoup d’en faire un bon, car il est bien peu de traductions qui méritent cette épithète.
[166] C’est le nom que les Canadiens et les géographes français donnent à l’Ohio. L’on y pêche entre autres poissons du Cat-fish, qui pèse quatre-vingts et quatre-vingt-dix livres.
[167] Il y a plus de soixante endroits divers du nom de Washington aux États-Unis. Il y a aussi une douzaine de Charleston; en général la nomenclature géographique de ce pays est pleine de répétitions de ses propres noms ou de noms d’Europe, par la raison que chaque colon, anglais, irlandais ou écossais, donne à son nouveau séjour le nom de son lieu natal: et l’on peut dire, sous plus d’un rapport, que les États-Unis sont une seconde édition de l’Angleterre; mais cette copie est tirée sur un bien plus grand format que l’original. On en jugera dans un siècle.
[168] C’est le nom que les Américains donnent à tous les habitants français des postes de leur frontière à l’ouest et au nord.
[169] C’est-à-dire à la Nouvelle-Orléans, distante de près de cinq cents lieues par le fleuve. Au Poste-Vincennes on dit d’un homme qui va à la Nouvelle-Orléans, il va en ville, comme si l’on était dans le faubourg.
[170] Je joins l’itinéraire qui m’a été communiqué comme chose très-connue. L’on y remarquera le peu d’accord qu’il y a entre les lieues et les heures, et la trivialité des dénominations canadiennes, indice du caractère et des mœurs des gens qui les ont imposées.
Itinéraire du Poste-Vincennes à Kaskaskias.
| lieues ou | heures | |
| Jusqu’au ruisseau Ombra | 3 | 2 |
| De là à l’Orme au milieu d’une prairie | 4½ | 3 |
| De là à la rivière du Chat | 4½ | 3 |
| De là au Joug | 5 | 3 |
| A la Saline | 2 | 1½ |
| Au poteau de l’Esclave | 5 | 3 |
| A la grosse Pointe | 5 | 2½ |
| A la Cafetière | 4 | 2 |
| A l’Écorce jaune | 5 | 3 |
| A la Pointe au Noyer (un joli ruisseau) | 5 | 2½ |
| Après ce ruisseau est une chaussée détruite de castors: on prend à un carrefour le sentier gauche qui abrége; mais l’on est sans eau pendant cinq lieues; on rejoint à la pointe aux Fesses. | ||
| De la Pointe au Noyer à la Chaussée | 1½ | 1 |
| Au Fevier | 4 | 2 |
| A la Pointe aux Fesses | 5 | 3 |
| A la prairie du Trou | 5 | 3 |
| A la Grande Côte | 5 | 3 |
| A l’Épronier | 4 | 2 |
| Au Kas | 6 | 4 |
| 73½ | 43½ |
[171] Par exemple, au Fort Détroit, le caractère ne diffère pas de celui que je viens de citer; et lorsque j’y passai en septembre suivant, le plus grand nombre des Français parlait de se retirer sur le terrain du Roi (Georges), plutôt que de se former au régime municipal et laborieux des Américains.
[172] Les Américains, d’après les Anglais, désignent les Sauvages par le nom d’Indian, qu’ils prononcent presque indigène: et ils feraient mieux de s’en tenir à ce dernier terme; car il est bizarre d’avoir donné le nom des habitants de l’Indus d’abord à ceux de l’Amazone, puis de toute l’Amérique; et cela par suite de la méprise de l’un des premiers navigateurs portugais, qui, voulant se rendre dans l’Inde, s’écarta si fort à l’ouest, qu’il se trouva au Brésil, à qui, pour se consoler, il donna le nom d’Inde occidentale.
[173] Les Sauvages appellent peau rouge celle de daim, dont la chasse tombe en juillet et août.
[174] En Anglais, leguins (jambières): les chaussons s’appellent mocassons.
[175] Voyez la cinquième séance de mes leçons d’histoire professées à l’école normale, imprimées séparément in-8º 1821, chez Bossange frères.
[176] Vulgairement appelés les Quakers, société dont on a peut-être trop dit de bien en Europe, et trop de mal aux États-Unis (à cause des Nègres), mais qui, tout bien considéré, me paraît la secte religieuse dont la morale théorique et pratique est la plus favorable à l’amélioration de la société et de la condition humaine en général. L’on peut dire que tout ce qu’il y a de bons établissements de bienfaisance, de bons règlements administratifs en Pensylvanie, est son ouvrage; et il ne lui manque que d’introduire dans son plan d’éducation plus de connaissances physiques, pour mériter d’être l’église de tous les hommes raisonnables. Comment des dévôts peuvent-ils appeler profane l’étude des ouvrages de Dieu?
[177] Tel est le capitaine Carver, voyageur en 1768, dont nous avons une bonne traduction en 1784, un vol. in-8º. L’auteur paraît avoir été un peu crédule et très-vaniteux; mais malgré son penchant pour les sauvages, qui avaient flatté sa vanité, on voit dans ses récits de la droiture et de la bonne foi. Les aveux qu’il fait de son peu d’instruction, et de son incapacité à rédiger une grammaire et un dictionnaire sauvage, me font beaucoup douter qu’il soit le rédacteur de son ouvrage, et je pense que ce service lui a été rendu par son éditeur, comme il est arrivé chez nous à un autre voyageur connu.
Un second voyageur est Jean Long, Anglais, commis et facteur pendant vingt ans dans la traite des pelleteries du Canada: il a publié ses voyages in-4º en 1791: ils ont été traduits et publiés in-8º en 1793. Il est fâcheux que le traducteur se soit permis de supprimer les vocabulaires pour quelque économie de librairie. Cet ouvrage mérite réimpression avec corrections, car il est le plus fidèle tableau que je connaisse de la vie et des mœurs des sauvages et des trafiquants canadiens.
Un troisième est Bernard Romans, dont j’ai assez parlé.
Un quatrième est Umfreville que j’ai fait connaître. Je ne parle point du livre d’Adair sur les Creeks et les Chérokis, parce que, à quelques faits vrais, il a mêlé une foule de faits altérés ou faux, dans l’intention de prouver que les sauvages descendent des juifs. Cette extravagante idée, qui d’ailleurs, lui est commune avec plusieurs missionnaires, ne l’a conduit qu’à faire envisager sous un faux jour tout ce qui appartient aux sauvages. Ce n’est qu’avec de saines notions sur la nature de l’entendement humain, sur sa marche, et sur tous les principes qui gouvernent et modifient l’homme de la nature, que l’on peut bien étudier et suivre l’histoire des nations.
[178] Le nègre aussi; mais il noircit dans les 24 heures.
[179] C’est ce que dit Oldmixon, tom. I, pag. 286.
[180] Chaque jour de nouveaux faits, en apparence bizarres, viennent fournir de nouveaux moyens de solution; l’un des plus remarquables est le cas du Nègre virginien, appelé Henry Moss originaire du Congo, troisième génération; lequel, dans l’espace de six à sept ans, est devenu homme blanc, à cheveux longs, lisses et châtains, comme un Européen: c’est lui dont Liancourt parle tome V, page 124. J’ai vu un procès verbal authentique de sa transmutation de peau.
[181] Le k est jota; et le th a la valeur anglaise.
[182] C’est ainsi qu’ils désignent les missionnaires.
[183] Aussi percent-elles si facilement aux enfants, qu’ils n’éprouvent jamais de maux de dents.
[184] Pendant treize mois que j’ai passés en Corse, j’eus la note certaine de cent onze assassinats de guet-apens par effet de ces vindettes, ou vengeances de talion: sous le gouvernement génois, il y en a eu jusqu’à neuf cents par an. Quel gouvernement! et quel peuple!
[185] Il est curieux d’observer que ces vieillards raisonnent précisément comme le coryphée des politiques italiens. (Machiavelli), qui, dans ses Commentaires sur les décades de Tite-Live, lib. 3, chap. 1er, prescrit également pour restaurer les états, de ramener leurs institutions civiles et religieuses à leur origine. Le paradoxe est palpable dans le cas présent. Aujourd’hui, que je relis cet écrivain, je trouve que la plupart de ses principes, s’ils étaient bien analysés, le laisseraient beaucoup au-dessous de sa réputation de savoir et d’habileté.
[186] Voyez le Discours sur l’origine de l’inégalité des conditions.
[187] Ce que j’avance ici se fonde sur des petits faits très-intéressants dans l’histoire des grandes choses; je les tiens de deux témoins dignes de confiance, feu M. le baron d’Holbach et M. Naigeon, membre actuel de l’Institut. Dans le temps où l’académie de Dijon proposa son prix trop célèbre, Diderot était détenu au château de Vincennes pour sa lettre sur les Aveugles. Rousseau allait le voir quelquefois: dans l’une de ses visites, il lui montre l’annonce du prix. «Ce sujet, dit-il, est piquant, j’ai envie de concourir.—Fort bien, reprit Diderot; mais dans quel sens prendrez-vous la question? Dans son sens, reprit Rousseau; est-ce qu’elle peut en avoir deux? Les sciences et les arts peuvent-ils avoir d’autre effet que de concourir à la prospérité des états?—Eh bien! reprit Diderot, vous serez un enfonceur de portes ouvertes. (Ce furent ses propres termes). Il serait bien plus piquant de soutenir l’inverse.» Rousseau part frappé de cette idée, compose dans ce sens, et est couronné par l’académie de province. Quelque temps après d’Holbach et Diderot se promenant au Cours-la-Reine, rencontrent Rousseau, l’abordent, le complimentent sur son tour de force, et Rousseau plaisante avec eux du succès de son paradoxe et de la bonhomie des académiciens. Les critiques et les contradictions survinrent: Rousseau en fut irrité: d’Holbach et Diderot, compagnons habituels de promenade, le rencontrent encore aux Tuileries: la question revient sur le tapis, et ils sont étonnés de trouver Rousseau tellement aigri et changé d’opinion, qu’il soutient sérieusement avec la véhémence de son caractère, comme vérité, ce qu’il avait d’abord traité lui-même de plaisanterie. D’Holbach en fut frappé, et dit à Diderot: Mon ami, cet homme, dans son premier ouvrage, fera marcher l’homme à quatre pattes; et la prophétie ne fut que trop vraie.—Ainsi voilà le point de départ du système de l’homme qui a affiché pour devise: Vitam impendere vero; et cet homme aujourd’hui trouve des sectateurs tellement voisins du fanatisme, qu’ils enverraient volontiers à Vincennes ceux qui n’admirent pas les Confessions.
| Ceci nous mène à évaluer d’une manière probable la population de tout ce continent. Les États-Unis sont connus pour une quotité de | 5,215,000 |
| Les Espagnols admettent le Mexique pour une population totale de | 3,000,000 |
| Le Canada, en 1798, comptait 197,000, supposons | 200,000 |
| La Louisiane haute et basse ne peut s’admettre pour plus de | 40,000 |
| Les deux Florides, à peu près même nombre, ci | 40,000 |
| Les Creeks, Chactas, Chicasaws, qui ont 8,000 guerriers, total | 24,000 |
| Tous les sauvages de la Wabash et de Michigan, au plus | 15,000 |
| La masse de tous les autres sauvages de tout le continent jusqu’à la mer glaciale et à la mer de Nouthka-Sund | 600,000 |
| Total | 9,134,000 |
Ainsi l’Amérique-nord n’excède que très-peu neuf millions, et l’on peut compter que le dernier article des sauvages est forcé peut-être de moitié.
| L’Amérique-sud ne paraît pas atteindre même ce nombre. Les Espagnols instruits n’évaluent toutes leurs possessions dans cette partie, savoir: Pérou, Chili, Paraguay, Plata, même Caracas, qu’à une population de quatre millions d’ames | 4,000,000 |
| Les Indiens non soumis n’y sont pas compris. Le Brésil compte 500,000 Portugais et 600,000 Nègres | 1,100,000 |
| Total | 5,100,000 |
| Les Indiens non soumis ne peuvent guère s’évaluer avec précision; mais à raison de leur territoire, ils ne sauraient égaler la moitié des blancs; je ne les compte que pour | 1,000,000 |
| Les colonies des Antilles et de l’isthme de Panama, ne passent pas | 1,800,000 |
| La Guyanne hollandaise et française ne comportent pas plus de | 75,000 |
| Total | 7,975,000 |
Voilà environ 8,000,000: supposons-en 10, il n’en est pas moins vrai que les deux Amériques réunies ne sauraient arriver à plus de 20,000,000.
Ce calcul diffère beaucoup de ceux de mon honorable confrère de l’Institut M. Lalande, astronome, qui, dans l’annuaire des années VIII et IX, comptait 180,000,000 d’habitants dans le nouveau monde: il est vrai que dans les années IX et X il s’est subitement réduit à 90,000,000, c’est-à-dire à la moitié. Enfin, cette année (XII) je le trouve rangé à l’évaluation que j’établis, et que lui ont communiquée des amis intermédiaires, membres du bureau des longitudes. Il devra faire une opération semblable sur les 580,000,000 qu’il donne à l’Asie: sans doute il compte la Chine pour deux ou trois cents millions, comme on nous l’a dit depuis quelques années. Mais dans le dénombrement que publièrent les Anglais l’an dernier, la population des campagnes ne s’élève qu’à 55 millions. En supposant que celle des villes soit égale, ce qui est beaucoup supposer, ce serait 110 millions, et par comparaison à l’Europe, cet empire ne saurait excéder 120,000,000
| têtes. | |
| La Perse, selon Olivier, n’a que | 3,000,000 |
| En détaillant toute la Turquie d’Asie, je ne puis trouver plus de | 11,000,000 |
| Et je ne crois pas que l’Asie entière en contienne plus de | 240,000,000 |
| L’Europe est bien connue pour 140 à 142 millions, ci | 142,000,000 |
| L’Afrique, y compris l’Egypte, ne peut guère excéder l’Amérique; mais supposons | 30,000,000 |
| Enfin pour les îles de la mer du Sud, la Nouvelle-Guinée, etc., admettons (et c’est trop) | 5,000,000 |
Nous avons pour tout le globe un total de 437,000,000 et l’on ne saurait arriver à 500,000,000.
Il n’est pas étonnant que l’on se trompe beaucoup en calculs de population dans les pays non civilisés, puisque chez nous-mêmes, nous avons des exemples d’erreurs inconcevables; par exemple: jusqu’en 1792 la Corse ne comptait que 158,000 habitants, comme je l’ai vu porté sur les états du directoire à Corté: aujourd’hui la Corse figure dans tous nos tableaux officiels pour 230,000. On demandera comment cela se trouve possible; le voici: en 1793, des Patriotes corses trouvèrent utile d’avoir deux départements au lieu d’un, afin d’avoir doubles salaires de toute espèce, le tout payé par la France. L’on donna au département de Golo l’ancien nombre total de 158,000; et l’on ajouta au département de Liamôné les 72,000 têtes qu’il pouvait avoir, quoique déja comprises dans le nombre premier; et la Corse, en un matin, acquit un tiers de plus d’habitants, quoique bien certainement ils soient diminués depuis 1790; et voilà pourtant un compte officiel sans réclamation.
[190] C’est à la même cause qu’il faut attribuer la pauvreté et la grossièreté du peuple de nos landes de Bretagne. En Angleterre et en Écosse, M. le chevalier Sinclair en a si bien développé les nombreux inconvénients, qu’il me suffit d’indiquer au lecteur ses Mémoires sur les biens communaux; mais j’ajouterai, quant aux Corses, que de cette même source dérive chez eux la fréquence des assassinats de guet-apens, attendu que les campagnes étant désertes, les assassins sont encouragés par l’absence de tout témoin.—En méditant sur les moyens de civiliser cette île et les autres pays de la Méditerranée, qui sont dans un cas analogue ou semblable, je me suis convaincu que la première loi doit être partout l’abolition de ces communaux. Une seconde loi non moins indispensable, quoique moins évidente, devrait être une loi, qui, pour empêcher la concentration des terres dans quelques familles, fixerait, comme à Sparte, un nombre d’héritages indivisibles et non cumulables dans une même main; en sorte qu’il y aurait autant de propriétaires, cultivateurs aisés, qu’il y aurait de ces héritages. Les petits pays ne peuvent pas se gouverner comme les grands; l’équilibre y est trop variable. Notre coutume de Bretagne avait un usement semblable dans les domaines congéables des pays de Cornouailles et de Rohan; ces domaines passaient toujours au plus jeune des fils; les enfants aînés recevaient seulement quelque légitime, comme étant plus en état de se faire un autre établissement; et les cantons où cette loi avait lieu ont été les mieux cultivés. La Corse pourrait nourrir 30,000 semblables familles, aisées et industrieuses; elle n’en a pas davantage qui sont presque toutes pauvres et indolentes. Or, sans aisance, point de lumières, point d’agriculture, point d’industrie, point de caractère individuel ni national.—Peut-être est-ce pour tout cela que Pascal Paoli, à l’imitation des Génois, n’a jamais rien changé aux anciens usages.
[191] Dès 1790 ayant pressenti les conséquences qu’auraient sur nos colonies les principes et surtout la conduite de quelques amis des noirs, je conçus que ce pourrait être une entreprise d’un grand avantage public et privé d’établir dans la Méditerranée la culture des productions du Tropique; et parce que plusieurs plages de Corse sont assez chaudes pour nourrir en pleine terre des orangers de 20 pieds de hauteur, des bananiers, des dattiers; et que des échantillons de coton, de canne à sucre et de café, y avaient déja réussi, je conçus le projet d’y cultiver ces denrées, et de susciter par mon exemple ce genre d’industrie. Pour cet effet, j’achetai en 1792 un local très-favorable, appelé le domaine de la Confina, près d’Ajaccio. Je comptais que Pascal Paoli, traité avec tant de confiance et de générosité, n’emploierait sa vieillesse qu’à maintenir la paix du pays et à le garantir des secousses du reste de la France. Malheureusement les hommes sont des machines d’habitude, qui, dans leur vieillesse, répètent comme des automates les premiers mouvements qui les ont animées. Paoli revint à tous ses anciens projets de domination personnelle, de principauté de famille, et à sa manie de s’asseoir dans un trône qu’il avait fait dresser dès 1768, et dont on m’a montré à Corté des restes de crépines attachés à des embrasures de plancher. D’après ce système, chassant les Français par les Anglais, pour chasser ensuite les Anglais par les Corses, puis soumettre les Corses par son parti et sa parenté, il me mit dans la nécessité de tout quitter; et par cette amitié (d’homme d’état), dont il m’avait tant de fois donné l’assurance, il mit à l’encan le domaine de mes Petites-Indes.... Mais le sort a été plus juste: à son tour, ce grand politique italien se trouva déçu et chassé comme un crédule Français, et son exemple a confirmé l’axiome de ces moralistes, aujourd’hui vainement décriés, qui disent que les machiavélistes, à force de tromper les autres, se trompent eux-mêmes, et qu’il ne manque aux fripons que de vieillir pour être toujours dupes de leur friponnerie. J’ai, depuis, revendu mon domaine avec peu de perte (il est aux mains du cardinal Fesch), et je doute fort que Paoli trouvât aucun homme d’honneur en France ou en Angleterre qui voulût acheter pour aucun prix le seul bien qui lui reste, après la pension du roi d’Angleterre, la place de son nom dans l’histoire.
[192] Voyez Carver, chap. IX; Jean Long, fin du chap. VIII et chap. IX; Lahontan, Adair, etc.
[193] Les médecins et les chirurgiens des hôpitaux militaires ont souvent occasion d’observer que des patients qui, dans un état calme d’esprit et de sens, auraient jeté des cris de douleur dans les amputations et autres opérations, montrent au contraire de la fermeté s’ils sont préparés d’une certaine manière: cette manière consiste à les piquer, comme l’on dit, d’amour-propre et d’honneur; à prétendre d’abord avec ménagement, puis avec contradiction irritante, qu’ils ne sont pas en état de supporter l’opération sans crier: il arrive presque toujours que cette irritation morale et physique établit un état d’orgasme par lequel ils supportent la douleur avec une fermeté qui autrement leur eût manqué. Dire ce qui se passe alors dans le système nerveux et dans la circulation sanguine, est un des éléments du problème.
[194] Tous ceux qui mènent la vie des bois finissent par n’aimer que la graisse des viandes.—La partie maigre passe trop vite dans l’estomac: par cette raison, les traitants canadiens l’appellent viande-pain. J’ai moi-même fait l’expérience de ce goût, et comme eux j’en étais au point de préférer un morceau d’ours à une aile de dinde.
[195] Voyez dans le bel ouvrage de M. Denon le haut degré de goût, de luxe, de perfection, où étaient parvenus les arts de cette Thèbes, déja ensevelie dans la nuit de l’histoire quand il n’était pas encore question de la Grèce ni de l’Italie.
[196] Voyez les Ruines. Généalogie des idées religieuses: les missionnaires chrétiens, catholiques, protestants, moraves, se sont donné beaucoup de soins pour convertir les sauvages: la société des Jésuites, par ses manières insinuantes, avait mieux réussi à les soumettre à des pratiques extérieures; mais le bon sens grossier de ces hommes n’a jamais pu se plier ou s’ouvrir à la croyance des dogmes incompréhensibles; ils allaient à office et disaient le chapelet uniquement afin d’avoir le verre d’eau-de-vie et le pain qu’on leur distribuait, et dont le don favorisait leur paresse. Je n’ai jamais ouï citer aux États-Unis l’exemple d’un seul sauvage réellement chrétien; aussi lorsque chez nous un auteur préconisé a fondé l’intérêt d’un roman récent sur la dévotion presque monacale d’une Sqwa ou fille sauvagesse, il a manqué à la règle des vraisemblances, de laquelle naît cet intérêt: mais s’il n’a eu en vue que de plaire à un parti et d’arriver à un but, il a parfaitement réussi; et c’est particulièrement le cas de dire: Tout chemin mène à Rome.
[197] Voyage en Syrie.
[198] Première Partie, in-8º, 76 pages, Philadelphie, 1787 Voyez la page 30.
[199] Voyez New Views on the origin of the tribes and nations of America, 1 vol. in-8º, Philadelphia, 1798.
[200] Ce travail, dont l’idée vraiment philosophique a pour but d’éclaircir et de diminuer la confusion Babelique des langues, a été imprimé en caractères russes: me serait-il permis d’observer que ce moyen d’exécution est contradictoire à l’intention? Les caractères russes sont bornés à une nation peu riche en livres, peu avancée en science: les caractères dit Romains, sont devenus ceux de toute l’Europe; ils sont prêts à devenir les seuls en Allemagne, et le seront dans toute l’Amérique; les Russes ne prétendent sûrement pas les supplanter. N’eût-il pas été, ne serait-il pas encore plus convenable aujourd’hui que les Russes les adoptassent, et se réunissent à la grande masse, en faisant pour les prononciations qui leur sont particulières, une opération semblable à celle que le gouvernement français vient de faire pour les alphabets arabe, turk et persan; c’est-à-dire, en leur adaptant des lettres également particulières? ils s’épargneraient bien des frais et des difficultés.
[201] ê vaut notre éé, c’est-à-dire, e long.
[202] En Delaware, Lenno.
En Chipèwâ, Lenuis.
En Chaoni, Linni.
Pourquoi les anciens sauvages de la Grèce s’appelaient-ils Hellènes? et une tribu tartare Alani?
[203] Il n’appartient qu’à des habitants du Nord de classer dans une même famille les idées de sommeil, mort et froid.
[204] Le p commence en général tous les mots qui désignent beau et bon, l’m au contraire, tous les mots qui désignent mauvais et laid.
[205] Ils appellent l’abeille, la mouche qui fait le doux; ils disent qu’elle est étrangère, et qu’elle a précédé d’un an les colons.... Amohouia se dit de tout le genre; Houzâoué-amohouia, mouche jaune, veut dire un frelon.